Après 2006 - Un regroupement en évolution

Exposition You scratch my back and I’ll scratch your’s in the colonial room, de Garry Neill Kennedy, présentée à la galerie Articule en 2004.
Photo: Exposition You scratch my back and I’ll scratch your’s in the colonial room, de Garry Neill Kennedy, présentée à la galerie Articule en 2004.

L'âge n'affaiblit pas les visées du Regroupement des centres d'artistes autogérés du Québec. Loin de là. Les défis sont toujours nombreux pour l'organisme et ses quelque

60 centres dispersés à travers la province qui, avec le temps, sont devenus un modèle pour plusieurs.

Un vent de renouveau souffle sur le Regroupement des centres d'artistes autogérés du Québec (RCAAQ). L'héritage idéologique du Refus global, les contestations des années 1970 et la mainmise des institutions muséales sur l'art sont relégués au placard depuis belle lurette. La nouvelle génération d'artistes en arts visuels et médiatiques vit au rythme de la mondialisation, d'Internet, de la démocratisation technologique et du réseautage. Toujours en phase avec ses membres, le RCAAQ fête ses 20 ans, l'âge du possible et des rêves les plus fous.

Nouvelle donne

«Les personnes de la vieille garde disparaissent. Cela modifie notre approche», observe le directeur et fondateur de l'organisme, Bastien Gilbert. Les artistes, qui éprouvaient jadis la nécessité de s'unir pour dénicher un espace de travail, préfèrent aujourd'hui se rencontrer pour échanger le fruit de leur réflexion sur l'art et élargir leur cercle social et professionnel. «Des centres de production existent toujours, surtout pour les nouveaux médias, mais plusieurs membres possèdent un ordinateur et réalisent ainsi leur propre production», note la coordonnatrice du développement professionnel, Annie Gauthier.

Cette évolution amène l'organisme à s'interroger sur ses orientations futures, tout en tablant sur des certitudes qui en ont fait une référence dans le milieu, soit la force du nombre et la célébration de l'expérimentation et de la diversité. Interpeller un public non initié fait notamment partie de la liste des priorités, et ce, même si les centres ont pour première mission d'être des laboratoires artistiques. «Il y a une difficulté de perception par rapport à l'expression "centre d'artistes autogéré", constate Annie Gauthier. Cela relève un peu du jargon. L'acronyme RCAAQ est aussi un peu "drabe"... Nous pourrions changer de nom, afin que les gens comprennent que ce sont des lieux de création, d'expérimentation et de présentation de l'art actuel, gérés et administrés par une majorité d'artistes bénévoles.»

Elle ajoute que cette difficulté est liée à la discipline même, l'art contemporain étant moins séduisant aux yeux de la population que le cinéma, la littérature ou le théâtre. Un changement d'image s'impose.

Bain public

La coordonnatrice artistique du centre d'artistes Articule, Catherine Bodner, abonde en ce sens. «Les gens croient qu'ils n'ont pas suffisamment de connaissances pour comprendre cette forme d'art et s'en désintéressent, croit-elle. Il faut créer des événements moins intimidants, rendre la réflexion de l'artiste plus compréhensible, aller à la rencontre du public.» Une volonté qui se traduira notamment dans l'initiative Viva! Art Action, qui aura lieu fin septembre au Bain Saint-Michel à Montréal, dans le cadre de la première édition des Festivals internationaux du sexe. Mis sur pied par cinq centres de la métropole — Clark, Articule, Dare-Dare, La Centrale et Skol —, l'événement accueillera une douzaine d'artistes d'ici et d'ailleurs. Hors des murs de leur galerie, ces centres auront ainsi l'occasion de susciter l'attention des curieux et, qui sait, de conquérir de nouveaux adeptes.

Les stratégies de publicité demeurent cependant propres à chaque centre. Souvent, les artistes membres s'ingénient à porter les chapeaux de gestionnaire et de relationniste, alors que les subventions provenant des trois ordres de gouvernement ne sont pas suffisantes pour donner à l'exposition la vitrine méritée. Le bagage historique, l'expertise et la visibilité physique du centre sont des données non négligeables de l'équation.

«Le développement du public n'est pas le même pour le centre qui a pignon sur rue que pour celui qui est situé dans un édifice, à tel étage, au bout du couloir, dans l'espace à gauche», affirme Annie Gauthier. Catherine Bodner en fait présentement l'expérience: Articule a récemment troqué son ancien local du 4001, rue Berri, pour un espace donnant sur l'avenue Fairmount, dans le Mile-End. Attirés par le mur extérieur au vert néon incontournable, des badauds s'arrêtent déjà pour jeter un coup d'oeil à l'intérieur de la galerie, qui pendait hier la crémaillère.

Les efforts d'ouverture du RCAAQ se manifestent également du côté de l'édition. Si le Répertoire des centres d'artistes autogérés du Québec est désormais considéré comme une bible dans le milieu, les publications individuelles des différentes galeries demeurent trop souvent sur les tablettes. «Les tirages sont si petits et le contenu est tellement spécialisé qu'il est ardu d'intéresser un distributeur, dit Annie Gauthier. Nous souhaitons améliorer la circulation des publications — une belle carte de visite pour un artiste — en invitant les centres à se joindre à un réseau de distribution commun.»

Objectif concertation

Le RCAAQ souhaite améliorer la cohésion du réseau, en effectuant un rapprochement entre les centres des régions et ceux de Montréal et de Québec. Ce désir d'inclusion se reflète dans le rajeunissement éventuel du portail Internet de l'organisme, qui se lira en français, en anglais et peut-être même en espagnol. Dans la foulée des conclusions du Forum sur les arts visuels ayant eu lieu en mai dernier, le regroupement misera cette année sur les partenariats. «Il n'y a pas suffisamment de liens entre les musées, les galeries privées et nous, déplore Annie Gauthier. Je peux comprendre qu'on fasse cavalier seul quand chacun a à protéger son créneau. Mais nous n'en sommes plus là.»

Au fil des années, le RCAAQ a collaboré avec nombre d'organismes d'autres disciplines et est reconnu pour son implication au sein du Mouvement pour les arts et lettres. Bastien Gilbert imagine désormais une concertation avec les différents acteurs du secteur des arts visuels, afin de leur assurer une plus grande présence dans les médias électroniques et d'accroître leur poids politique auprès des gouvernements. «L'artiste serait le premier bénéficiaire de ces partenariats, souligne Annie Gauthier, cela lui permettrait à la fois d'expérimenter, de vendre ses oeuvres et d'être vu dans les musées.»

Ouvertures internationales

Réunir davantage les artistes du Québec et du reste du Canada dans le cadre d'expositions communes est aussi dans l'air. Les collaborations du RCAAQ débordent, en effet, du cadre provincial. L'organisme est membre fondateur de la toute nouvelle Conférence des associations régionales de centres d'artistes du Canada et représente ses membres dans les différentes réunions de Res Artis, une association internationale de résidences d'artistes. Des exposants étrangers sont régulièrement invités et quelques artistes du réseau voyagent, rapportant dans leurs bagages des impressions qui influencent la programmation de leur centre.

De la Havane à Helsinki en passant par Dakar, l'expertise du RCAAQ est reconnue à travers le monde et Bastien Gilbert entend consolider cette réputation. Originaire de Suisse et séduite dès le début par le concept des centres d'artistes, Catherine Bodner confirme le rayonnement international dont jouit le réseau. «Ce système nous distingue vraiment des autres pays. D'ailleurs, c'est connu, si vous voulez être un artiste, mieux vaut l'être au Québec!»

Collaboratrice du Devoir

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