Les Archi-Fictions de Montréal - Quand l'architecture fraie avec la littérature

Montage de deux des six villes imaginaires: sur la façade vitrée, Morréal, de Peter Fianu et d’Élisabeth Vonarburg, et à l’intérieur, Mikado, de Pierre Thibault et de Nicolas Dickner. — Alain Laforest
Photo: Montage de deux des six villes imaginaires: sur la façade vitrée, Morréal, de Peter Fianu et d’Élisabeth Vonarburg, et à l’intérieur, Mikado, de Pierre Thibault et de Nicolas Dickner. — Alain Laforest

Habitués à travailler en vase clos, six écrivains et autant d'architectes ont rendez-vous ce mois-ci à la galerie MONOPOLI. De ces mariages arrangés par la commissaire Sophie Gironnay sont nées Les Archi-Fictions de Montréal, qui entendent faire le trait d'union entre les châteaux en Espagne des premiers et les plans sur la comète des seconds.

Cette étonnante formule a donné naissance à six villes invisibles, résultats tangibles d'une création bicéphale lancée l'été dernier par Sophie Gironnay elle-même. À l'époque, la directrice de la galerie d'architecture montréalaise cherchait depuis quelque temps déjà à déstabiliser les architectes québécois en les plongeant dans un projet plus grand que nature.

C'est en lisant Les Villes invisibles d'Italo Calvino que l'idée des Archi-Fictions a germé. «Ce projet, c'est presque mon portrait, reconnaît aujourd'hui celle qui a longtemps signé la page Formes du Devoir. Il fait la synthèse de tout ce que j'aime: l'architecture, la littérature, le jeu. C'est manifestement le subconscient qui a parlé.»

Jouant les entremetteuses, Sophie Gironnay a formé — à l'instinct! — des couples jusqu'alors improbables. C'est ainsi que Peter Soland a rencontré Gaétan Soucy, qu'Anne Cormier est devenue l'alliée de Monique LaRue, que Pierre Thibault s'est mesuré à son double, Nicolas Dickner, que Peter Fianu a rêvé avec Élisabeth Vonarburg, que Nicolas Reeves a cogité avec Jean-François Chassay et que Philippe Lupien a correspondu avec Mathieu Arsenault.

Chaque écrivain a rédigé une nouvelle d'une douzaine de pages dont l'âme a été saisie au vol par son double architectural dans une oeuvre d'installation originale. Le résultat, tout droit sorti de leur imaginaire, s'annonce aussi magique que déconcertant comme le promet cette ville qui se recompose perpétuellement, baptisée judicieusement Mikado, ou encore Amn, qui propose un Montréal Atlantide aux couleurs de miel.

«Au départ, je voulais créer des contes, des rêves. J'avais une vision très onirique, très proche de celle de l'invisibilité de Calvino, raconte Sophie Gironnay. Mais les discussions des équipes ont rapidement vidé cette question pour faire une réflexion plus sérieuse sur la ville, sur sa signification.»

Écrivains comme architectes ont même réussi à surprendre leur entremetteuse. «Ils se sont embarqués dans des affaires incroyables. Je me serais volontiers contentée de dessins et de maquettes en carton, mais je me retrouve avec des installations grand format, lourdes, compliquées à faire. Des bijoux!»

À quelques heures encore du lever officiel du rideau, Sophie Gironnay jonglait déjà hier avec l'idée de faire des Archi-Fictions un rendez-vous bisannuel à MONOPOLI. «C'est très riche comme formule, assez pour répéter l'expérience avec d'autres thèmes, d'autres pays. Mais là, on est dans le rêve.»

Rêve ou pas, le premier chapitre des Archi-Fictions, lui, est déjà écrit et bien écrit. Le public est d'ailleurs invité à en découvrir la teneur avec des lectures publiques qui se tiendront les 16, 17 et 18 février prochains, à 20h, au 181, rue Saint-Antoine Ouest. L'exposition elle-même débutera le 22 février pour se terminer le 10 juin.