Expo 67: la ville disparue revit au Musée Stewart

L’ONF avait son propre pavillon, surnommé «Le labyrinthe», très populaire.
Photo: Musée Stewart L’ONF avait son propre pavillon, surnommé «Le labyrinthe», très populaire.

Sur la vidéo, la jeune Andrée Champagne porte une longue robe blanche bordée de paillettes, et une coiffure sophistiquée. Nous sommes en 1967, Stéphane Venne vient d’écrire la chanson Un jour, un jour, et Andrée Champagne est la magnifique hôtesse de l’ouverture d’Expo 67.

Ou plutôt, nous sommes en 2017, et nous visitons l’exposition Expo 67 : rêver le monde, qui ouvre ses portes au Musée Stewart jusqu’au 8 octobre, sur l’île Sainte-Hélène, qui rappelle cet été charnière dans l’histoire de Montréal et du Canada.

Pour l’occasion, le Musée Stewart a collaboré avec l’Office national du film, et avec Radio-Canada, dont il a utilisé les archives.

En traversant les salles, on mesure l’audace et l’avant-gardisme de cette Exposition universelle, avec ses pavillons à l’architecture futuriste.

« C’est comme si on avait bâti une ville pour six mois », commente Catherine K. Laflamme, chargée de projet de l’exposition.

De cette ville, on le sait, il ne reste aujourd’hui que quelques bâtiments iconiques. Habitat 67, conçu par l’architecte Moshe Safdie, est de ceux-là, et l’exposition se penche sur l’aspect révolutionnaire de ce pavillon.

« L’idée était alors de trouver une solution à l’insalubrité des tours résidentielles et à l’étalement urbain », explique Catherine K. Laflamme. Les unités de logement d’Habitat 67 avaient aussi ceci de nouveau qu’elles étaient entièrement préfabriquées dans une usine voisine construite pour l’occasion.

URSS, Hergé et labyrinthe

La visite est ponctuée d’anecdotes amusantes. Ainsi, les pavillons des États-Unis et de l’URSS, alors en pleine guerre froide, se faisaient face, et étaient reliés ensemble par la passerelle du Cosmos. Or, une missive du ministère des Affaires étrangères témoigne du fait que les autorités canadiennes se préoccupaient alors d’une infiltration de la puissance soviétique en sol canadien.

Aujourd’hui, la Biosphère américaine brille toujours sur l’île Notre-Dame, mais le pavillon soviétique d’Expo 67 a été déménagé à Moscou.

On apprend aussi qu’Hergé lui-même, alias Georges Rémi, avait projeté de faire un film qui se serait déroulé sur fond d’Expo 67 : Tintin et la passerelle du Cosmos.

Le film n’a jamais été réalisé, mais on peut encore en lire le synopsis sur les murs de l’exposition.

L’ONF avait pour sa part son propre pavillon, surnommé « Le labyrinthe », tellement populaire que les files d’attente pour y accéder ont fait l’objet de caricatures dans les journaux.

Bien que ce pavillon ait été démoli depuis, le Musée Stewart l’a conçu virtuellement, à partir des plans d’architecte.

Confortablement assis dans un fauteuil, avec des lunettes recréant les trois dimensions, la vidéo donne un aperçu de ce que les visiteurs d’Expo 67 ont vu à l’époque.

Avec 50 millions d’entrées, l’événement a manifestement eu un succès fou.

On y voit aujourd’hui les graines de la révolution technologique à venir. Ainsi, c’est là qu’on a commencé à projeter des vidéos sur des sections de murs placés à différents niveaux, créant ainsi un effet de profondeur.

L’exposition reprend le procédé et fait défiler les images des jeunes se déhanchant au Pavillon de la jeunesse, des danseuses à gogo du pavillon de l’Ontario, ou des buveurs de bière du pavillon de l’Allemagne.

C’est à partir de 1962 que la décision de tenir Expo 67 à Montréal s’est prise.

Dès ce moment, plusieurs personnalités canadiennes, dont l’écrivaine Gabrielle Roy, se sont penchées sur le projet, pour en dégager l’orientation. Le thème « Terre des hommes » est aussi celui d’un ouvrage de Saint-Exupéry.

La « foi au progrès » était alors au coeur de la réflexion.

Cinquante ans plus tard, en pleine crise écologique, on peut se demander si un tel enthousiasme se déploierait de nouveau à ce sujet.