Une première toile de Max Stern, volée par les nazis, est récupérée

La toile récupérée a été dévoilée hier à la Galerie FOFA par Robert Vineberg, représentant de la succession de Max Stern, et Sherri North-Cohen, du New York State Banking Department.
Photo: Pascal Ratthé La toile récupérée a été dévoilée hier à la Galerie FOFA par Robert Vineberg, représentant de la succession de Max Stern, et Sherri North-Cohen, du New York State Banking Department.

Elle est réapparue sur le marché en 2001, coiffée du titre Cimbals. N'eût été de la vigilance de la maison Sotheby's, cette toile ayant appartenu à Max Stern sous le titre Aimée, jeune Égyptienne aurait aussitôt été revendue. Mais les détectives de l'art veillaient au grain. Ils ont ainsi permis à la succession du galeriste montréalais de récupérer une première toile parmi les 200 oeuvres volées par les nazis et vendues de force lors de la vente aux enchères no 392 de la maison Lempertz, en 1937.

La toile signée en 1869 par le peintre français Émile Lecompte-Vernet a été dévoilée hier à la Galerie FOFA de l'université Concordia. De style orientaliste, Aimée, jeune Égyptienne montre une danseuse à la peau laiteuse et à la poitrine à peine couverte, mise en valeur par une palette de couleurs et de textures sourdes. La toile arrive au moment même où la Galerie FOFA inaugurait l'exposition Auktion 392 - Revendiquer les oeuvres de la Galerie Stern, Düsseldorf, reléguant cette dernière au second plan.

Hier, tous les yeux étaient en effet rivés sur la jeune danseuse, première rescapée d'une traque mondiale qui vise à retrouver les oeuvres ayant appartenu au marchand d'art d'origine juive allemande. C'est que la belle a gardé quelques mystères. «On ne peut rien dire de la provenance de cette oeuvre, sinon qu'elle a refait surface chez Sotheby's, à New York, en 2001, sous un autre nom», a expliqué Willi Korte, enquêteur et spécialiste des oeuvres volées.

Évaluée à 100 000 $ à l'époque, Cimbals avait rapidement piqué la curiosité des spécialistes de la maison Sotheby's, qui ont reconnu en elle Aimée, la jeune Égyptienne de Lecompte-Vernet. Aussitôt, le Bureau des demandes d'indemnisation liées à la Shoah (HCPO) du New York State Banking Department avait ouvert les négociations en collaboration avec Clarence Epstein, directeur des projets spéciaux à l'université Concordia. La toile sera finalement rendue aux liquidateurs de Max Stern et aux trois universités bénéficiaires (Concordia, McGill et l'université hébraïque de Jérusalem), qui se sont entendues pour la prêter au Musée des beaux-arts de Montréal à partir du 31 octobre.

Les termes de l'entente n'ont pas été rendus publics. Mais la porte-parole du HCPO, Sherri North-Cohen, a précisé qu'il n'y avait eu aucune compensation. «Nous espérons maintenant que la récupération de ce tableau accélérera nos démarches.» Récupérer une oeuvre est en effet un travail complexe. Il faut d'abord attendre qu'elle refasse surface sur le marché. Viennent ensuite les négociations. Chaque cas est unique. «J'aimerais dire que j'ai mis la main sur la formule magique, mais ce n'est pas le cas. Tous les arguments sont bons, qu'ils soient financiers, politiques ou publics», a raconté Willi Korte.

Au cours des dernières décennies, une quarantaine d'oeuvres ayant appartenu à Max Stern ont refait surface, notamment en Allemagne, aux Pays-Bas, en Espagne, à Taïwan et aux États-Unis, où une peinture de F. X. Winterhalter a été retirée du marché. La provenance de la toile est contestée par son actuelle propriétaire, Maria-Louise Bissonnette, qui a coupé court aux négociations. Elle a rapatrié l'oeuvre en Allemagne dans l'espoir d'y faire reconnaître son droit de propriété. L'affaire est présentement devant les tribunaux du Rhode Island.