Les trésors retrouvés

La traque internationale commence à porter fruits. Après un an de travail, l'université Concordia a réussi à «repérer» une quarantaine d'oeuvres ayant été volées à Max Stern par les nazis. Le Dr Stern (1904-1987) fut un des plus importants galeristes de l'histoire de Montréal et du pays. Il a légué une partie de sa fortune à trois universités, dont celle de Concordia.

Fils d'un marchand d'art juif de Düsseldorf, diplômé d'histoire de l'art, Max Stern s'exila à la fin des années 30 en laissant derrière lui plus de 400 toiles. Une première recherche a permis de retrouver des oeuvres de maîtres européens comme Jan Brueghel, Lodovico Carracci, Franz Xaver Winterhalter, Émile Vernet-Lecomte et Max Liebermann.

La plupart des 40 oeuvres identifiées ont été mises en vente au cours des deux dernières décennies, principalement par une quinzaine de maisons de vente aux enchères, surtout en Allemagne. Une oeuvre a été retrouvée en Asie. Une action en justice relative à une toile qui se trouve au Rhode Island pourrait être entreprise sous peu.

«Une première étape vient d'être franchie», résume Clarence Eptein, directeur des projets spéciaux de l'université Concordia. Il faudra encore beaucoup de travail pour éventuellement récupérer les trésors volés. Les négociations risquent d'être particulièrement complexes avec les propriétaires individuels. «Nous aurons deux possibilités si nous récupérons des oeuvres: soit les remettre aux héritiers, soit négocier des prêts à court ou à long terme avec les musées canadiens.»

Clarence Epstein dévoilera le détail de l'enquête cet après-midi dans le cadre du premier Colloque international Max et Iris Stern, organisé au Musée d'art contemporain de Montréal. La rencontre porte sur les mouvements idéologiques en Allemagne au XXe siècle.

Le galeriste Max Stern a légué une bonne part de son patrimoine à trois universités, deux montréalaises (Concordia et McGill) et une israélienne (Jérusalem). La première s'était publiquement engagée, au nom des liquidateurs testamentaires et des institutions légataires, à rechercher les oeuvres confisquées au galeriste ou vendues de force dans les années 1930.

La traque mondiale des oeuvres volées en Europe entre 1933 et 1945 a pris de l'ampleur depuis le tournant de la décennie. Certains pays, comme la France, ont mis en place une commission nationale d'examen. Au Canada, les trois grands musées des beaux-arts (Montréal, Ottawa et Toronto) ont développé des sites Internet pour diffuser l'information sur les oeuvres aux origines floues ou suspectes. À elle seule, l'institution québécoise a identifié environ 200 oeuvres qui présentent «un historique relativement incomplet». Une d'entre elles, une toile de Charles Le Brun, fait l'objet d'une discussion avec les héritiers du célèbre marchand Jacques Goustikker.

Pour sa propre recherche, l'université Concordia a travaillé en collaboration avec le Holocaust Claims Processing Office (HCPO) de l'État de New York, le Art Loss Register de Londres et les archives du Musée des beaux-arts du Canada. À l'automne prochain, l'université Concordia organisera une exposition itinérante qui s'accompagnera d'une publication sur la vente forcée de la collection Stern par les nazis. Le Centre commémoratif de l'holocauste proposera pour sa part un cycle de conférences internationales sur la question du pillage des oeuvres en Europe, autour de la Deuxième Guerre mondiale.