Cinq auteurs à l’opéra

Hélène Dorion a été invitée par l’Opéra de Montréal à faire une expérience inusitée : celle de réécrire les mots d’un air connu d’opéra.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Hélène Dorion a été invitée par l’Opéra de Montréal à faire une expérience inusitée : celle de réécrire les mots d’un air connu d’opéra.

Hélène Dorion a découvert l’opéra dans un taxi de Vérone, dans lequel elle filait, en pleine nuit, après avoir raté un avion. Le chauffeur écoutait Nabucco, de Verdi. « J’avais écouté de nombreux opéras, mais ce jour-là, de façon intime et intense, j’ai fait l’expérience de sa capacité à créer un monde qui, sans jamais échapper à la réalité, parvient à en extraire l’essence, la beauté mystérieuse », écrivait-elle dans la première d’une série de chroniques publiées depuis sur les productions de l’Opéra de Montréal.

Comme quatre autres auteurs, Hélène Dorion a été invitée par l’Opéra de Montréal, en collaboration avec le Festival international de littérature, à faire une expérience inusitée : celle de réécrire les mots d’un air connu d’opéra. L’air qu’Hélène Dorion a choisi est O mio babbino caro, tiré de l’opéra Gianni Schicchi, de Puccini. « Ça veut dire “Ô mon petit papa chéri ! », dit l’écrivaine, un sanglot dans la voix. Hélène Dorion a perdu son père alors qu’elle écrivait son dernier livre, Le temps du paysage, paru aux éditions Druide, dans lequel elle célèbre l’amour et la mort.

L’air de Puccini, explique-t-elle, raconte l’histoire d’une femme qui parle à son père. « Elle lui dit qu’elle est amoureuse de son fiancé. Et que si lui ne veut pas l’épouser, elle ira se jeter en bas du pont. »

Dans le livret réécrit par Hélène Dorion, « cette fille-là se parle à elle-même, comme si elle parlait à son âme de cet amour-là ».

O mio babbino caro était l’un des airs favoris de Maria Callas, semble-t-il.

France Bellemare au chant

À Montréal, c’est France Bellemare qui chantera les mots d’Hélène Dorion.

« C’est un bon exercice d’écriture et d’humilité, raconte Hélène Dorion. Il faut que j’entre dans la bouche de la chanteuse pour qu’en français, ça résonne un peu comme en italien. »

Elle mentionne par exemple qu’en français, les mots se terminent plus souvent par des consonnes qu’en italien, ce qui a une incidence sur le travail de la chanteuse.

L’Opéra de Montréal a aussi invité Denys Arcand, Gilbert Turp, Évelyne de la Chenelière et Charles Binamé à réécrire à leur façon des airs d’opéra connus. Les chanteurs de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal présenteront ces oeuvres dans le cadre de la soirée Librettistes d’un soir, à la Grande Bibliothèque, le 30 septembre. Hélène Dorion y échangera ses impressions sur l’exercice avec le musicologue et directeur des communications de l’Opéra, Pierre Vachon.

Hélène Dorion allie également poésie et musique dans un autre événement du Festival international de littérature, pour lequel elle sera accompagnée sur scène d’un quatuor des Violons du Roy. L’écrivaine y lira des extraits tirés de ses différents livres, Recommencements, Coeurs, comme livres d’amour, ou Choses fragiles, mondes frêles, sur des musiques de compositeurs aussi variés que Mozart, Philip Glass, Vasks et Bach.

Musique et poésie

Le projet a germé en 2015, année où Laurent Patenaude, directeur des Violons du Roy, envisageait de créer une nouvelle écoute des liens entre musique et poésie.

L’idée est d’en faire un tout unifié, où textes et musiques ne sont pas simplement présentés alternativement, « pour donner à entendre quelque chose de différent, d’inédit, dit Hélène Dorion. Il faut choisir les musiques pour qu’elles aient un creux, pour qu’elles puissent accueillir le texte. Ce ne sont pas toutes les musiques qui s’y prêtent. […] Chaque pièce a été choisie en fonction du texte ». Les musiques contemporaines s’y prêtent mieux que Mozart, reconnaît-elle. Ça sera le 25 septembre à la Cinquième Salle de la Place des Arts.

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 23 septembre 2016 14 h 37

    Bonne photo !

    Bravo !