Volée par les nazis, réfugiée en Allemagne...

Sitôt retrouvée, sitôt reperdue. Une toile de la collection du Dr Max Stern, dont les nazis se sont emparés en 1937, a été retrouvée dans le Rhode Island par les héritiers du galeriste décédé à Montréal en 1987. Malheureusement, la propriétaire de l'oeuvre a coupé court aux négociations et a rapatrié l'oeuvre en Allemagne, dans l'espoir d'y faire reconnaître son droit de propriété.

«Cette décision nous dérange», commente Clarence Epstein, directeur des projets spéciaux de l'université Concordia, une des trois héritières institutionnelles de Max et Iris Stern, avec l'université McGill et celle de Jérusalem. «Nous étions en pleine négociation et nous ne nous doutions pas que cette dame allait prendre une décision aussi mal avisée. [...] La situation est pour le moins troublante: une femme qui a quitté l'Allemagne pour les États-Unis veut maintenant utiliser à son avantage son pays d'origine, l'endroit où le crime a été commis.»

La dame en question s'appelle Maria-Louise Bissonnette. Comme son nom ne l'indique pas, elle est née en Allemagne il y a 82 ans. Elle se réclame même du titre de baronne. La toile du litige est de Franz Xavier Winterhalter. Elle fut acquise lors d'une vente forcée à Cologne le 13 novembre 1937 par le beau-père de Mme Bissonnette, le Dr Karl Wilharm, un nazi de haut rang.

L'oeuvre a émigré avec la belle-fille qui s'est donc mariée avec un certain Bissonnette. Pauvre et malade, la baronne a voulu vendre aux enchères la toile évaluée à 150 000 $. Les détectives de l'art de Concordia l'ont retrouvée en janvier 2005 sur le site de la maison d'encan Estate Unlimited de Cranston au Rhode Island. Selon le Boston Globe de dimanche, les négociations n'ont pas progressé pendant une année, malgré une offre de compensation de 15 000 $.

La toile a été transférée en Allemagne en avril. Mme Bissonnette espérerait que les tribunaux européens lui soient plus favorables que ne l'auraient été ceux des États-Unis, généralement peu sympathiques aux descendants des nazis dans ce genre de situation. La Fondation Stern a depuis déposé des poursuites judiciaires.

Plus de 200 toiles de maîtres anciens appartenant à la galerie Stern de Düsseldorf ont été bradées. Le galeriste réfugié à Montréal est ensuite devenu le plus important marchand d'art canadien de sa génération. L'université Concordia prépare pour octobre une exposition sur le sujet et espère toujours profiter de l'inauguration pour annoncer la restitution d'une première oeuvre du lot.