Vancouver 1986 - La genèse d'un réseau

Vancouver, juin 1986. Sur la terrasse d'une école d'art, des représentants de 17 centres d'artistes discutent de la création d'une association québécoise de galeries d'art contemporain. Cette discussion a donné lieu à la mise sur pied du Regroupement des centres d'artistes autogérés du Québec (RCAAQ). En voici les faits saillants.

Paradoxalement, le RCAAQ a été fondé à l'autre bout du pays lors d'une réunion du Regroupement d'artistes de centres alternatifs du Canada (ANNPAC/RACA). Les 17 centres d'artistes du Québec, alors membres de cette association nationale, ont décidé de se donner un regroupement à leur image. Il s'agissait de Artexte, Articule, Dazibao, Oboro, Optica, Powerhouse, Tangente (à Montréal), La Chambre blanche, Le Lieu, Obscure, L'Îil de poisson et le centre Vu (à Québec), AXENÉO7 (à Hull), Espace virtuel et galerie Séquence (à Chicoutimi), Langage Plus (à Alma) et la Galerie d'art de Matane (à Matane).

Organismes sans but lucratif, les centres d'artistes du Québec regroupent des professionnels dont le mode de fonctionnement repose sur l'autogestion. Îuvrant en complémentarité avec les centres d'exposition, les musées et les galeries privées, les centres d'artistes favorisent la recherche et diffusent des oeuvres du domaine des arts visuels et des arts médiatiques.

Des différends

Représentant le Québec pendant plusieurs années au sein du RACA, le président de Langage Plus, Alayn Ouellet, explique que la centralisation des activités à Toronto, où était situé le siège de l'organisme, avait créé des tensions. «Toronto dictait à peu près tout et, bien sûr, ça nous agaçait. C'est le siège social qui décidait du fonctionnement des centres d'artistes et des règlements. En outre, les centres d'artistes de Toronto recevaient les plus grosses subventions, ce qui mécontentait même les gens de l'Ontario. Les régions n'étaient pas suffisamment représentées.» Celui-ci a également constaté une incompréhension due à

la culture.

«Souvent, il y avait des points de discorde. Le reste du Canada était très politisé sur des sujets qui nous touchaient moins. Nos luttes n'étaient pas les mêmes.»

Présidente du RCAAQ de 1986 à 1990, Dominique Guillaumant rappelle que les centres d'artistes québécois avaient du mal

à faire valoir leurs intérêts et leurs besoins au sein de l'association nationale.

«Le RACA regroupait quelque 70 centres d'artistes. Le pays est vaste; il était impossible de plaire à tout le monde. Ainsi, pour avoir plus de visibilité, nous voulions un répertoire de centres d'artistes. Or, le RACA disait qu'il ne pouvait pas le faire, notamment parce que le document deviendrait rapidement désuet. Par ailleurs, les réunions se déroulaient en anglais. Il y avait donc des frustrations tant au plan des services qu'au plan de la prestation de ces derniers.»

Au Québec, poursuit Mme Guillaumant, les centres d'artistes collaboraient de plus en plus étroitement. «Nous organisions des événements artistiques et établissions des programmations spéciales. Nous étions très proches les uns des autres. Nous nous sommes donc dit que si nous voulions un répertoire, il fallait le faire nous-mêmes et créer notre propre association. C'était la meilleure façon de favoriser les échanges entre les centres d'artistes et de répondre adéquatement à nos besoins.»

Première présidence

À partir de là, les 17 membres fondateurs ont rédigé les statuts et les règlements du RCAAQ et les ont adoptés. En raison de l'envergure des centres d'artistes du Québec, ils ont obtenu une subvention de 5000 $ du ministère des Affaires culturelle du Québec. Puis, les membres fondateurs ont nommé Bastien Gilbert — à l'époque président de Langage Plus — directeur, et élu Mme Guillaumant — à l'époque directrice d'Optica — présidente. (Celle-ci est actuellement conseillère principale en matière de politiques aux ministères des des Services sociaux et communautaires et Services à l'enfance et la jeunesse de l'Ontario.)

M. Ouellet explique que les membres fondateurs ont également veillé à ce que le Regroupement soit représentatif des régions. «Lorsqu'on a créé le réseau, on a accordé de l'importance à Montréal, mais pas au détriment des autres. On a essayé d'avoir un juste équilibre. Ainsi, le conseil d'administration était formé de trois représentants des centres d'artistes de Montréal, de trois représentants des centres d'artistes de Québec et de trois représentants des centres d'artistes des régions.» Aujourd'hui, le RCCAQ représente la majorité des centres d'artistes du Québec, soit 58 centres établis dans la majorité des régions administratives du Québec. Son mode de fonctionnement fait l'envie ici comme à l'étranger.

Améliorer les conditions de vie des artistes

Depuis sa fondation, le RCAAQ a mené divers combats. Durant les années 1980, l'organisme a notamment lutté pour obtenir l'administration des droits d'auteur au Québec. Le gouvernement du Québec a finalement penché en faveur du Regroupement des artistes en art visuel (RAAV). La lutte n'a toutefois pas été vaine. «Celle-ci a créé une solidarité entre nous, dit M. Ouellet. Elle a permis de raffermir le réseau québécois.»

Le RCAAQ a également joué un rôle majeur afin d'améliorer les conditions de vie des artistes. À cette fin, il a notamment produit plusieurs mémoires et diverses études démontrant le professionnalisme des centres d'artistes dans la diffusion de l'art contemporain. Il a également tenu des colloques afin de faire avancer la réflexion sur les pratiques artistiques au Québec. Dans le même but, les membres se sont dotés d'un code d'éthique en vertu duquel ils s'engagent à exposer ou encourager les productions des artistes vivants.

La publication de la 6e édition du Répertoire des centres d'artistes autogérés du Québec offre, quant à elle, la possibilité de consulter la programmation des centres, en plus d'aider les artistes à s'insérer dans le réseau québécois. Enfin, le RCAAQ dispose d'un portail sur Internet qui permet de se tenir au courant où que l'on soit dans le monde. Ayant le vent en poupe, l'organisme a d'excellentes raisons de célébrer son 20e anniversaire et d'envisager l'avenir avec optimisme.

Collaboratrice du Devoir

À voir en vidéo