Le Divan Orange veut mourir utilement

Dans une lettre ouverte expliquant leur décision, les dirigeants affirment que la situation financière est devenue «intenable».
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Dans une lettre ouverte expliquant leur décision, les dirigeants affirment que la situation financière est devenue «intenable».

Avant de mourir au printemps prochain, le Divan Orange aimerait bien servir de tremplin une dernière fois. Les dirigeants de la mythique salle de spectacle souhaitent ainsi susciter un débat pour amener les instances politiques à mieux considérer — et à soutenir — les scènes alternatives.

« Une petite salle de spectacle, ce n’est pas un bar, soulignait lundi Sophie Latouche, membre de la coopérative qui gère le Divan Orange. On se fait toujours coller ce titre — un bar. Mais on a des shows pratiquement 365 soirs par année. On est une institution culturelle, notre mission est de soutenir la relève et ça vient forcément avec un risque. Or, il n’y a pas d’aide pour ce genre de lieu. Ce n’est pas vrai qu’on peut faire tout ça seulement en vendant de la bière. »

La coopérative a annoncé dimanche soir durant le Gala alternatif de la musique indépendante du Québec (GAMIQ) qu’elle mettrait un terme aux activités du Divan Orange au printemps 2018.

Dans une lettre ouverte expliquant leur décision, les dirigeants affirment que plus de 10 000 groupes ont joué au Divan dans les 13 dernières années, mais que la situation financière est devenue « intenable » et qu’il est impossible de « continuer dans des conditions si précaires ».

Parmi les raisons invoquées par la coopérative, on note la saga des plaintes pour bruit, la hausse du loyer, des problèmes de gestion, « mais aussi et surtout l’absence de soutien au fonctionnement venant des institutions publiques ». Et c’est cette question que la coopérative veut transformer en débat public.

« Pour le temps qu’il nous reste, on aimerait réfléchir à ça, trouver des solutions à ce problème, dit Mme Latouche. Quand on parle aux autres salles du même genre [celles du Réseau des scènes alternatives, notamment], on voit que l’achalandage est là, qu’il y a un intérêt du public pour des spectacles avec des billets entre 5 $ et 30 $. Le marché est là, mais les gouvernements ne sont pas là. On tombe dans une case non définie, difficile à soutenir. Et si on se fait souvent tendre la main, ça finit toujours par ne pas se faire. »

Le circuit des petites salles

Vice-président à la programmation chez Spectra, Laurent Saulnier — un spectateur permanent du Divan — pense qu’il « faut trouver des moyens pour que ces lieux ne dépendent pas seulement de la vente de bière et de billets. Au-delà des subventions, de nombreux organismes publics et parapublics devraient se pencher sur la question. Je ne vois pas pourquoi les institutions sont toujours prêtes à aider des concours, mais ne veulent pas soutenir ceux qui ont décidé de passer par le circuit des petites salles. »

M. Saulnier estime « primordial, essentiel et vital que toute ville qui se respecte ait ce genre de lieu consacré à la création ».

Nouvelle responsable de la culture au sein de l’administration Plante, Christine Gosselin se dit d’accord. « Nous partageons l’opinion qu’il y a une activité culturelle qui émane de ces salles, qu’elles sont très importantes pour le lancement de carrières musicales. On en est conscients, et on veut créer un comité multisectoriel pour trouver des solutions porteuses. »

Concernant le cas du Divan Orange, qui a bénéficié d’une subvention de 50 000 $ de la Ville et de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal il y a deux ans pour insonoriser ses murs et créer l’organisme Microfaune, Christine Gosselin estime que tout n’est pas perdu.

« Ils ont des problèmes de gestion qu’ils reconnaissent, et la Ville devait accompagner le changement de direction prévu. Est-il trop tard ? Je ne peux pas vous répondre. Des rencontres auront lieu. Mais on aimerait les aider à faire ce redressement envisagé. »

Au cabinet de la ministre de la Culture, Marie Montpetit, on soulignait lundi soir « qu’il est important d’avoir des lieux de diffusion pour les artistes émergents ». Mais l’attaché de presse de la ministre rappelait qu’un « bar n’entre pas dans la mission du ministère, de la SODEC [Société de développement des entreprises culturelles] ou du CALQ [Conseil des arts et des lettres du Québec] ».

Le cabinet fait toutefois valoir qu’un « chantier de réflexion sur la diffusion au CALQ pourrait inclure » les enjeux qui préoccupent le Divan. « Il y a peut-être une ouverture de ce côté. »

Quoi qu’il en soit, le Divan Orange prévoit « fermer ses portes au printemps 2018. Pour nous, c’est terminé », dit Sophie Latouche.