De Visu - Des nids très écolos

Artiste allemand, Nils Udo, né en 1937, travaille «avec» et «dans» la nature depuis 1972. Buissons, plantations et branches d'arbres, eau et neige, pétales de fleurs, feuilles de châtaignier, campanules, fougères, rameaux, mousse, lavande... Voici quelques-uns des «matériaux» avec lesquels Nils Udo réalise ses assemblages fugitifs. À travers ces Nids façonnés entre 1978 et 1988, à taille humaine de brindilles; de branches; de feuilles d'herbe, Nils Udo célèbre la vie et la réciprocité envers la terre nourricière. Bien qu'on lui doive certaines oeuvres permanentes et en dur, le plus souvent, il utilise des éléments éphémères trouvés sur place avec lesquels il réalise des constructions fragiles et délicates, ensuite photographiées.

Nils Udo est un adepte du land art, mais davantage sur le mode du small is beautiful. L'échelle de ses projets s'éloigne du gigantisme conquérant des grands chantiers entrepris en leur temps par les Smithson, Heizer ou Turrell. Toutefois, il a aussi réalisé des pièces aux dimensions considérables. Et si Nils Udo choisit pour cadre des sites vierges de toute intervention humaine, contrairement à ces artistes de la phase héroïque du land art, il n'intervient que de façon discrète dans la nature, tandis que la photo demeure avec le temps la seule trace de ses interventions. Ces créations seraient avant tout un emblème, une icone. Orchestrant et chorégraphiant des ingrédients trouvés sur le site, elles font de la nature un révélateur. Ce qui est en jeu dans ces mises en scène, c'est avant tout la relation avec notre environnement.

Signe de permanence et de fugacité, la photo fixe un moment de l'existence de cette oeuvre qui continuera par la suite son évolution autonome, alors que le temps, le climat, l'érosion, la pollution, la décroissance organique en sont parties prenantes. La photo fonctionne ainsi en analogie avec les grands cycles naturels. Dans ces arrangements, ce qui n'était au départ qu'un assemblage de feuilles, de fleurs et de branches devient un véritable microcosme à travers lequel l'artiste cherche à nous faire participer à son expérience, à sa méditation et à sa réflexion. En ce sens, cette oeuvre se situerait «entre la contemplation et l'engagement», comme l'a écrit le critique d'art français Régis Durand.

Une petite utopie

Plutôt que de s'approprier les qualités d'un paysage qui devient alors prétexte à des jeux formels, Nils Udo va au-delà. Ces images opèrent en un mouvement de retour. Elles nous restituent la figure édénique du jardin en tant que joyau organique ou, comme celles exposées ici, l'archétype du nid sécurisant et régénérateur. Avec ces Nids, Nils Udo nous propose une lecture de la nature comme modèle, une petite utopie, un lieu neuf à réinventer et à imaginer. Malgré l'enchantement de ses images poétiques, le constat toutefois se fait pessimiste.

«À partir des années 1980, j'ai été effrayé de voir de la mer du Nord jusqu'aux montagnes les plus reculées en Haute-Bavière des centaines de milliers d'arbres condamnés, s'alarmait déjà l'artiste allemand au moment où il photographiait ses Nids en 1985. Partout en Allemagne, la forêt de feuillus et de conifères dépérit. En même temps la dégradation des paysages par l'industrie, l'agriculture intensive, la construction de routes et d'agglomérations urbaines se poursuit [...] Face au déclin de ce monde — dont beaucoup de gens de ma génération ont gardé depuis l'enfance un souvenir intact —, je considère mon travail comme un témoignage de quelque chose en voie de disparition. Mais je ne me fais aucune illusion sur les effets de mon travail. Je pense que l'attrait esthétique de mes photographies fait oublier ce qu'elles contiennent d'essentiel. Ceux-là mêmes qui sont séduits par mes photographies ne voient même pas les choses réelles quand ils se trouvent devant elles, en pleine nature.»

À noter. Mieux vaut téléphoner avant de se rendre à l'exposition pour vérifier les jours et les heures d'ouverture.

Collaborateur du Devoir