De Visu - Y a de la joie !

SERGES MURPHY

Oboro

Jusqu'au 16 décembre

Récupérateur allègre et champion du vide-grenier, Serge Murphy reconvertit avec bonheur les objets trouvés. Avec des débris pauvres, il crée des jardins de délices, hybrides et disjonctés. Rêveur d'espace mais aussi rêveur de temps, il rassemble dans ses installations des témoins de tous les moments de sa vie, même les plus triviaux. Et contrairement aux «patenteux» et aux artistes dits naïfs, cette nécessité compulsive dépasse chez lui la stricte obsession du «faire» pour avant tout jouer les passe-murailles à travers un certain formatage des codes de l'art.

S'exprimant avec ironie et ludisme, tous ces gestes de ramasser, de rassembler, de grouper autant de bébelles trouvées à droite et à gauche sont chez Murphy des actes désaliénants. Toute son exposition est une véritable vente-débarras, un absurde bric à bac où matière et objets trouvent une nouvelle liberté de mouvement et d'association. Ses accumulations sont domptées par un art consommé du déséquilibre poétique. L'une de ses installations se déploie dans l'espace. Au sol sont posés des plateaux. Des boules de papiers, des objets précieux, d'autres moins, des bouts de laine s'y bousculent. Le Songe végétal fait pendre du plafond autant de suspensions en fil de fer où s'accrochent de drôles d'objets. Émoi? Abandon? Son théâtre de chimère fait parfois se rencontrer l'improbable, des torchons avec des serviettes ou des guenilles. Au mur, en entrant dans la galerie, une centaine de dessins sur papier sont accrochés, «comme autant de signes, explique Murphy, afin de mimer une géographie de l'âme».

Pratiquant ses greffes de l'image, Murphy joue avec ses caprices. Ici, il gribouille. Il griffonne des traces de passage spontanées enregistrées sur ces feuilles. Posant ses rebuts, Murphy retrouve un chemin qu'il fait sien. Ingénieux, ingénu, l'artiste se fait «désordinateur». Et surtout, il ne se prend pas trop la tête (ni la nôtre). Dans son art joyeux et débridé, Murphy pratique en somme, en s'attaquant à toute programmation intellectualisée, une forme fort sympathique «d'anti-macintoshage» cérébral.

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KATLEEN VERMEIR THE IDEAL CITY

Galerie Thérèse Dion

Jusqu'au 9 décembre

Conservée au Duomo d'Urbino, l'admirable Vue de cité idéale d'un artiste italien inconnu de la seconde moitié du XVe siècle, l'une des plus célèbres toiles du musée, pourrait très bien se placer en exergue à l'exposition de la vidéaste belge Katleen Vermeir. Celle-ci s'inspire de la représentation des villes dans la peinture de la Renaissance. Elle transpose en vidéo et à Manhattan une articulation de l'espace très proche de certains tableaux des maîtres d'alors. On y retrouve ainsi certains procédés comme la réduction en maquettes de la ville. Lentes, empreintes d'une beauté solennelle et apaisée, ces scènes enregistrent en même temps de longs passages: celui des cargo sur l'East River. Des personnages humanisent ces scénographies monumentales et ces ordonnancements rigoureux, mais curieusement la ville réelle, malgré la vie qui l'anime, semble suspendue, presque imaginaire. Intitulée Tableaux vivants, une bande réalisée sur les toits de Manhattan incorpore selon une même logique l'iconographie contemporaine de la ville qui apparaît aussi comme intemporelle.

Enfin, le Musée d'art contemporain (jusqu'au 1er décembre) présente une oeuvre vidéo de Katleen Vermeir intitulée Waterdrawings. Des diagrammes architecturaux tracés en répandant des lignes d'eau sur les toits se matérialisent en se reflétant sous nos yeux.

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MARIA EICHHORN

VOX

Jusqu'au 16 décembre

L'exposition comprend plusieurs documents audiovisuels de Maria Eichhorn. L'artiste allemande y présente notamment un film 16 mm intitulé Lexicon of Sexual Practices (1999-2005). Toutes lumières allumées, sept clips muets sont projetés et englobent une vision encyclopédique des pratiques sexuelles. Après nous avoir présenté la définition du dictionnaire, une caméra statique nous montre, sans son et durant trois minutes chaque fois, des actions telles «le cunnilingus», «le coït», «le baiser», «le lèchement du sein» ou des parties du corps: la bouche, le clitoris... Les spectateurs doivent demander à un projectionniste de présenter les films qu'ils ont choisis.

Son intervention, et le changement de bobine, fait aussi partie de la performance.

Collaborateur du Devoir