Pièges et autres stratagèmes

Énigmatiques tableaux, oeuvres sur papier et une quarantaine de feuilles issues d'un «carnet de création» s'inspirent des Cadavres exquis et du jeu des Petits Papiers surréalistes pratiqués ici en solitaire. Enjouées, les oeuvres se répondent en continuum. D'un dessin et d'un tableau à l'autre, en une même gamme volontairement limitée de couleurs, les inscriptions dansent, jonglent et flottent avec liberté. Mais en quoi ces figures, ces taches, ces signes, ces plans et ces cercles dans l'espace peuvent-ils nous berner? Lagacé est un artiste qui ondoie entre les lignes. On a compris que lesdits pièges sont plus une façon de charmer les serpents que de vous faire avaler des couleuvres.

Aux yeux de l'artiste, le piège serait «un dispositif destiné à capter des éléments dans un flux». Il est vrai que tout à coup, au détour d'un pan bleu, d'une plage de noir ou de couleur, apparaissent des motifs qui se ressemblent, se transforment. Oups! Des ruptures. Les lignes deviennent autant de spirales différentes, comme des cages en forme de sphères, de cubes, de tracés ovoïdes. Elles se bousculent de façon un peu obsessionnelle et perturbent. D'autres éléments apparaissent là dans un coin, ici en superposé. Ils se distribuent sur la toile de manière hétéroclite de la même façon que des fenêtres sur l'écran de votre ordinateur. Cet univers visuel s'ouvre à une multiplicité d'associations. Artiste cultivé, Lagacé maîtrise bien le sentiment de déjà vu qui se dégage de ses dessins et tableaux. Ironie, humour: ces rappels sont autant de clins d'oeil, une autre façon de nous appâter. Les références sont cultivées avec ludisme avec, çà et là, un petit côté Bauhaus ou pop. On pense même à Léger tandis que les suggestions du quotidien s'y insinuent avec des objets incertains, des formes et des figures linéaires.

Au milieu de la galerie, de petits formats sur papier s'accrochent selon un agencement sériel. D'un dessin à l'autre, on cherche encore une fois ce qui pourrait s'unir et se dissocier. L'effet cyclique nous renvoie dans des dédales à la fois ambigus et intrigants. «Ces histoires qui n'en sont pas» se font plutôt réflexion sur la polysémie et le voisinage des signes, sur leur rapprochement inattendu, sur leur détournement et leur fragmentation, Lagacé attrape le spectateur. Il le fait passer d'un leurre à l'autre tandis que se prolonge ce parcours où les chausse-trapes et les souricières font place à autant de petits rébus à déjouer, à traverser. Cette capacité d'assimiler avec liberté dans le territoire de la peinture et de l'espace abstrait des composantes aussi diverses pour les unifier à travers un ensemble est étonnante. Revendiquant son inscription dans une tradition, Lagacé conquiert en même temps des terrains neufs.

CORPS ÉTHÉRIQUES

Ariane Thézé

Galerie d'art d'Outremont

Jusqu'au 5 mars 2006

À mi-chemin entre peinture et photo, Ariane Thézé a fait du portrait et de l'autoportrait le thème central de son travail. Portraits? Il faut le dire vite. En effet, ici, la représentation du corps et de la figure est déconstruite. Ariane Thézé reprend le procédé infrarouge qui enregistre en photo la chaleur que dégagent les corps ou les procédés d'enregistrement en vision nocturne. Ses effets créent des masques.

Ce n'est plus précisément de l'identité qu'il s'agit. Au contraire, le sujet n'existe que par défaut. Infigurable, il échappe à tout attribut. Les traits sont gommés par des couleurs irradiantes. L'individu est en retrait alors que ce n'est plus que sa présence au monde qui nous est signifiée. Ariane Thézé prend des empreintes incertaines, met en scène ses disparitions. Quelques ovnis dans le temps et l'espace, des hologrammes sans visages précis: autant d'ombres lumineuses aux traits absents témoignent d'une errance à peine saisie. Même les corps nus ne semblent s'enregistrer qu'à travers un passage fantomatique. La couleur ne cesse de voiler ces figures en torsions violentes. Loin de toute identification possible, elles apparaissent nomades et spectrales mais pourtant, au coeur même de leur anonymat, si indissociables de l'humain.

LES ÎUVRES DE LA COLLECTION COLLECTART

Maison de la culture Frontenac

2250, rue Ontario Est

Restons groupés! Ils sont une vingtaine. Tous se partagent sans chicane des oeuvres de Pierre Blanchette; de Marc Garneau, de Massimo Guerrera, de Jérôme Fortin; des Cozic; de Marc Garneau; de Jacques Hurtubise; de Stéphane Larue; de Suzelle Levassseur; de Jean McEwen; de Louis Pelletier; de Louise Robert; de Sylvia Safdie; de Marcel Saint-Pierre; de Serge Tousignant; de Robert Wolfe et bien autres encore. Peut-on collectionner à plusieurs? Un groupe peut-il acquérir des oeuvres d'art et se les échanger à tour de rôle? À ces questions, le collectif CollectArt répond oui. Le défi de la collection devient communautaire. Le résultat est convaincant. Habituellement, cette trentaine d'oeuvres transitent et repassent pour être accrochées, l'espace de quelques mois, chez l'un, chez l'autre. Mais auparavant, les voici réunies. Chaque année, tout ce beau monde se rencontre et décide en fonction du budget disponible d'acquérir une nouvelle oeuvre. Comme quoi, avec un peu d'organisation et de débrouillardise, l'amour de l'art, cela crée des liens!

Collaborateur du Devoir

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