Le neuvième art a son festival

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Exposition des planches de Jean-Paul Eid, auteur des célèbres aventures de Jérôme Bigras
Photo: Joanie Breault Exposition des planches de Jean-Paul Eid, auteur des célèbres aventures de Jérôme Bigras

Ce texte fait partie du cahier spécial Conseil des arts de Montréal

Le Festival BD de Montréal tiendra sa sixième édition la fin de semaine du 26 au 28 mai, venant ainsi conclure le Mois de la BD, organisé par Bibliothèques de Montréal. L’instigateur et organisateur du Festival BD de Montréal est François Mayeux, un vieux routier de la bande dessinée au Québec. « J’ai toujours travaillé dans le monde de la librairie et, tôt dans ma carrière, je me suis spécialisé en bandes dessinées », raconte celui qui est aussi propriétaire de la librairie Planète BD.

Le Festival BD de Montréal n’est pas la première fois que l’on célèbre la bande dessinée au Québec. « Il y a eu plusieurs festivals par le passé, cela remonte aux années 1980, souligne François Mayeux, mais c’était des événements qui duraient un an ou deux, donc éphémères. Ensuite, la bande dessinée a été célébrée à l’intérieur d’autres événements culturels, comme le Festival Juste pour rire. Mais dans ce cas, la bande dessinée ne faisait pas cavalier seul. Le Festival BD de Montréal est le premier à réussir à être indépendant et, avec sa sixième édition, à s’assurer une certaine pérennité. »

François Mayeux

La clé du succès cette fois ? « Lorsque j’ai décidé de lancer ce festival, j’ai vite compris que le succès de l’événement reposait en premier sur l’appui du milieu de la bande dessinée. Mes premières démarches furent d’aller rencontrer les créateurs et les maisons d’édition pour m’assurer de leur soutien. Aujourd’hui, tout le milieu de la bande dessinée au Québec tient à participer à ce festival. »

Un autre élément du succès du festival BD de Montréal est la présence de nombreux partenaires. « Par exemple, l’un des premiers partenaires avec lesquels nous nous sommes associés est Bibliothèques de Montréal. Pourquoi ce choix ? Parce que la bande dessinée est le livre qui est le plus emprunté dans tout le réseau des bibliothèques de Montréal. Bibliothèques de Montréal était donc un partenaire naturel. »

Arrivée à maturité

Si le Festival BD de Montréal a réussi à bien s’implanter, c’est qu’il est venu au monde à point nommé, c’est-à-dire à un moment où le neuvième art est arrivé à une certaine maturité, au Québec, mais aussi ailleurs dans le monde. « D’une part, la bande dessinée au Québec se porte plutôt bien, nous comptons de nombreux auteurs talentueux qui sont soutenus par de solides maisons d’édition. D’autre part, la bande dessinée a beaucoup évolué. » En effet, cantonnée dans ses débuts au genre comique, elle s’en est affranchie pour aujourd’hui se diversifier et embrasser plusieurs genres. De nos jours, toutes les thématiques possibles sont abordées par la bande dessinée, de la science-fiction au récit historique en passant par la littérature jeunesse. « Certaines thématiques sont même plus faciles à aborder par la bande dessinée. La bande dessinée est même devenue un support pédagogique en milieu scolaire. Elle n’est plus réservée aux enfants et aux mordus, mais elle rejoint maintenant tous les segments du lectorat. Je dis que tout le monde aujourd’hui peut lire de la bande dessinée sans pour autant être obligé de lire la même bande dessinée. »

L’événement

Le Festival de BD de Montréal aura lieu, comme c’est le cas depuis sa création, en plein coeur du parc La Fontaine, tout près de l’Espace La Fontaine. L’entrée est gratuite. « Le fait de tenir un événement gratuit et en plein air donne une allure bon enfant au Festival BD de Montréal, ce qui le rend encore plus accessible. Évidemment, les amateurs de bandes dessinées sont au rendez-vous, mais nous accueillons beaucoup de familles avec enfants. Une image qui peut caractériser le Festival BD est celle d’une famille assise à l’ombre d’un arbre avec parents et enfants qui lisent de la bande dessinée. Ce format est aussi le cadre idéal pour les curieux qui veulent apprivoiser la bande dessinée. »

Bon an, mal an, environ 10 000 personnes fréquentent le Festival BD de Montréal. « Les visiteurs peuvent alors rencontrer les quelque 125 auteurs qui seront présents. La grande majorité d’entre eux sont des auteurs québécois, car nous mettons l’accent sur la création locale, mais nous accueillons aussi une vingtaine d’auteurs étrangers. Les maisons d’édition québécoises de bande dessinée sont aussi sur place. » Plusieurs autres activités sont aussi proposées aux visiteurs.

De plus, le Festival BD de Montréal est, depuis deux ans, un événement bilingue. « Il existe peut-être deux solitudes au Québec, mais ces deux solitudes se retrouvent dans le même lieu au Festival BD de Montréal. »

Pour la suite des choses

L’important pour François Mayeux, une fois la sixième édition terminée, c’est de consolider le festival et de l’asseoir sur une base encore plus solide. « Ce que je souhaite pour le Festival BD de Montréal, c’est trouver un commanditaire d’importance qui s’engagerait financièrement sur une période de quelques années. C’est d’ailleurs à cela que je travaille, et ce sur quoi je vais me concentrer dans la prochaine année. »

La reconnaissance que lui apporte le Conseil des arts de Montréal en nommant cette année le Festival BD de Montréal comme l’un des finalistes au Grand Prix est à ses yeux un signe encourageant. « C’est une reconnaissance du sérieux de notre entreprise et du bilan positif de celle-ci. Le Festival BD de Montréal est encore un jeune festival et la reconnaissance du Conseil des arts de Montréal ne peut que nous aider à augmenter notre visibilité. »