L’avenir des festivals d’humour à Montréal inquiète

Le festival Juste pour rire demeure un des trois événements majeurs internationaux qui attirent le plus de touristes et génèrent le plus d’effets économiques à Montréal.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le festival Juste pour rire demeure un des trois événements majeurs internationaux qui attirent le plus de touristes et génèrent le plus d’effets économiques à Montréal.

Le Regroupement des événements majeurs internationaux (REMI) s’inquiète de la crise au sein et autour du festival Juste pour rire en évoquant la catastrophe liée au Festival des films du monde (FFM) il y a quelques années.

« Je crains la balkanisation dans le secteur de l’humour », dit au Devoir Martin Roy, président-directeur général du REMI, qui rassemble et représente la plupart des événements culturels, sportifs et de divertissement au Québec.

« Je prends pour exemple le secteur du cinéma. Ce qui est arrivé là en 2005 est-il le présage de ce qui pourrait arriver dans le secteur de l’humour ? En tout cas, moi, je le crains. »

M. Roy détaille ensuite les embûches à surmonter. « Mettre sur pied un nouveau festival dans un très court délai, c’est extrêmement compliqué. Va-t-on morceler le secteur, diviser le produit, pour se retrouver par exemple avec des humoristes à gauche et à droite, un public divisé par le fait même, des commanditaires et des subventionnaires écartelés entre les marques et les événements ? »

Le FFM, fondé en 1977, critiqué de toutes parts, écrasé par le concurrent de Toronto, a été menacé en 2005 quand les principaux partenaires gouvernementaux ont confié l’organisation d’un nouveau festival au groupe Spectra, organisateur du Festival international de jazz de Montréal (FIJM).

Le nouvel événement a été un échec retentissant, et le FFM agonise depuis.

On s’agite

Gilbert Rozon, président et principal actionnaire du festival Juste pour rire (FJPR), a mis en vente toutes ses parts dans l’entreprise qu’il a fondée, dans la foulée des accusations d’agressions sexuelles le concernant. L’acheteur pourrait être connu dès cette semaine. Le festival annonçait mardi qu’il préparait sa 36e édition pour juillet 2018.

Des dizaines d’humoristes ont annoncé mardi la création en mode coopératif du Festival du rire de Montréal (FRM) pour concurrencer directement le FJPR, avec lequel ils ne veulent plus travailler. Le nouvel événement devrait avoir lieu dès l’été prochain.

« Dans la capsule vidéo de promotion de leur festival, les humoristes disent que c’est une bonne nouvelle pour les Québécois et pour Montréal, dit M. Roy. Moi, je me demande si c’est une bonne nouvelle pour l’industrie, si c’est une bonne nouvelle pour le tourisme. »

Le FJPR demeure un des trois événements majeurs internationaux qui attirent le plus de touristes et génèrent le plus d’effets économiques. Selon les données en train d’être compilées par le REMI, les retombées du FJPR s’approchent de celles du Grand Prix du Canada (42 millions en 2017) et du FIJM (39 millions).

« On doit être dans la même fourchette, peut-être un petit peu moins, dit-il. On a affaire à des navires amiraux du secteur de l’événementiel. Quand ces navires prennent l’eau, ce n’est pas une bonne chose. »

 

On se calme

L’organisme Tourisme Montréal ne manifeste pas d’inquiétudes pour l’instant et attend de voir pour voir.

« À ce stade-ci, je pense qu’il est trop tôt pour présumer ou commenter quoi que ce soit », dit Andrée-Anne Pelletier, gestionnaire des relations publiques corporatives de l’organisme chargé de la promotion et de l’accueil touristique dans la région métropolitaine. « On en est aux balbutiements. On ne connaît même pas la programmation des événements. »

Martin Roy sert aussi cet exemple, mais pour y trouver, lui, nouvelle matière à se préoccuper.

« Préparer un festival à six ou neuf mois d’avis, c’est tout un défi. […] Et puis, va-t-on se retrouver avec d’un côté un événement francophone, le Festival du rire de Montréal, et d’un autre côté un festival anglophone, qui serait Just for Laughs doublé d’un autre volet francophone ? »

Le porte-parole des grands événements festifs de tout le Québec rappelle finalement le casse-tête pour insérer un nouvel événement dans le calendrier hyperchargé d’une des capitales mondiales des festivals.

« Rappelons-nous le débat sur les dates des FrancoFolies [en 2009], dit M. Roy. Le FRM va-t-il empiéter sur les dates du FJPR ? Va-t-il devenir un off de l’autre ? Va-t-il y avoir des salles pour ses spectacles ? Ce n’est pas simple, et c’est inquiétant. »

À qui les subventions ?

Québec a versé le 18 octobre une subvention de 1,5 million au festival Juste pour rire pour la tenue de l’événement de l’été dernier. La ministre du Tourisme du Québec, Julie Boulet, a expliqué mercredi matin que deux conditions fermes liaient le prochain versement annuel : d’abord, que l’événement ait lieu ; ensuite, que Gilbert Rozon ne soit plus son propriétaire. « Un protocole d’entente triennal a été signé qui comprend plusieurs clauses, dit Patrick Soucy, porte-parole du ministère. Nous avons les moyens de sortir de l’entente si les deux conditions ne sont pas respectées. »

Par contre, l’entente n’est pas publique, et le ministère ne veut pas la dévoiler.
1 commentaire
  • Raymond Chalifoux - Abonné 9 novembre 2017 07 h 15

    Parlant d'humour...

    Il paraît que c'est faux, Guy Nantel et Sophie Pregent nient travailler conjointement sur un projet de télésérie réalisée par Weinstein, commanditée par Trump Enterprises et intitulée "Bigfoot in the mouth"...