Des artefacts inattendus refont surface sur le site du premier parlement du Canada

Louise Pothier, archéologue en chef au musée Pointe-à-Callière, observe quelques-uns des artefacts: assiettes, bols et coutellerie sans doute utilisés au restaurant du parlement, qui ont été récupérés, tout comme des coquilles d’huîtres.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Louise Pothier, archéologue en chef au musée Pointe-à-Callière, observe quelques-uns des artefacts: assiettes, bols et coutellerie sans doute utilisés au restaurant du parlement, qui ont été récupérés, tout comme des coquilles d’huîtres.

Un livre calciné, un sceau rare, des éclats de vaisselle orientale, une bouteille de champagne fracassée : ce sont des trésors d’archéologues, des artefacts qui ont refait surface cet été dans les décombres du site du premier parlement du Canada, place D’Youville, dans le Vieux-Montréal.

Ils pourraient faire partie d’un éventuel centre d’interprétation du parlement du Canada-Uni d’ici quelques années.

L’équipe du musée Pointe-à-Callière et le maire de Montréal, Denis Coderre, faisaient mardi le bilan des sept années de fouilles archéologiques sur ce site majeur dans l’histoire du Canada.

Depuis 2010, quelque 700 000 objets ont ainsi été déterrés, dont environ 300 000 cet été. D’ici la mi-novembre, date à laquelle le site sera remblayé jusqu’à nouvel ordre, Francine Lelièvre, la directrice du musée, espère récolter quelque 100 000 autres objets dans ce qu’elle appelle « le Klondike » des archéologues, les 250 derniers mètres qui n’ont pas encore été fouillés et qui formaient le lieu des rencontres « civiles » des membres du parlement.

Restera ensuite à réaliser la phase trois du projet, soit l’érection d’un bâtiment de deux étages sur le site même des fouilles, qui donnerait également accès, via l’ancien égout collecteur, au bâtiment principal du musée. « Nous recevons quelque 450 000 visiteurs par année alors que nos bâtiments sont conçus pour en recevoir 150 000 », expose Mme Lelièvre.

« La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a reçu les revendications », dit le maire Coderre, au sujet des demandes de financement pour l’érection de ce site. « C’est un mode de financement tripartite, entre le municipal, le provincial et le fédéral », ajoute Mme Lelièvre. Le projet pourrait coûter quelque 100 millions de dollars.

« La genèse de la Confédération »

Le parlement du Canada-Uni, qui était à Montréal de 1844 à 1849, a été incendié à la suite de violentes manifestations, menées par des tories, qui protestaient contre l’indemnisation des victimes des soulèvements des patriotes en 1837-1839. Le 25 avril 1849, à 21 h, toutes les personnes qui étaient dans le parlement ont fui l’édifice.

Le feu a permis de conserver plusieurs artefacts dans un état remarquable, dont une trentaine de fragments de livres brûlés provenant de la bibliothèque du parlement, qui en abritait 6000. On a identifié et reconstitué les pages de l’un de ces livres, soit Les procès-verbaux des séances de la chambre des députés. Session de 1830, publié à Paris. Plus loin, une lettre porte la trace d’une étampe rare, qui a été utilisée le 17 avril 1840, soit quelques jours avant l’incendie.

« Une équipe s’occupe du traitement des artefacts, du catalogage et de la documentation des objets. Il y a beaucoup de synthèse à faire auniveau de la localisation […] pour essayer d’enrichir un peu le récit », disait mardi Hendrik Van Gijseghem, chargé de projet en archéologie à Pointe-à-Callière.

À la suite de l’incendie, le parlement du Canada a déménagé successivement à Québec, à Toronto puis à Ottawa. « Mais c’est à Montréal qu’on retrouve la genèse de la Confédération », dit Mme Lelièvre.

Controverse canadienne

Selon Mme Lelièvre, il est possible que le gouvernement du Canada ait à ce jour volontairement ignoré ce site à cause de la polémique qu’il soulevait. Mais aujourd’hui, dit-elle, le gouvernement fédéral appuie clairement la démarche de mise en valeur du site.

« La démocratie est fragile, dit le maire Coderre. On a grandi et il y a une histoire de la démocratie au Canada et au Québec. C’est important de la diffuser. On l’a fait avec les autochtones, la métropole de la réconciliation. Il ne s’agit pas de revisiter l’histoire, mais de la reconnaître et d’avoir un nouveau chapitre. Alors je pense qu’on est rendu à ce chapitre. »

Les objets récoltés lors des fouilles appartiennent à la Ville de Montréal.

D’ici à ce que soit entamée la phase trois du projet, un aménagement paysager sera réalisé sur le site des fouilles au printemps prochain.

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