Priorité à l’imagination

«On veut être capables de soutenir correctement les artistes en fonction de leurs désirs de création», a déclaré Simon Brault.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir «On veut être capables de soutenir correctement les artistes en fonction de leurs désirs de création», a déclaré Simon Brault.

Après le nouveau plan stratégique qui dirige la grande mutation du Conseil des arts du Canada (CAC), soutenu par une augmentation — du simple au double — de son budget par le fédéral, le CAC dévoilait lundi, dans les grandes lignes, la ventilation de ses fonds. En résumé ? Priorité à la création et à l’imagination.

« D’ici 2021, nous aurons investi 487 millions additionnels sous forme de subventions, de paiements et de prix aux artistes et aux organismes artistiques de ce pays, indiquait lundi le directeur et chef de la direction du CAC, Simon Brault. Nos investissements directs dans les arts passeront progressivement de 150 millions de dollars par an (2015) à 310 millions de dollars par an (2021). Notre décision de simplifier nos programmes et d’alléger nos processus administratifs nous permettra d’injecter directement dans le secteur des arts 88 % des 550 millions investis par le gouvernement fédéral. » Le CAC fait le pari de réinjecter dans le milieu des arts sans augmenter ses coûts administratifs de façon importante, précisait le directeur.

Contenu et coquille

Trois choses ressortent aux yeux de M. Brault. D’abord, le CAC n’encouragera plus indirectement la multiplication des structures, comme c’était le cas dans ses anciennes exigences. Plus besoin, concrètement, pour les chorégraphes et metteurs en scène, de fonder des compagnies pour avoir accès aux subventions de fonctionnement. « On veut être capables de soutenir correctement les artistes en fonction de leurs désirs de création, sans les forcer à créer des OSBL ou des structures de gouvernance qui les oblige à surinvestir dans la coquille par rapport au contenu, » clarifiait le directeur.

Pour marquer le coup, le CAC avancera au moins 25 % des nouveaux fonds à des artistes qui sont de nouveaux bénéficiaires ou qui recevront là du financement de base pour la première fois. « Depuis longtemps, des organisations cognent à notre porte, auxquelles on ne peut répondre, qui ont été désavantagées de façon systémique — en diversité culturelle, et en Premières Nations, par exemple. C’est un retour du balancier, ainsi qu’une ouverture à la relève et l’émergence qui n’a pas existé depuis longtemps dans le système. » Le CAC choisit consciemment de surpondérer les investissements dans les projets à 224 %, afin, espère-t-il, de retrouver une flexibilité ankylosée. « Une situation que tous les conseils des arts expérimentent à travers le monde, qu’on veut secouer. Et s’il y a effectivement une génération très forte, très créative, on va être capable de l’accueillir », croit M. Brault.

En troisième lieu, une nouvelle nomenclature est imposée. Les institutions auront leur propre catégorie : les organismes aux budgets de 2 millions et plus par année (TNM, OSM, Grands Ballets canadiens de Montréal). « On admet la différence de pérennité entre une institution et une organisation héliotropique, construite autour d’un soleil artistique, qui gèrent des enjeux différents. » Et ces organisations héliotropiques, soudées à l’identité d’un créateur, pourront survivre ou pas au départ de ce dernier, selon les cas. « Il n’y aura plus de maintien automatique des subventions » à la structure même.

Invitation au voyage

L’argent sera plus mobile d’une discipline à l’autre. « Les seuils historiques — ce qui est dépensé en moyenne dans les cinq dernières années par discipline — serviront de point de départ au nouveau modèle de financement, le 1er avril 2017. Historiquement, les nouvelles disciplines comme les arts médiatiques avaient moins de financement que celles, comme la musique, qui sont reconnues depuis longtemps. On respecte ces seuils, en intégrant de nouvelles disciplines (cirque contemporain ; arts des artistes handicapés ou sourds ; arts numériques). On cesse de prédéterminer ce qui va être dépensé par discipline, et on ne prescrit plus de plafond. On va voir à la qualité des projets ; peut-être que, certaines années, les orchestres symphoniques vont “scorer” plus fort aux objectifs de leurs programmes que les galeries d’art, et auront un peu plus d’argent. Ou vice-versa. On veut être capable de voir où vont nous mener les artistes. »

Pour redonner des ailes aux artistes, le CAC doublera progressivement les fonds alloués au rayonnement international, en passant grosso modo de 10 à 20 millions d’ici 2021. Le CAC ici réagira à la demande, les moteurs des voyages seront les artistes, et les invitations qu’ils vont recevoir… et faire, car pour une première fois, la coproduction internationale sera soutenue. « On entend faire en sorte que le meilleur de la création littéraire et artistique circule à l’international, peu importe le contexte économique et commercial. »

Enfin, le plus urgent : le numérique. « On pense qu’il est minuit moins cinq pour le numérique en arts, et que les effets doivent être non seulement structurants, mais efficaces à court terme ; on doit intervenir auprès d’organisations artistiques généralement imaginées et configurées à l’ère analogue. » D’ici 2021, le CAC investira 88,5 millions en soutien financier à des projets destinés à accroître la qualité, la portée et le partage de l’art par le numérique.


Premières Nations

Le CAC triplera, d’ici 2021, ses investissements pour « favoriser la connaissance, la création et le partage de l’art et des cultures des Premières Nations, des Inuits et des Métis ».

« Ce n’est pas du tout une manne, indique Simon Brault, directeur, car au Canada, les investissements pour les arts autochtones sont historiquement très bas. On passe de 6 à 18 millions par année pour 4,2 % des artistes par année. Là où ce qu’on fait est plus révolutionnaire, poursuit-il, c’est en reconnaissant leur droit à l’autodétermination. Jusqu’à maintenant, on soutenait les arts autochtones dans une logique d’inclusion, dans un modèle fondamentalement eurocentriste, défini à partir des canons et critères de l’histoire de l’art européen. Là, on va tenir compte du contexte, prendre acte qu’on est dans un pays qui a pratiqué systématiquement une tentative de génocide culturel. On va remettre la responsabilité de la définition culturelle aux mains des autochtones. On tient compte de la transmission culturelle. Il y a là des micro-subventions pour aider des artistes en émergence mais reconnus par leur communauté, alors qu’ailleurs la définition du professionnalisme est différente ; et c’est le seul programme qui va soutenir financièrement les anciens, pour leur capacité de transmission. C’est un laboratoire où on voit des enjeux de soutien aux arts qui ne sont pas divorcés de la vie quotidienne ni de la survie de la communauté. C’est un nouveau laboratoire à ciel ouvert. »
1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 15 novembre 2016 10 h 29

    enfin, il était temp

    Le conseil des arts qui va enfin reconnaitre les premières nations comme citoyens a part entière, quel long périple il a fallu, allons nous enfin avoir un premier ministre, pour qui les premieres nations sont autre chose que des animaux de cirques, je sais mon langage est dur, mais ne faut-il pas parfois l'être , peut être faut-il vous felicitez de moins etre au service de bonzes et plus au service d"artistes qui sont des moteurs indispensables a la société au monde