Histoire de l'art - Découverte d'une «chapelle Sixtine médiévale» à Rome

Pour les spécialistes, ce n'est rien moins qu'une «chapelle Sixtine médiévale» qui a été découverte, au hasard de travaux de restauration, au coeur du monastère des Quatre-Saints-Couronnés, à Rome. Connu pour son cloître et les fresques naïves de sa chapelle Saint-Sylvestre, ce complexe architectural aux allures de forteresse peut désormais prétendre, selon Francesco Rutelli, ministre italien de la culture, au rang de «l'un des plus beaux lieux au monde».

Selon lui, le cycle de fresques du début du XIIIe siècle, mis au jour dans l'une de ses salles, l'Aula gotica, et présenté pour la première fois le 6 décembre, «éclaire d'un jour nouveau la peinture médiévale italienne».

Les fresques, qui recouvrent sur 335 m2 les parois et les voûtes de la salle, représentent les mois, les saisons, les vices et les vertus, mais aussi le zodiaque, les constellations et les vents. Une iconographie allégorique type encyclopédique qui n'exclut pas le message politique puisque, d'après les spécialistes, ce cycle exalterait la primauté du pape sur l'empereur Frédéric II.

Mais c'est surtout sur le plan artistique que ces fresques, aux riches couleurs bleu, vert et pourpre soulignées d'or, sont exceptionnelles. Il a fallu neuf ans de travail à l'équipe de restaurateurs, dirigée par Andreina Draghi, pour en révéler la splendeur, cachée depuis plusieurs siècles sous 830 m2 d'enduit et de faux marbre. Cette spécialiste avait eu l'intuition de leur présence dès 1989, à l'occasion de précédents travaux dans le monastère.

Peintes entre 1230 et 1250, «elles comblent un grand vide, explique l'historien d'art Francesco Gandolfo, car elles ont été réalisées à une époque où les équipes extraordinaires qui travaillaient à Subiaco et à Anagni ne semblaient pas l'avoir fait à Rome». La découverte permet de corriger l'histoire de la peinture qui, depuis Giorgio Vasari, faisait de Rome un simple satellite de Florence: «On savait que le XIIIe siècle parlait toscan, la langue de Cimabue et de Giotto, mais avec la découverte de ce cycle, la balance se rééquilibre en faveur de Rome. On lit son rôle historique à Assise, concentré des idées florentines et romaines», estime l'historien.

Pour lui, il n'y a plus de doute: «Nous savons maintenant pourquoi Cimabue est venu à Rome en 1272.» Le public pourra découvrir le chef-d'oeuvre à partir de mars 2007, quand le lieu, sous la responsabilité des soeurs augustines, ouvrira ses portes, deux fois par semaine et sur rendez-vous. Un catalogue de 400 photos, édité par Skira grâce au mécénat de la banque Dexia Crediop, sera mis en vente.