Au parc avec Cohen une dernière fois

Des dizaines d’amoureux de sa musique se sont réunis spontanément au Parc du Portugal à Montréal.
Photo: Florent Daudens Des dizaines d’amoureux de sa musique se sont réunis spontanément au Parc du Portugal à Montréal.
Quelques minutes après l’annonce de la mort de Leonard Cohen, des dizaines d’amoureux de sa musique se sont réunis spontanément au Parc du Portugal à Montréal. En bordure du parc, sur les marches menant à la porte de sa résidence de la rue Vallières, ses admirateurs déposaient des bougies et des fleurs pour lui rendre hommage. 

Sa mort n’a pas surpris ses fans, qui connaissaient son âge et son état de santé. Mais l’annonce a libéré les émotions. « J’ai eu les jambes molles », confie Stéphane Mailhot. « C’est fini », renchérit Philippe Mailhot qui l’accompagne, et il est pourtant « irremplaçable ». « Il a su capturer la beauté et la mettre en mots », résume Madeleine Bergeron à leurs côtés. 

Plusieurs personnes sur place racontent avoir grandi avec les chansons et la poésie de Cohen. « Toute ma vie », dit simplement Jodi Carman, son cellulaire vibrant de la voix unique de la légende. « Il a été une source constante d’inspiration, mais même ce mot n’est pas assez fort. Il a été une consolation, ses chansons m’ont sauvé la vie plusieurs fois. Il a été un phare », souffle Fanny. Sa mère Louise assise à ses côtés acquiesce en racontant leur maison où ses albums ont résonné depuis sa naissance. Dans sa tête, les paroles tournent et surtout celles-ci : « There is a crack in everything that's how the light gets in (il y a une craque dans toute chose, c’est ainsi que la lumière entre). »




Si Cohen était là, il pourrait chanter Chelsea Hotel #2 à ceux qui essuient leurs larmes, la face rougie : « We are ugly but we have the music (nous sommes laids mais nous avons la musique) ». Un homme s’approche quand la masse de gens s’est faite plus dense, une guitare entre les bras. Il entonne Dance me to the end of love et tous chantonnent. Cannettes à la main, un couple se serre.

Chacun a un mot pour sa voix unique, grave, intense, sincère, directe. Et profonde, comme l’homme. « Il était très charismatique, mais c’est sa profondeur qui reste », dit Erica Pomerance, qui l’a connu personnellement. Elle se souvient des premières fois « qu’il grattait la guitare », après être déjà devenu le poète chéri du tout Montréal anglophone. 

Mme Pomerance ramène à sa mémoire les endroits où ses amis le retrouvaient quand il était de passage dans la métropole : « La place pour le trouver c’était un bistro sur la rue Crescent, je passais pour voir s’il y était. Et l’hôtel Lafrance où il logeait. » Et ce café, et celui-là, et soudain la ville paraît remplie de sa présence à nouveau. La dernière fois qu’elle l’a vu, Cohen était assis dans ce parc, précisément où sa présence a flotté jeudi dans la nuit.