Maurice Druon écorche le parler québécois

Paris — Gardien intransigeant d'une langue «pure», le secrétaire perpétuel honoraire de l'Académie française, Maurice Druon, juge que les Québécois s'expriment dans un «parler pittoresque» forgé à une époque où ni Corneille ni Racine n'avaient fixé les règles du français.

«J'aime beaucoup les amis canadiens. J'apprécie beaucoup leur parler pittoresque, a déclaré l'auteur des Rois maudits sur Radio France Internationale. Mais, tout de même, n'oublions pas que la langue québécoise a été importée dans le Nouveau Monde surtout du parler poitevin, avant Corneille et Racine, avant Boileau, avant Voiture, avant Vaugelas, avant l'Académie, qui a fait de la langue française une langue très sûre, très pure, très exacte.»

Maurice Druon prenait part sur RFI à un débat sur la féminisation des mots, à laquelle l'Académie française s'oppose avec la dernière énergie. Le romancier a repoussé les «féminisations absurdes» comme celles proposées au Québec, où, sous l'influence des «ligues féminines des États-Unis», on a revendiqué «d'être féminisé à tout va».

Intervenant dans le débat depuis Québec, Pierrette Vachon-L'Heureux, linguiste de l'Office de la langue française, s'est amusée de l'analyse «très sympathique» de Maurice Druon, mais a souligné qu'elle «correspondait peu» à la réalité.

Maurice Druon a répondu à sa «charmante interlocutrice canadienne» en imitant l'accent québécois: «Soyons pas niaiseux. Il faut pas m'achaler là-dessus».