Musée des beaux-arts de Montréal - Qui remplacera Guy Cogeval?

Guy Cogeval
Photo: Guy Cogeval

Le directeur du Musée des beaux-arts de Montréal, Guy Cogeval, quitte l'institution de la rue Sherbrooke qu'il dirigeait depuis 1998.

Son mandat arrive à échéance le 30 juin prochain. Dans les faits, le démissionnaire se retire d'ores et déjà de son poste. Le conseil d'administration, réuni la semaine dernière, a accepté la proposition de retrait immédiat.

Un comité de direction temporaire, composé de Paul Lavallée, directeur de l'administration, Nathalie Bondil, conservatrice en chef, et Danielle Champagne, directrice des communications, est en place. Il sera remplacé d'ici quelques semaines par un directeur (ou une directrice) temporaire.

La démission a surpris l'institution. Guy Cogeval est rentré d'Europe mercredi dernier. Il était à Paris pour parachever l'accrochage, au Musée d'Orsay, d'une exposition consacrée à Maurice Denis. Il a rencontré les membres du conseil d'administration du MBAM pour leur annoncer sa décision. Un communiqué a publicisé l'information dès vendredi soir.

Le directeur y annonce qu'il désire désormais se consacrer à «des projets artistiques». Une rumeur persistante l'envoie dans une prestigieuse institution européenne, peut-être même le Musée d'Orsay, spécialisé dans le XIXe siècle, le champ de compétence le plus affirmé du multidoué Guy Cogeval. Le fait que son désistement du MBAM entre en vigueur en novembre renforce l'idée d'une nomination probable à une autre fonction d'ici peu.

Avant de venir s'installer à Montréal, M. Cogeval dirigeait le Musée des monuments français, à Paris. Il n'a jamais caché ses liens avec la droite toujours au pouvoir en France, ce qui pourrait faciliter sa nomination à certains postes. Il y a quelques années, l'italophile a raté la direction de la villa Médicis, siège de l'Académie de France à Rome.

Le démissionnaire, quinquagénaire et historien de l'art, a lui même souligné que le MBAM lui offrait surtout, pour les années à venir, des défis d'ordre administratif et financier. L'institution cherche à acquérir l'église voisine Erskine & American pour la transformer en pavillon des arts religieux. Elle doit aussi se lancer dans une grande campagne de financement qui exigera «des efforts colossaux».

«Dans la vie d'aujourd'hui, une carrière professionnelle se vit en diverses étapes et tranches de vie et, même si j'ai vécu d'excellents moments au sein du Musée des beaux-arts de Montréal et que je suis fier de mes réalisations, mes intérêts m'appellent désormais vers d'autres défis, ajoute Guy Cogeval dans le communiqué. Je tiens à remercier les Montréalais de m'avoir témoigné autant de reconnaissance.»

Il précise ensuite «étudier plusieurs options pour la suite de ses activités professionnelles». À court terme, il se consacrera à la rédaction du journal de Vuillard, mandat qui lui a été confié par l'Académie des beaux-arts de l'Institut de France. Il est également membre de plusieurs conseils scientifiques en Europe. Il a été impossible hier de joindre le démissionnaire pour sonder ses intentions précises.

Pendant huit ans, à titre de directeur du MBAM, Guy Cogeval a piloté plusieurs expositions de très grand calibre, dont Hitchcock et l'art, Picasso érotique, Vuillard et Le Paysage en Provence. Il a aussi rendu possible cet automne la coproduction de trois expositions majeures en France: Il était une fois Walt Disney au Grand Palais, Maurice Denis à Orsay et Riopelle à Marseille. Il faut se rappeler que le MBAM n'a ni les budgets ni les collections des grands musées du monde pour mesurer encore mieux l'importance de ces succès.

Guy Cogeval a également réussi à mieux positionner l'établissement montréalais dans son environnement immédiat. De 1998 à 2006, le nombre d'amis du Musée est passé de 28 000 à 45 000 membres. De plus, la valeur des acquisitions d'oeuvres pour la collection a dépassé en 2005-2006 les huit millions de dollars, comparativement à une valeur moyenne annuelle de 1,5 million il y a dix ans, faisant ainsi passer le nombre d'oeuvres acquises en huit ans à près de 10 000, dont la moitié des pièces fut acquise grâce au legs de Liliane et David M. Stewart.

Le conseil d'administration va tenter de trouver une autre perle rare pour continuer dans ces voies. Le directeur du MABM doit posséder une forte stature intellectuelle, mais aussi un «carnet de bal» international lui permettant d'être à tu et à toi avec les collègues des grandes institutions prêteuses, la concurrence étant de plus en plus forte pour obtenir les chefs-d'oeuvre et les blockbusters capables d'attirer les foules. Depuis le début de la décennie, le MBAM et le Musée des beaux-arts de l'Ontario (AGO) ont ainsi travaillé de concert avec le Musée de l'Ermitage, non seulement pour lui emprunter des centaines d'oeuvres, mais aussi pour y envoyer des expositions canadiennes. L'exposition Riopelle, maintenant à Marseille, a passé tout l'été à Saint-Pétersbourg.

Les regards se tournent maintenant vers la numéro deux du MBAM depuis huit ans. Nathalie Bondil et les autres membres du triumvirat temporaire ont déjà assumé un rôle similaire pendant la longue convalescence de Guy Cogeval qui a été foudroyé par un cancer au début de la décennie

Que fera-t-elle? Elle pourrait remplacer M. Cogeval comme directrice intérimaire, d'ici quelques semaines, puis se voir introniser en permanence. Intellectuelle réputée, administratrice sans reproches, diplomate hors pair, la conservatrice en chef s'avère très appréciée des autres employés du musée montréalais. D'origine française comme M. Cogeval, son ancien professeur à l'École du Louvre, Nathalie Bondil est arrivée à Montréal en même temps que lui. Il avait même fait de l'embauche de sa collaboratrice de toujours comme conservatrice en chef une condition de sa venue au MBAM.

Elle pourrait aussi tout simplement décider de répondre elle aussi à «d'autres défis», voire suivre son patron dans ses nouvelles fonctions administratives et conservatrices, s'il s'en trouve. Le duo collabore avec beaucoup de succès depuis près de deux décennies.

Le Devoir