Le Cirque Éloize turbine à Turin

Les cartes se démêlent. Le Suisse italophone Daniele Finzi Pasca, bien connu au Québec, met en scène la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Turin qui sera télédiffusée dans le monde entier le dimanche 26 février. Pour réaliser ce «grand final» utilisant des milliers de participants, le Teatro Sunil de M. Finzi Pasca s'adjoint la collaboration du Cirque Éloize, une troupe originaire des îles de la Madeleine.

Par contre, le Cirque du Soleil (CDS) n'est pas mêlé à cette production, contrairement à la rumeur lancée par certains médias le mois dernier. La compagnie montréalaise n'est même pas directement impliquée dans le segment de huit minutes qui fermera la cérémonie de clôture pour annoncer les jeux d'hiver de 2010 à Vancouver.

La confusion vient du fait que cette courte présentation, mettant en vedette la jeune chanteuse canadienne Avril Lavigne, sera dirigée par Lyn Heward, une conceptrice du CDS. Elle a notamment mis en scène le spectacle de clôture des championnats de la Fédération internationale de natation, à Montréal, à l'été 2005.

Les précisions ont été fournies hier pendant une vidéoconférence liant Montréal à Turin et confirmées au Devoir par le CDS et le COVAN, le comité organisateur des Jeux de Vancouver. L'équipe de création italo-québécoise avait auparavant rencontré la presse internationale en Europe.

«La cérémonie de clôture, c'est un gros party avec un arrière-goût doux amer», a résumé Marco Balich, de K2006/Groupe Film Master, la firme milanaise responsable de la production de la cérémonie. «C'est la fin des jeux, mais c'est aussi 2h30 d'un spectacle regardé par deux milliards de téléspectateurs. La cérémonie des oscars a été déplacée de deux semaines à cause de notre cérémonie qui se tiendra sur le thème du carnaval, avec des références à la commedia dell'arte, à l'univers de Fellini, au cirque et à l'art mélodramatique.»

Daniele Finzi Pasca a ensuite détaillé l'articulation de ces axes, soulignant lui-même que le spectacle inclurait certains invariants de sa propre mécanique expressive, par exemple, des mariés, des vieux clowns et des hommes volants, présentés dans une atmosphère délicieusement nostalgique. Le metteur en scène assouvira en plus un fantasme scénique en incluant un vrai de vrai cheval dans la cérémonie. L'animal, prêté par une troupe italienne de cirque, côtoiera une autre belle bête de scène nationale, le ténor Andrea Bocelli.

Le rôle des Québécois se précise maintenant. Julie Hamelin, cofondatrice du Cirque Éloize, travaille comme première assistante à la mise en scène. Jeannot Painchaud, directeur artistique de la troupe madelinote, s'occupe de la conception des mouvements acrobatiques. Daniel Cyr, un autre fondateur d'Éloize, sera le seul artiste québécois en scène le 26 février. Il actionnera une roue Cyr, un appareil scénique de son invention.

Tout a un sens dans ce juste et généreux renvoi d'ascenseur de Sunil à Éloize. Daniele Finzi Pasca, comédien, clown et cofondateur du minuscule théâtre de Lugano, a boulonné sa réputation internationale en travaillant comme metteur en scène pour des compagnies québécoises, d'abord avec le Cirque Éloize, puis pour le Cirque du Soleil. Ses créations circassiennes tiennent toujours la route. Nomade - la nuit, le ciel est plus grand et Rain, montés avec MM. Pinchaud et Cyr et Mme Hamelin, suscitent encore l'admiration en Europe et sur la côte ouest américaine. Quant à Corteo, créé pour un chapiteau du CDS, elle a pris la route l'été dernier et devrait parcourir le monde pendant au moins dix ans.

Des milliers de bénévoles répètent le nouveau spectacle éphémère et planétaire depuis plusieurs semaines. Ses concepteurs veulent que les 33 000 spectateurs et les milliers d'athlètes se masquent en bouffons grotesques pour amplifier la thématique centrale de la proposition. «Je souhaite aussi que nos politiciens [présents à la cérémonie] portent des masques, commentait finalement M. Balich. Mais s'il vous plaît, ne me citez pas à ce sujet... »