Une réserve en réserve

C'est le paradoxe de la réserve. Le Centre des collections muséales de Montréal, construit au tournant de la décennie pour abriter le trop-plein des musées de la ville, n'est pas encore complètement occupé. Pourtant, quelques petits établissements de la région métropolitaine manquent toujours cruellement d'espace adéquat pour entreposer leurs précieuses collections.

La situation contradictoire s'explique par l'incapacité de certains musées à payer les coûts d'entreposage demandés par le centre, selon les informations obtenues par Le Devoir. C'est le cas du Musée des maîtres et artisans du Québec (MAAQ), dans l'arrondissement Saint-Laurent. Ce musée faisait partie de la quinzaine de partenaires du projet initial de réserve commune, dans l'ancienne brasserie O'Keefe, rue Peel. Tout compte fait, l'entreposage à cet endroit de sa collection d'objets domestiques et des métiers d'art, allant du XVIIe au XXe siècles, aurait coûté environ 150 000 $ par année au MAAQ, soit un peu moins du tiers de son budget annuel. L'établissement a préféré laisser ses vases et ses textiles dans le sous-sol d'un ancien bowling, ce qui ne lui coûte que 35 000 $ par an.

«C'est un très grave problème, explique Pierre Wilson, directeur et conservateur du MAAQ. Notre entreposage ne respecte pas du tout les normes sectorielles. C'est aussi une situation très frustrante de ne pas pouvoir bénéficier des services du Centre.»

Cet équipement d'une douzaine de millions, inauguré en 2003, occupe plus de 13 000 m2 dans le centre-ouest de la ville. La réserve commune a été développée dans un esprit de réseautage et de collaboration par la Société des directeurs de musées montréalais (SDMM).

Au départ, le projet devait satisfaire les besoins d'une quinzaine d'établissements. Ils ne sont maintenant qu'une dizaine à pouvoir se payer ses tarifs dépassant les 30 $ le m3. Plus étonnant encore: la réserve d'État compense la perte de petits clients institutionnels en louant certains espaces au Cirque du Soleil et à deux collectionneurs privés. Au total, l'entrepôt public est occupé à environ 88 %.

La cause et l'effet de cette «situation frustrante» ne semblent pas si évidents à Robert Spikler, président de la SDMM. «Par exemple, si un petit musée accepte une grande oeuvre en don, mais ne peut pas payer pour l'entreposer, peut-on ensuite blâmer nos tarifs de location?», demande-t-il.

Le président de la Société des musées, lui, relie le problème au sous-financement du secteur qui réclame 18 millions de plus par année à Québec. «Je déplore que l'accès au Centre ne soit pas plus grand, dit Guy Vadeboncoeur. Je regrette surtout que les musées n'aient même pas assez d'argent pour se payer l'accès à un équipement construit pour eux.»