Une assemblée générale sur fond de discorde à CIBL

Fondée en 1980, CIBL s’est sans cesse démarquée comme un heureux mélange de laboratoire et de pépinière à talents.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Fondée en 1980, CIBL s’est sans cesse démarquée comme un heureux mélange de laboratoire et de pépinière à talents.

L’assemblée générale de CIBL qui avait lieu mercredi soir a débuté sur un refus d’admettre une douzaine de bénévoles déçus des nouvelles règles procédurales adoptées par la direction de la station de radio communautaire, dont le virage amorcé l’an dernier ne fait pas l’unanimité.

Depuis plusieurs mois, des contributeurs de longue date estiment que ce virage imposé par le nouveau directeur général, notamment la refonte en profondeur de la grille de programmation, contrevient à son identité et à sa mission. Selon l’ordre du jour, l’assemblée, à laquelle ont assisté plusieurs dizaines de membres, allait s’étendre sur plusieurs heures.

Alors que la tradition permettait autrefois aux gens de payer leur cotisation lors de leur arrivée à l’assemblée, la règle prévoit maintenant une date limite. Les bénévoles dont la carte était échue n’ont donc pas été admis à l’assemblée, qui se tenait à la Société des arts technologiques, à quelques portes de la station, sur la rue Saint-Laurent. Ils n’ont pas non plus été admis à titre d’observateurs. Certains ont estimé que l’information concernant la tenue de l’assemblée a mal circulé.

Fondée en 1980, CIBL s’est sans cesse démarquée comme un heureux mélange de laboratoire et de pépinière à talents, mais la baisse des revenus publicitaires a fait en sorte que la station s’est butée à une impasse financière. Souffrant d’un manque à gagner de 200 000 $, la station a réduit ses coûts de manière radicale et mis sur pied en novembre 2015 une campagne de sociofinancement visant à amasser 35 000 $ en quatre mois.

En janvier 2016, le directeur en poste a été remercié et a été remplacé, en mars, par Arnaud Larsonneur, qui disait alors vouloir « revenir aux bases de la radio, sur la production de contenus ». En mai, M. Larsonneur a bousculé l’ordre établi en rompant avec une grande partie des animateurs bénévoles de la station. Alors que certains ont évoqué une forme de démantèlement, le nouveau directeur a dit qu’il s’agissait de se tourner vers l’auditeur et de renouveler la grille de programmation, caractérisée selon lui par un trop grand nombre d’émissions différentes.

Dans une déclaration qui a commencé à circuler mercredi soir, plus de 90 « membres et sympathisants » de la station défendent les « couleurs » de CIBL et déplorent que « le comité de programmation, dont le mandat et le fonctionnement sont inscrits dans les règlements généraux de CIBL, a été mis à l’écart de ce tournant majeur ».

« Ce qui faisait la force de CIBL, c’est qu’il y avait des émissions plus éclectiques, avec des gens de différents horizons », a dit Robin Philpot, dont l’émission Le pied à Papineau, gagnante du prix du public en 2015, n’est plus en onde. « Mais le fait de s’éloigner des longues entrevues, par exemple, je trouve que c’est une erreur. »

En juillet 2016, la station a joui d’une bouffée d’air frais quand le groupe de télécommunications Cogeco, qui exploite plus de 30 stations, a lancé une bouée de 375 000 $ « puisés directement dans ses contributions au titre de développement de contenu canadien ».

En entrevue au Devoir le mois dernier, M. Larsonneur a dit que la nouvelle grille s’imposait. « C’était compliqué pour l’auditeur. Notre choix a été de passer d’un modèle où les gens faisaient de la radio pour eux-mêmes à une radio centrée vers l’auditeur », a-t-il affirmé.