Expositions - Damien Hirst, ou l'art de brouiller les limites

Londres — Jusqu'à la fin janvier a lieu dans la capitale anglaise In the darkest hour there may be light, première exposition publique des oeuvres de la collection privée du célèbre artiste britannique Damien Hirst. Intitulée Murderme, cette collection, dont la valeur totale est estimée à 100 millions de livres (220 millions de dollars canadiens) comprend des pièces de quelques-uns des plus célèbres artistes contemporains.

Crues, explicites, sanglantes et extrêmes, les oeuvres de la collection Murderme reflètent la démarche artistique de Damien Hirst. Son travail révolutionnaire jonglant avec le thème de la mort en a fait l'un des artistes vivants les plus connus et les plus riches du monde. L'homme de 41 ans né à Bristol en Angleterre s'est d'abord fait connaître avec l'exposition Freeze organisée en 1988 alors qu'il était encore étudiant au Goldsmiths College, avant de remporter, en 1995, le prestigieux prix Turner, la plus importante récompense britannique en matière d'art contemporain.

L'exposition In the darkest hour there may be light est présentée à la Serpentine Gallery, un lieu d'exposition fréquenté par les amateurs d'art contemporain, un petit pavillon situé en plein coeur de Kensington Gardens. Au total, on y retrouve 60 oeuvres signées par 24 artistes.

En mettant les pieds dans la galerie, le visiteur se retrouve devant un tableau de Warhol dépeignant la scène d'un accident de voiture. Pour ajouter à cette vision macabre, on a placé dans l'entrée le cercueil en néons bleus de Sarah Lucas. Plus loin sont alignés plusieurs crânes décorés de lapis-lazuli, d'opales ou de malachite par Steven Gregory. Dans une autre pièce gisent d'énormes morceaux de chair ensanglantée que l'artiste John Isaac a façonnés à l'aide de cire, de résine et de latex. Il y a bien quelques oeuvres plus légères comme cet aspirateur entièrement fait de cigarettes, mais si peu.

Hirst dit vouloir rassembler des choses pendant qu'il est encore en vie. C'est ainsi que l'artiste qui aime exhiber des animaux trempés dans le formaldéhyde a débuté sa collection en échangeant des oeuvres avec ses amis artistes tels Tracey Emin, Angus Fairhurst et Sarah Lucas. Puis, l'arsenal s'est élargi. Il a acheté des oeuvres de «l'establishment» de l'art contemporain tels Francis Bacon, Andy Warhol et Jeff Koons. Plus récemment, Hirst s'est donné le rôle de mécène pour de jeunes talents tels Roger Hiorns, Rachel Howard et Nicholas Lumb.

L'artiste en tant que commissaire n'est pas un concept nouveau. Depuis Courbet au XIXe siècle jusqu'à Duchamp avec les surréalistes, plusieurs artistes ont tenté d'influencer les tendances contemporaines en matière d'art. Hirst est très influent dans ce milieu de l'art. On raconte qu'il peut facilement faire mousser ou détruire la carrière d'un artiste. Pour Damien Hirst, il s'agit de brouiller les limites entre création et marché de l'art.

Collaboratrice du Devoir