Exposition - Le petit homme qui soutient l'immeuble

Québec — La provocation et l'esthétique «trash» sont tellement à la mode aujourd'hui que ce sont les artistes discrets qui surprennent. Jean-Philippe Roy, par exemple, sculpte des immeubles et des petits bonshommes dans le bois. Et il parvient à nous dérouter.

La grande salle de L'oeil de poisson a rarement été aussi zen. On aperçoit d'abord de grandes structures de bois avec un peu de jaune, de bleu et de gris. On reconnaît des immeubles, des poutres, un piano. Mais ce n'est pas tout à fait ça: on pensait être dans un endroit donné, mais on se trouvait ailleurs.

Lauréat du prix du meilleur événement en arts visuels aux derniers Prix d'excellence des arts et de la culture de Québec, Jean-Philippe Roy s'est fait remarquer, dès sa sortie de l'École des arts visuels, en 2002.

Pour la Manif d'art de 2003, il avait sculpté un Arc de triomphe étonnant. De petits personnages inspirés de l'art populaire soutenaient la partie supérieure du monument. Là, l'artiste avait sculpté un bas-relief représentant la campagne avec des maisons et... des pylônes avec des lignes de haute tension.

Son intérêt pour l'architecture se manifeste de nouveau dans l'exposition à L'oeil de poisson. Et les petits bonshommes aussi sont de retour. À gauche, dans l'entrée, une poutre délicate soutient un immeuble massif. À ses pied: un petit cheval sculpté avec soin. De l'autre côté, une petite chaise en apparence banale compte une patte en forme de petit homme.

On se sent un peu désorienté et perdu. L'artiste parvient à ébranler notre sens de la perspective et nos repères dans l'espace. D'où le titre de l'exposition: Le Paysage opaque. Après un certain temps, les personnages cessent d'être petits et finissent par paraître lointains. Comme si on les contemplait à partir du ciel. On voudrait avoir une paire de jumelles ou on songe aux voyages de Gulliver... jusqu'à ce que cette impression soit déjouée par une autre sculpture.

Jean-Philippe Roy joue avec nos idées préconçues et nous force à regarder de plus près la réalité qui nous entoure. D'emblée, on pourrait voir dans cette exposition une leçon de modestie, un examen des idées reçues. Un propos de rebelle sans les coups de poing.

Michal Batory à la Galerie des arts visuels

Il y a de la grande visite à la Galerie des arts visuels. Designer graphique d'origine polonaise, Michal Batory est l'homme derrière les superbes affiches du Théâtre national de la Colline ou encore du Théâtre national de Chaillot, à Paris. L'exposition présente des petits et grands formats d'une cinquantaine d'affiches de spectacles présentées en Europe au cours des dix dernières années. Ici, Le traitement de Martin Crimp est représenté par deux personnages étendus sur des bouchées de riz, à la manière de sushi. Là, le corps d'une femme prend forme dans un oreiller; le visage d'une autre, dans des pétales de fleurs. Un spectacle printanier de musique est annoncé par une portée remplie de notes en forme de pousses d'un vert éclatant. Ceux qui travaillent l'image ou s'y intéressent devraient adorer.

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Michal Batory, Affiches, rétrospective

Jusqu'au 19 février à la Galerie des arts visuels

255, boul. Charest Est

Collaboratrice du Devoir