L'artiste de la rue Roadsworth est absous

Entre le «scratchiti» de graffiteurs et le pochoir stylisé de Roadsworth, il y a un monde, que la Ville de Montréal se dit prête à reconnaître. Épinglé en 2004 pour avoir peint des hiboux, des fermetures éclair, des commutateurs et des barbelés dans les rues de la métropole, l'artiste s'en est tiré hier avec une entente hors cour lui accordant une absolution complète.

Nul doute que la démarche artistique de Roadsworth, alias Peter Gibson, a pesé lourd dans la balance, a expliqué hier son avocat, Me Jean-Philippe Desmarais. «La pression des médias et de la communauté artistique a fait réaliser à la Ville que le travail de Roadsworth n'était pas quelque chose d'immoral, de dangereux ou de haineux et qu'il lui fallait traiter ce cas autrement.»

Conséquemment, Me Desmarais et la procureure de la Ville, Me Annick Fortin-Doyon, se sont entendus pour une absolution complète. «En réalité, 47 chefs d'accusation ont été retirés, mais nous avons convenu que mon client plaide coupable pour les cinq derniers. En contrepartie, nous avons obtenu une peine d'absolution. Il n'aura donc pas de peine, ni de casier judiciaire», a précisé Me Desmarais, dans les couloirs de la Cour municipale de Montréal où s'étaient réunis une vingtaine de supporters de l'artiste.

Cette entente prescrit que Peter Gibson devra garder la paix pendant 18 mois. L'artiste devra également participer à des travaux communautaires d'une durée de 40 heures sur le Plateau-Mont-Royal, en mettant à profit ses talents de créateur. La Ville de Montréal ne le cache pas, le travail de Roadsworth lui plaît, et il aura encore sa place dans la métropole, mais sous de fermes conditions.

Le principal intéressé s'est dit «agréablement surpris» hier des conditions établies avec la procureure, mais surtout de la relative ouverture de la Ville à son égard. «Il me faudra obtenir des permissions pour mes futurs projets, mais tout restera possible.»

La Ville de Montréal avait momentanément enterré la hache de guerre l'été dernier et autorisé Roadsworth à peindre une piste cyclable de son cru sur la rue Queen, dans le cadre d'un événement organisé par Quartier éphémère. Pour ne pas créer de confusion avec la véritable piste cyclable, il avait été entendu que l'oeuvre devait se démarquer suffisamment et être temporaire.

Cette liberté négociée suffit au citoyen Peter Gibson. «J'ai discuté avec mon avocat des retombées d'une telle décision sur mon art. C'est sûr qu'on aurait pu rejeter cette entente et poursuivre cette affaire jusqu'au bout, mais cela l'aurait prolongée pour au moins trois à quatre ans et je n'en avais pas envie.»

Selon lui, personne n'avait rien à gagner à prolonger cette histoire. «Il est difficile de déterminer comment ces choses-là vont tourner. Même si j'ai gagné, ça ne crée pas forcément un précédent», a confié l'artiste. N'empêche que, par cette entente, la Ville départage clairement pour la première fois les simples graffitis, qu'elle qualifie de vandalisme, d'un travail stylisé comme celui de Roadsworth, qui entend «redonner une forme d'humanité» aux signes urbains.