Deux cent soixante clichés du photographe montréalais Gaby seront mis en vente ce mois-ci

Autoportrait du photographe montréalais Gaby en 1960. Une première vente aux enchères de ses portraits est un événement de premier plan dans l’univers de la photographie.
Photo: GABY
Photo: Autoportrait du photographe montréalais Gaby en 1960. Une première vente aux enchères de ses portraits est un événement de premier plan dans l’univers de la photographie. Photo: GABY

Gabriel Desmarais, mieux connu sous le nom de Gaby (1926-2001), fut un des meilleurs portraitistes de sa génération. Deux cent soixante des milliers de photos qu'il réalisa au cours de ses 50 ans de carrière ont été sélectionnées par un expert de la maison Drouot à Paris pour une vente qui aura lieu le 24 mai à Montréal.

Antoine Romand, expert en photographie, a passé plusieurs jours à Montréal pour sélectionner quelques-unes des photos les plus marquantes que conserve désormais le fils de l'artiste. Ces photos seront exposées dans la capitale française la semaine prochaine. Tous les grands noms des années 50 et 60 se sont fait photographier par Gaby.

Ses appareils grand format autant que son petit Rolleiflex ont très vite constitué une impressionnante galerie de portraits. Parmi ceux sélectionnés par Drouot, on trouve une image désormais célèbre de Louis Armstrong, une autre de Bertrand Russell, une rare Jane Mansfield, le comédien passionné de photographie Yul Brynner, le fou chantant Charles Trenet, Jack Lemmon au temps où il jouait avec Marilyn Monroe, les musiciens Herbert Von Karajan et Glenn Gould, le bédéiste Hergé, Maurice Richard et bien d'autres personnalités.

Bien installé à Montréal dès la fin des années 1940, le photographe ouvre aussi des studios à New York et à Los Angeles et se déplace dans toute l'Amérique aussi bien qu'en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. Sa vie, tout à fait surprenante, le mène à vivre près du pouvoir dynastique de la famille Duvalier, en Haïti, aussi bien qu'à Monaco ou à Hollywood.

«Puisque la peinture se veut abstraite, les photographes restent nos seuls portraitistes», écrivait Jean Cocteau. L'écrivain ajoutait: «Chez Gaby, le miroir ne se contente pas de penser et de réfléchir, il parle.»

Un éclairage classique

Les portraits de Gaby sont à dominante classique. Ses éclairages très doux, toujours soigneusement étudiés, rappellent ceux qui ont fait la célébrité de la griffe des studios Harcourt en France. Et comme il y eut un style Harcourt, il y eut certainement, au Canada, un style Gaby. C'est là l'aspect le plus connu de l'oeuvre du photographe qui, encore aujourd'hui, rend ses photos facilement identifiables.

Certains de ses clichés, souvent inédits, révèlent cependant un aspect esthétique moins connu. Ses photos en Union soviétique, en Haïti, en Afrique ou au Moyen-Orient expriment en effet un sens de l'instantané et du cadrage étonnant. Une des photos les plus surprenantes de cette vente est certainement un portrait de Ravi Shankar prise en mouvement en 1967 lors d'un passage du maître à Montréal. Très loin de la pose, Shankar y apparaît tel un musicien éclaté en une suite de triangles scalènes que rehaussent les tons savants d'un magnifique tirage argentique.

Son fils Ronald a accompagné son père pendant plusieurs années, tant en studio que sur le terrain. À l'heure où la photographie connaît un engouement sans précédent chez les collectionneurs, il regrette que peu de gens se soient intéressés jusqu'ici à conserver l'oeuvre de son père au Québec. «J'ai eu une très bonne offre de Paris et je suis heureux aujourd'hui d'offrir quelques-uns des grands tirages de mon père à la vente», a-t-il expliqué en entrevue au Devoir. La vente doit être dirigée le 24 mai par Iegor de Saint Hippolyte, en partenariat avec Drouot.