Pas d’argent frais pour les musées

Les musées du Québec attendent déjà depuis dix ans une bonification des enveloppes liées au fonctionnement, selon Stéphane Chagnon, directeur général de la Société des musées du Québec.
Photo: iStock Les musées du Québec attendent déjà depuis dix ans une bonification des enveloppes liées au fonctionnement, selon Stéphane Chagnon, directeur général de la Société des musées du Québec.

Les musées du Québec ne recevront pas d’argent frais pour l’aide au fonctionnement d’ici 2020, soutient le directeur général de la Société des musées du Québec, Stéphane Chagnon. En fait, les 11,5 millions de dollars annoncés par le gouvernement du Québec sont essentiellement des budgets prévus pour l’an prochain, qui seront devancés de quelques mois. « Au lieu de les payer l’année prochaine, on les paie cette année », dit-il.

M. Chagnon relève cependant qu’un « fonds du patrimoine culturel » devrait recevoir 10 millions de dollars à partir de 2020-2021, et 15,5 millions l’année suivante. « Il y aura plusieurs volets, dont un volet de financement pour le renouvellement des expositions permanentes et itinérantes, dit-il, mais pour l’instant, il n’y a pas d’argent frais. »

Interrogé à Québec, le ministre de la Culture et des Communications, Luc Fortin, a reconnu attendre éventuellement de l’argent supplémentaire pour mettre en oeuvre la nouvelle politique culturelle du gouvernement du Québec. « C’est certain qu’on va avoir un plan d’action, il va falloir avoir un budget pour soutenir ces actions-là. Alors moi, j’ai déjà commencé les démarches dès l’automne passé, après les consultations, auprès du ministre des Finances et du premier ministre, pour qu’on ait les moyens de mettre en oeuvre le plan d’action. Mais quand même, il faut reconnaître que ça n’est pas juste du béton [que l’on retrouve dans le dernier budget en matière culturelle] », a-t-il dit.

Du côté du Conseil québécois du théâtre, on déplore que le budget du Conseil des arts et des lettres du Québec demeure au « point de congélation ». On estime que ce budget envoie « un cinglant camouflet » au milieu et on dénonce « un parti pris étatique », qui traduit « un désengagement lourd de conséquences dans l’avenir de tout un secteur socioéconomique ». L’Association québécoise de la production médiatique a pour sa part salué diverses mesures venant en soutien au secteur, dont une hausse de deux millions de dollars du budget de Télé-Québec. La Guilde des musiciens a aussi bien accueilli le nouveau programme d’aide aux producteurs de bandes sonores.

Dans le détail des crédits de transfert du soutien à la culture, aux communications et aux sociétés d’État, on peut voir que l’aide aux immobilisations bondit de plus de 15 millions de dollars en 2017-2018, tandis que l’aide au fonctionnement est réduite de quelque 2,5 millions par rapport à l’année précédente.

Pour Stéphane Chagnon, les musées du Québec attendent déjà depuis dix ans une bonification des enveloppes liées au fonctionnement. Il ajoute que la culture a aussi été mise de côté dans le plan d’investissement en tourisme annoncé la semaine dernière, précisément en attente de la nouvelle politique culturelle.

Les crédits annoncés par le gouvernement du Québec laissent entendre aussi que divers organismes verront leur budget réduit au cours de l’année prochaine. C’est le cas entre autres de Bibliothètque et Archives nationales du Québec (BAnQ) et de la Place des Arts. À BAnQ, on refuse cependant de commenter ces chiffres en attendant l’étude des crédits. À la Place des Arts, on signale que les coupes ne comptent que pour 1 % du budget de fonctionnement. « Cela n’aura pas d’impact sur nos opérations », dit la responsable des relations avec les médias pour l’organisme, Andréanne Beaulieu.

1 commentaire
  • Philippe Dubé - Abonné 31 mars 2017 09 h 01

    La famine

    On connait la chanson que fredonne sur un air tristounet à mourir depuis plus de dix ans maintenant un gouvernement cynique annonçant la lente agonie du patrimoine national et des institutions qui ont pourtant la responsabilité de s'en occuper. Dans ce contexte, la SMQ ne remplit malheureusement pas ses devoirs, c'est-à-dire se battre, aller au front et ne pas accepter de fausses promesses qui ne cessent de reporter aux calendes de la planète Mars (2020) un redressement financier que tout le monde attend. Le public est en droit d'avoir un patrimoine non seulement bien gardé mais valorisé par les musées dont c'est la mission première. Qu'attendons-nous au juste pour agir? Que le réseau des musées soit totalement exsangue, dévitalisé au point de ne plus pouvoir réagir? À moins que ce ne soit déjà fait? Le temps des larmes est révolu, il s'agit maintenant de porter les armes, celles qui permettront aux musées de se défendre des privations qu'impose un gouvernement totalement irresponsable en matière de patrimoine. Le milieu est en effet au bord de la faillite professionnelle. Qui dit mieux?