Régis Rousseau - Un passionné qui partage sa passion

Le chemin suivi par l'organiste Régis Rousseau est tout sauf ordinaire dans un monde qu'on considère souvent comme conservateur.

La salle de réunion du Château Dufresne ne ressemble en rien au reste de l'édifice. C'est là que se fait la rencontre de quelqu'un qui ne ressemble en rien aux autres organistes, Régis Rousseau, titulaire des orgues de l'église Saint-Nom-de-Jésus, initiateur et organisateur du festival automnal Orgue et couleurs. Le parcours de cet artiste est singulier.

D'abord, dans son Jonquière natal, il se découvre, sur le tard, un goût pour la musique. Plus précisément pour le piano. Alors, à quatorze ans, il frappe à la porte du Conservatoire de musique du Québec à Chicoutimi. La réponse tombe comme un couperet, aussi raide que, avouons-le, réaliste: il est trop vieux pour pouvoir entreprendre des études de piano. Par contre, on lui propose le saxophone, le tuba ou le tromboneÉ

Et aussi l'orgue. «Comme c'est un instrument à clavier, je me suis dit que j'allais essayer.» Arrive alors ce genre d'événement qui change une vie: le coup de foudre. Il travaille d'arrache-pied sous la gouverne de Robert Girard, se fait connaître du monde relativement clos des organistes et aboutit à la faculté de musique de l'Université de Montréal pour y faire un doctorat, diplôme qu'il obtient parallèlement à ses études auprès de Jean Boyer à Lyon pendant que Réjean Poirier le guide à Montréal.

C'est à ce moment-là que se passe un curieux concours de circonstances. On tente de revitaliser le quartier Hochelaga-Maisonneuve. En plus, l'église du Saint-Nom-de-Jésus (celle autrefois nommée du Très-Saint-Nom-de-Jésus) se cherche un organiste. Mieux encore, comme l'instrument est un des fleurons de la maison Casavant de Saint-Hyacinthe, qu'il est fortement détérioré — il ne reste qu'un clavier et quelques jeux qui fonctionnent un peu correctement —, les subventions arrivent pour encourager sa restauration.

À qui fait-on appel? Le Hasard s'arrange pour que ce soit Régis Rousseau! Petit à petit, il fait sa marque et, comme bien des organistes, tombe amoureux de son instrument. Au point où, plutôt que de vivre d'un amour possessif, il veut partager sa passion, faire rayonner son orgue pour le plus vaste public possible. Le désir le fait passer aux actes et, il y a quatre ans, il fonde une manifestation tout orientée vers cet instrument.

«Au départ, c'était uniquement pour cette église», dit-il. Pour monter tout cela, il faut des fonds, on le sait. «Avant même d'avoir reçu un sou de la part des divers paliers de gouvernement, une campagne de levée de fond dans le quartier avait accumulé pas moins de 40 000 $.» Oublions les chiffres; ce qui s'avère un exploit témoigne de l'ardeur communicative de Rousseau.

Imaginer une formule

Le succès de la première édition du festival est étonnant et encourage notre homme à poursuivre. Il s'adjoint l'aide du directeur de la Maison de la culture Maisonneuve, Pierre Larivière. Le but est aussi net qu'avoué, à savoir décloisonner l'orgue de sa réputation d'instrument liturgique, profiter du fait que, désaffection de l'exercice du culte aidant, on utilise aujourd'hui les églises comme salles de spectacle.

Bien sûr, on joue de l'orgue lors de ces concerts «mais il y a aussi presque toujours un autre apport, l'inclusion d'une autre discipline; les organistes ont tendance à vivre en un milieu hermétique et, avec ce festival, je veux absolument changer la vision que les gens ont tant de l'instrument que de son répertoire». Il s'efforce donc d'inviter des interprètes de toutes tendances, leur propose — ou demande qu'on lui propose! — plein d'idées neuves, présente les grands interprètes d'ici et d'ailleurs.

Un exemple de cette formule accrocheuse montre bien l'expansion du festival. L'organiste du Vatican, de Saint-Pierre-de-Rome va venir donner un concert en la basilique Notre-Dame de Montréal. «Même si cela est sérieux, il y aura aussi des matchs d'improvisations où un organiste comme Vincent Warnier, successeur de Duruflé, va participer alors que l'organiste de l'ancien Forum va animer les temps entre les joutes.»

Initiation et éducation

Après avoir abandonné l'architecture pour se consacrer à la musique, Régis Rousseau s'avère un bâtisseur hors du commun, habité d'un enthousiasme irrésistible. Son objectif est simple: «J'aime attirer les gens qui, autrement, seraient probablement réfractaires, en imaginant diverses formules pour les attirer afin qu'ils puissent apprivoiser cet instrument que j'aime tant.»

On pense à la pédagogie, et aussitôt il admet que «oui, je veux éduquer les gens, mais pas de manière rébarbative; simplement pour que, comme moi, ils rencontrent l'orgue par la bande et découvrent toutes les beautés que les compositeurs ont notées pour lui, qu'elles soient liturgiques, religieuses ou laïques».

Plus que disert et passionnant, c'est quand il monte à la tribune, ou encore se met face au public — «comme les rénovations de l'instrument au Saint-Nom-de-Jésus nous ont permis de mettre une console qui fait qu'on joue soit du jubé, soit devant les spectateurs, ce qui est plus efficace dans le bon sens du terme» —, que Régis Rousseau se montre à son meilleur. Cela, on ne peut le décrire: il faut aller l'entendre, lui qui, infatigable, se produit également comme interprète dans le cadre de son festival. Avec des convaincus de cette trempe, il est inéluctable que nous soyons séduits.

Régis Rousseau se joindra à Vincent Warnier, à l'orgue, au mezzo-saprano Claudine Ledoux, au baryton Joshua Hopkins et à l'Ensemble Musica Orbium, sous la consuite de Patrick Wedd, lors de l'Hommage à Duruflé le dimanche 29 septembre, à 20h, à l'église Saint-Nom-de-Jésus.