Roadsworth sévit de nouveau... en toute légalité

Vue sur l’oeuvre en chantier de Roadsworth intitulée Legoisme, qui s’inspire des jeux de Lego.
Photo: Pascal Ratthé Vue sur l’oeuvre en chantier de Roadsworth intitulée Legoisme, qui s’inspire des jeux de Lego.

La Ville de Montréal avait épinglé l'artiste Roadsworth en 2004 pour finalement l'absoudre en échange d'une quarantaine d'heures de travaux communautaires. C'est qu'il est difficile de résister aux pochoirs stylisés de Peter Gibson. La Ville elle-même n'y arrive apparemment pas puisque c'est à lui que l'arrondissement de Ville-Marie a confié la réalisation de la première intervention urbaine de son programme visant à financer l'art public.

Depuis quelques jours déjà, la faune qui fréquente le Palais des congrès peut voir Roadsworth s'activer sur le béton collectif, et ce, en toute légalité. Intitulée Legoisme, sa fresque courra sur la surface de la place située au coin nord-est du Palais des congrès, à la sortie de la station de métro Place-d'Armes. Son intervention se veut d'abord ludique de façon à apporter un peu de poésie à un passage fréquenté chaque jour par des milliers de travailleurs et de touristes.

Manifestement, les déboires de Roadsworth avec la Ville sont désormais chose du passé, elle qui l'avait pourtant accusé de méfaits publics pour avoir peint des hiboux, des fermetures éclair, des commutateurs et des barbelés dans les rues montréalaises. C'est que cette fois-ci, l'oeuvre a été commandée dans les règles de l'art, a expliqué Karim Boulos, qui agit à titre de maire suppléant en l'absence du maire de Ville-Marie, Benoit Labonté.

La Ville de Montréal estime en effet qu'entre le simple «scratchiti» des graffiteurs et le pochoir stylisé de Roadsworth, il y a un monde qu'il est facile de reconnaître et de départager. «Les tags ne sont pas acceptés et, dans la mesure du possible, on les enlève, a expliqué M. Boulos. Mais le travail de Roadsworth est un travail qui a été "commissionné" et il est très différent.»

Avec Vill'Art-Marie, son nouveau programme de financement de l'art public, l'arrondissement espère donner un supplément d'âme à ses divers quartiers. Sans renier l'importance du patrimoine architectural et d'oeuvres d'art majeures comme La Joute de Riopelle, par exemple, le maire Labonté estime que «c'est aussi dans des initiatives plus modestes», notamment par l'art public et le mobilier urbain, que la ville pourra gagner en poésie et en identité.

Pour financer ces interventions, l'arrondissement a prévu 30 000 $, une somme tirée des économies réalisées par la réduction de la TPS. «Plutôt que de réduire, par exemple, le tarif des vignettes de stationnement de 50 $ à 49,53 $, ce qui serait très coûteux au niveau administratif, nous avons décidé de redonner aux citoyens la totalité des économies générées par la réduction de la TPS, et ce, au moyen de l'art public», a expliqué le maire Labonté.

Outre la fresque signée Roadsworth, ces nouveaux fonds ont aussi permis de subventionner un projet de la Société pour promouvoir les arts gigantesques (SPAG). «Ils sont présentement à repeindre les vitrines de magasins fermés sur la rue Ontario avec des scènes du quotidien pour faire revivre un peu le quartier», a dit Karim Boulos. L'astuce semble avoir fait mouche puisque, sur les sept locaux ciblés, deux ont été loués depuis...