Une maison patrimoniale menacée de destruction

La maison Déry risque fort de tomber sous le pic des démolisseurs.
Photo: Source Société d’Histoire de Charlesbourg La maison Déry risque fort de tomber sous le pic des démolisseurs.

Construite vers 1828 dans l’arrondissement de Charlesbourg à Québec, la maison Déry risque fort de tomber sous le pic des démolisseurs. Cette maison typique, avec son toit à coyau, est située en un lieu désigné autrefois sous le nom de Bourg-Royal, un espace mis en place au XVIIe siècle par l’intendant Jean Talon afin de protéger les habitants contre des attaques.

L’affaire de cette démolition d’une maison patrimoniale survient paradoxalement au moment où la Ville de Québec vient d’annoncer qu’elle entend agir contre la négligence de certains propriétaires de bâtiments patrimoniaux, à tout le moins dans le secteur de la colline parlementaire.

« On a la certitude que la maison Déry va être abattue lundi », affirme au Devoir le président de la Société historique de Charlesbourg, René Cloutier. Ce défenseur du patrimoine affirme en entrevue que cela fait deux ans qu’il s’emploie à alerter les autorités publiques sur les dangers que courent les maisons historiques de la rue du Vignoble, un secteur en mutation autrefois appelé « rue de la Commune ».

« J’ai parlé de la maison Déry la semaine dernière avec le maire, M. Régis Labeaume, et la responsable du patrimoine, Mme Julie Lemieux, lors d’un colloque qu’organisait la Ville sur le patrimoine. M. Labeaume m’a dit qu’il était furieux. Mais l’étude de la valeur patrimoniale n’a pas été complétée, m’a dit Mme Lemieux. »

Pas de protection

Julie Lemieux, vice-responsable du comité exécutif de la Ville de Québec et responsable du patrimoine, explique que presque tout le territoire de la ville de Québec a été documenté ou presque en matière de patrimoine. « On est rendu à Charlesbourg. Le mandat va être donné dans les prochains mois. Pour l’instant, on n’a pas de protection pour les maisons de Charlesbourg. » N’aurait-il pas fallu en ce cas attendre avant d’émettre un permis de démolition ? « Il y a eu un problème de communication. Le propriétaire a maintenant son permis en main. Je ne peux rien faire. »

Mme Lemieux se dit insultée que Le Devoir s’intéresse à une petite maison pareille. « Je suis un peu insultée que vous vous intéressiez à un secteur non historique », alors que Québec, précise-t-elle, a fait des efforts considérables pour tous les autres secteurs et qu’on n’est pas « certain du potentiel patrimonial » de ce bâtiment.

Cela aurait été une raison supplémentaire pour être plus prudent avec ce secteur, pense pour sa part Émilie Vézina-Doré, directrice générale d’Action patrimoine, le plus important organisme québécois de protection et de mise en valeur du patrimoine. « Techniquement, il aurait fallu attendre une évaluation complète du secteur avant d’accorder des permis de démolition, estime Émilie Vézina-Doré. Le colloque sur le patrimoine que vient d’organiser la Ville de Québec concluait justement sur le fait qu’il faut toujours avoir des lunettes patrimoniales, peu importe le secteur envisagé. Il ne faut pas mélanger ce qui est patrimonial et ce qui est protégé. Cette maison est très clairement patrimoniale. Et il ne faut pas sous-estimer la valeur du patrimoine en fonction des secteurs, qu’ils soient “historiques” ou non. Il faut des outils et de l’information avant de prendre des décisions. En ce moment, on confond “patrimoine” et “classement”. Ça montre que la Ville de Québec a encore du travail à faire. »

Le ministre de la Culture, Luc Fortin, n’a pas indiqué que le gouvernement interviendrait pour sauver le bâtiment. Le ministre attend, avant de se prononcer, une évaluation des lieux. « J’ai demandé un état de situation, pour voir quelle est la valeur patrimoniale de cette maison-là. Mais ce n’est pas un cas qui nous a été soumis jusqu’ici. Mais on fait les vérifications. S’il y a des gestes à poser, on va le faire. »

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