Le financement sera-t-il à la hauteur pour la culture?

Le ministre de la Culture, Luc Fortin, a présenté mardi matin son projet pour consultation des grands axes de la prochaine Politique québécoise culturelle.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de la Culture, Luc Fortin, a présenté mardi matin son projet pour consultation des grands axes de la prochaine Politique québécoise culturelle.

C’est l’intention qui compte, dit-on. Mais les comptes devront aussi être bons afin que les grandes intentions soient valables. C’est ce qui ressort des commentaires sur les grands axes de Partout, la culture, le projet de nouvelle politique québécoise proposé hier par le ministre Luc Fortin. Car si les objectifs font la quasi-unanimité, plusieurs craignent, à la lumière des crédits alloués ces dernières années à la culture, que les moyens financiers pour les réaliser n’arrivent jamais au rendez-vous. Réactions.

L’ancienne politique culturelle, rappelle la comédienne et porte-parole de l’Union des artistes (UDA), Sophie Prégent, aura mis en place des organismes — SODEC et Conseil des arts et des lettres (CALQ) en tête — et des entreprises culturelles. « Maintenant, il faut s’arrêter à l’humain, à l’artiste qui crée, avance Mme Prégent. C’est là qu’il faut aller, et c’est la particularité de la nouvelle politique. Ce qui presse, avec la mouvance, l’évolution du milieu culturel et la mondialisation, c’est le droit des artistes, la propriété intellectuelle, le droit d’auteur, le droit de suite, la Loi sur le statut de l’artiste qui gagnerait à être affinée. » Les idées du nouveau projet sont bonnes, l’orientation aussi, estime l’UDA. « On voit les engagements du gouvernement, particulièrement à “façonner un environnement propice à la création et au rayonnement de nos richesses culturelles”. Mais l’engagement financier sera-t-il à la hauteur ? » s’interroge la comédienne.

Et c’est la question qui revient.

Une synthèse des défis

Pour le Mouvement pour les arts et les lettres, Partout, la culture « est une bonne synthèse des défis que le Québec doit relever — même si on n’y met pas trop l’accent sur le numérique, un défi pourtant concret. Mais on n’a aucun indicateur des priorités budgétaires qui vont donner vraiment une couleur à cette politique », indique la porte-parole Fabienne Cabado, aussi directrice du Regroupement québécois de la danse. Est-ce dire que, sans connaître les priorités et les possibilités de financement, le projet est trop vaste pour être critiqué ? « Personne ne peut critiquer la vertu ! Les ambitions ici sont très grandes et louables, mais encore faut-il ensuite avoir les moyens de ces ambitions. L’insuffisant [montant de] 4 millions qui vient d’être accordé au CALQ, alors qu’on s’est battu, qu’on est sorti dans la rue, que le CALQ est en période décisive, ne donne pas l’impression qu’on va vraiment soutenir le coeur créatif. »

La critique en matière de culture de la Coalition avenir Québec, Claire Samson, a salué le travail. « C’est le monde idéal. [Le ministre Fortin] vient de monter la barre : les attentes vont être élevées. J’ai hâte de voir le plan d’action, par contre, parce que c’est très large. Faut voir si les bottines suivent les babines », illustre la députée d’Iberville. Manon Massé, de Québec solidaire, était déçue de son côté devant le « manque de concret », reconnaissant dans la foulée devoir attendre le plan d’action, et se disait dubitative devant les consultations à venir. « J’ai beau voir de belles phrases, comment après les faire ? C’est sûr que je suis inquiète pour la suite des choses », a indiqué la députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques.

L’ordre des architectes du Québec a salué la reconnaissance des liens entre culture et territoire. La Ligue nationale d’improvisation, par la voix de Pierre Guillot-Hurtubise, du conseil d’administration, s’est dite « extrêmement heureuse de la mention express de l’improvisation comme discipline correspondant mal aux balises des programmes de financement. On comprend que le plan d’action qui suivra pourrait apporter des révisions ».

La porte-parole de l’opposition officielle pour la culture et les communications, Agnès Maltais, était de son côté plus critique. « On a voulu remettre au goût du jour la politique de 1992, une politique du XXe siècle. Il fallait plonger dans le XXIe siècle. Tenir compte et réagir à ce que j’appelle le “Nouveau Monde de la diffusion” : Netflix, Google, Facebook, les séries télé, la dématérialisation, l’industrie du disque qui change complètement. Il semble y avoir une réelle abdication du gouvernement actuel sur les pouvoirs en matière de communications. »

La députée de Taschereau pour le Parti québécois note également, en plus des grands absents que sont pour elle les communications, le cinéma et le documentaire, le « manque de pilier, d’une vision centrale autour de laquelle devraient se déployer ensuite tous les outils ». Mme Maltais a tenu à saluer chaudement l’invitation lancée aux oppositions par le ministre Fortin de participer aux consultations. « On sera là — je vais inviter le cinéma —, et de façon constructive. Une politique culture, ça ne se bâtit pas pour un gouvernement, mais pour trente ans. On va travailler à en faire quelque chose qui traverse le temps et les gouvernements », a-t-elle conclu.