La culture hip-hop à la rencontre des grandes orgues

Source Café Graffiti – Le Journal de la rue
Photo: Source Café Graffiti – Le Journal de la rue

Ces jours-ci, les fidèles qui fréquentent l'église Saint-Nom-de Jésus ont du mal à reconnaître leur lieu de culte, devenu, le temps du festival d'automne Orgue et couleurs, le lieu de rencontre des amateurs non seulement de grandes orgues mais aussi de la culture hip-hop. Ce mariage incongru culminera ce soir alors que seront réunis sur une même scène quatre organistes, deux breakeurs, deux rappeurs, deux graffiteurs et un DJ dans un match d'improvisation parfaitement inusité.

Question de les plonger dans l'ambiance, plus de 80 toiles peintes par 30 graffiteurs de Montréal, dont Zilon, Timer, Back175 et Rodz One, ont été installées sur les murs de l'église, du premier au troisième étage. L'effet est saisissant, raconte le directeur général et artistique d'Orgue et couleurs, Régis Rousseau. «La première fois, ça fait un certain choc. Quelques personnes se sont même dites choquées, mais la majorité est ravie de voir enfin des jeunes dans leur église.»

Pas facile, en effet, d'entraîner des jeunes dans un lieu de culte, encore moins pour écouter des organistes classiques, aussi virtuoses soient-ils. En fait, des deux côtés, on a longtemps douté de la fécondité d'une telle rencontre. Mais Régis Rousseau a tenu bon et a finalement réussi à convaincre ces deux planètes de s'aligner pour un soir. Le résultat l'a rempli d'aise: «C'est vraiment au-delà de mes espérances. J'ai été étonné de voir que ça se mixait si bien.»

Mais pour arriver à un tel état de grâce, il aura fallu plusieurs essais. Les organistes ont dû apprivoiser l'idée de jouer en groupe, eux qui sont habitués à s'exécuter seuls dans leur jubé. Les recrues du hip-hop ont quant à elles eu à apprivoiser le roi des instruments, raconte celui par qui l'idée est arrivée, Raymond Viger, responsable du Café Graffiti - Le Journal de la rue, un organisme qui vient en aide aux jeunes de la rue tout en faisant la promotion de la culture urbaine.

«Au départ, les artistes underground ont été intimidés par les orgues, explique M. Viger. C'est un instrument qui joue fort, qui prend beaucoup de place et qui, en plus, joue très lentement. Les rappeurs ont eu le réflexe de se faire plus mélodiques alors que les danseurs ont spontanément théâtralisé leur danse. Ça n'allait pas du tout.»

Les organisateurs ont alors eu l'idée d'ajouter un élément capable de faire le trait d'union entre ces deux univers. C'est ainsi que le meneur de foule DJ Nabi s'est joint aux équipes. C'est lui qui, ce soir, donnera le rythme. Le match d'improvisation sera mené par l'arbitre Raymond Perrin et l'animateur Patrick Bélanger.

La joute inédite au Québec mettra en vedette les organistes Philippe Bournival, Marc D'Anjou, Dominique Lupien et Dany Wiseman, les rappeurs May be Watson et Khyro, les breakeurs Speedy et Dingo ainsi que les graffiteurs Monk-e1 et Zeck. Les deux équipes s'affronteront dans une compétition amicale devant le public, qui déterminera par son vote les gagnants, comme à la LNI.

À Orgue et couleurs, on espère que ce nouveau partenariat, jumelé à une campagne de financement au profit du Café Graffiti - Le Journal de la rue, ouvrira la porte à de nouvelles clientèles jusqu'à présent hors d'atteinte. «Si on peut créer des liens avec la rue et les générations plus jeunes, je dirai: mission accomplie», confie Régis Rousseau.

Même enthousiasme chez Raymond Viger, qui rêve d'une grande tournée des églises québécoises en 2007. Pour 2008, Raymond Viger travaille déjà à vendre la formule à l'international. «Si on veut aider les jeunes à avoir un cheminement artistique, il faut avoir beaucoup d'adrénaline à leur proposer, et ce projet en est plein.» Le public pourra voir cette belle énergie en action ce soir à 20h.
1 commentaire
  • Martial MORIN - Inscrit 29 septembre 2006 12 h 08

    RIP-RAP DÉLICES ET MORGUES

    J'avais pu imaginer Ti-Jean Carignan et Yehudin Menuhin, Monsieur Pointu avec Nathan Milstein, mais orgues et rappeurs, là, on sombre dans des abîmes et des éléments qui me semblent inconcialiables; c'est le sucre à la crème avec la poivrière dans le fond de la marmite, c'est le coca-cola avec le Grand-Marnier, c'est la destruction artistique de l'un par l'autre;
    Mais d'un point de vue de l'expérimentation, oui, on pourrait accepter , mais ériger cela en système, cela démontre bien que le déclin s'est installé partout, à la télévision où la décadence crève les yeux et les oreilles, maintenant à l'église ou le "Yabe" est pogné dans l'eau bénite .
    Non je ne souscris pas à de telles éventualités, je réfute et refuse ces duos idiots, et je quitte mon banc d'église pour aller ré-écouter "La Sagouine" ou l'intégrale des oeuvres de Bach par Lagacé.
    On racontait autrefois que les papes , en lisant le troisième secret de Fatima, se seraient exclamés , en disant:" Pauvre Canada". J'avais toujours pensé que c'était une fable , voire même une idiotie . Mais avec le temps et toutes ces valeurs qui déclinent , je crois bien que c'était vrai. Je veux bien que l'on fasse entrer dans l'église la jeunesse, (On l'avait déjà fait avec la "musique" d'église la plus médiocre, et ça rien donné). A quand les statues de Madona dans le choeur, les Chemins de Croix avec Ben Laden , c'est tout simplement le SACRÉ désacralisé au profit de l'égo obnubilant de ces organistes sans éthique, qui ne croient même plus en leur instrument . Olivier Messiaen que je n'ai jamais tellement aimé à l'orgue m'apparaît un rétrograde, un arrière-gardiste devant ces "spectacles" lamentables et navrants. Oui. PAUVRE QUÉBEC qui ne sait plus quoi inventer. Nous avons touché le bout du baril et nous avons même défoncé le couvert du bas .