La SRC met fin au contrat de François Parenteau

Christian Vanasse et François Parenteau lors d’un spectacle des Zapartiste, en mars 2004.
Photo: Jacques Grenier Christian Vanasse et François Parenteau lors d’un spectacle des Zapartiste, en mars 2004.

Les frontières qui séparent l'humour et l'humeur sur les ondes de Radio-Canada peuvent être très ténues: l'humoriste François Parenteau en a fait les frais jeudi dernier. La direction de la société d'État a en effet choisi de mettre fin à une collaboration vieille de huit ans avec le membre bien connu des Zapartistes, jugeant son style trop «éditorial et pamphlétaire».

Solidarité oblige, son collègue zapartiste Christian Vanasse a pris la décision de se retirer lui aussi des ondes radio-canadiennes. Il quitte donc Indicatif présent où il tenait une revue humoristique de la semaine en compagnie de Christopher Hall. «Je ne suis plus radio-canadien dans ces conditions-là», a-t-il annoncé lorsque joint au téléphone par Le Devoir.

Le Bloc québécois a lui aussi vertement critiqué la décision de la SRC de congédier l'humoriste et demande à la ministre du Patrimoine canadien, Liza Frulla, d'exiger immédiatement la démission du président de la société d'État, Robert Rabinovitch.

La décision de mettre fin à son contrat a profondément surpris François Parenteau, qui livrait ses billets d'humeur à l'émission Samedi et rien d'autre animée par Joël Le Bigot depuis les tout débuts de l'émission-phare de fin de semaine à la Première Chaîne. «Radio-Canada est justement venu me chercher pour que je fasse de l'humour et de l'humeur avec de l'opinion et du mordant», a-t-il rappelé hier.

À la direction de Radio-Canada, on juge toutefois que l'humoriste chargé d'analyser l'actualité avec «esprit, humour et fantaisie» a manqué à sa tâche. «La radio de Radio-Canada favorise la diversité d'opinions et non le monopole de l'opinion. Malheureusement, le style de M. Parenteau était éditorial et pamphlétaire et on a dû mettre fin à son contrat», a expliqué hier la directrice générale des communications, Guylaine Bergeron.

Au printemps dernier, la SRC avait prié M. Parenteau de réviser la formule de ses billets, le comité du programme de la radio les jugeant trop tranchés. Selon ce comité, ils ne correspondaient tout simplement pas à la politique journalistique que s'est donnée la société. «De septembre à décembre, on a évalué l'ensemble de ses billets et ils étaient encore éditoriaux et pamphlétaires», raconte Mme Bergeron.

François Parenteau juge toutefois que cette interprétation est abusive. «Je ne suis pas un politicologue, je suis un humoriste. Même si parfois le ton peut être largement sérieux dans une chronique, c'est toujours matière à réflexion et loin d'être univoque. J'ai tapé sur tout le monde, y compris les souverainistes ou la gauche.»

Même si jamais on ne lui a reproché d'afficher ouvertement ses convictions souverainistes, M. Parenteau s'inquiète du message que pourrait lancer ce remerciement, spécialement alors que le Canada se retrouve plongé en pleine période électorale. «Est-ce que c'est un exemple qu'on veut donner?», s'interroge-t-il.

Le Bloc québécois va encore plus loin en parlant d'un «dérapage inqualifiable» qui survient quelques jours après que le Parti libéral du Canada ait montré son mépris envers les créateurs québécois en s'appropriant le concept de la LNI pour ses publicités. Dans un communiqué, le Bloc dénonce le fait que la SRC tolère les propos discriminatoires de Don Cherry envers les francophones et les Européens, mais prive un artiste québécois de sa liberté d'expression.

À Radio-Canada, on nie catégoriquement qu'il y ait eu un impératif politique derrière cette décision. «Cette décision aurait été prise, campagne ou non», assure Guylaine Bergeron. En effet, la SRC juge que M. Parenteau ne s'est tout simplement pas conformé au moule radio-canadien comme on le lui avait demandé.

Faute de l'obtenir, la SRC lui a plutôt offert un poste de réalisateur radio, même s'il n'a aucune expérience en la matière. Après mûre réflexion, François Parenteau a refusé cette offre pour ne pas se retrouver sous la tutelle de ceux qui l'ont remercié si cavalièrement.

La décision n'a pas été facile. C'est le deuxième contrat qui file entre les doigts de l'humoriste. Réalisateur à Points chauds, à Télé-Québec, François Parenteau a fait les frais d'un remaniement. Motif? Il était trop associé à l'humour pour présenter des topos plus sérieux...

«Si je suis trop sérieux pour Le Bigot et trop drôle pour Points chauds, où sera ma niche? [...] Ce que je fais semble être largement apprécié par le public. Tout le monde me veut, mais je n'ai de place nulle part. Je suis comme un plant de pot», illustre-t-il.

Heureusement pour lui, les Zapartistes restent plus soudés que jamais, au premier chef Christian Vanasse, qui a choisi de suivre son compagnon dans son infortune. «On m'a souvent dit d'être plus drôle. Je suis d'accord. Il arrive à l'occasion de ne pas être drôle, mais trop éditorial, juste fâché. Mais dans le cas de François, ils n'ont pas dit qu'il n'était pas drôle ou pas intéressant. Ils ont juste dit qu'il était trop éditorial. Ça, j'admets pas ça. Et en plus, on est en période électorale.»

Il faut admettre que les balises qui régissent les positions éditoriales prises sur les ondes de Radio-Canada sont difficiles à suivre pour ceux qui s'y prêtent. Il semble toutefois que, parce qu'il était seul au moment de prendre le micro, M. Parenteau occupait un créneau à part, explique Mme Boucher. «Quand les deux Chris [Christian Vanasse et Christopher Hall] prennent position, ils le font à deux. Quand C'est bien meilleur le matin accueille un éditorialiste en ondes, par exemple, il le choisit parmi plusieurs quotidiens et alterne.»

François Parenteau ne voit pas les choses du même oeil, lui qui estime faire un travail de columnist, un peu comme le fait Pierre Foglia à l'écrit. Désormais, il lui faudra toutefois trouver une autre antenne pour faire ce travail.

Mais il ne sera pas seul, car les Zapartistes sont prêts à faire de même, assure Christian Vanasse. «Quitter Radio-Canada, voler de nos propres ailes et faire notre propre matériel de façon complètement indépendante, ça fait peur un petit peu au début, mais on a bien confiance qu'on peut le faire parce que nous sommes un groupe souverain et libre de nos choix.»