Le ministère de la Culture promet des fonds pour les sorties culturelles

<p>Dès la prochaine rentrée scolaire, Québec promet de mettre en place des mesures pour favoriser d’avantage de sorties scolaires et d’initiation aux arts pour les élèves.</p>
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir

Dès la prochaine rentrée scolaire, Québec promet de mettre en place des mesures pour favoriser d’avantage de sorties scolaires et d’initiation aux arts pour les élèves.

Québec entend agir pour favoriser le maillage entre les milieux culturel et scolaire avant même l’adoption de la nouvelle Politique de la culture en préparation. La loi-cadre devrait être déposée avant la fin de 2017. Cependant, dès la prochaine entrée scolaire, dans un an, Québec promet de mettre en place des mesures pour favoriser davantage de sorties scolaires et d’initiation aux arts pour les élèves.

« Dans le dernier budget, il y avait trois millions de dollars de plus par année pendant trois ans pour ce maillage entre la culture et l’école, dit au Devoir Luc Fortin, ministre de la Culture et des Communications du Québec. Nous aussi on veut faire un effort de notre côté. Nous travaillons à une annonce, mon collègue de l’Éducation Sébastien Proulx et moi-même. Nous souhaitons poser un geste dans ce sens pour la prochaine rentrée scolaire. Ce sera un premier geste dans le sens que nous aurons entendu pendant les audiences. »

La déclaration a été faite en entrevue, jeudi, en marge des audiences pour le renouvellement de la Politique culturelle du Québec qui se poursuivent à Montréal ce vendredi. Cette intention d’arrimer l’école et la culture donne l’occasion au ministre de confirmer que la nouvelle politique en sera une gouvernementale et non seulement ministérielle. Elle engagera donc l’État de manière transversale. « Je le dis à chaque fois : nous allons interpeller d’autres ministères et d’autres sociétés d’État que les nôtres », dit M. Fortin.

Ce mariage se ferait entre deux partenaires inégalement dotés. Le budget du ministère de la Culture se compte en centaines de millions. Celui de l’Éducation, en milliards. L’argent est là.

« Il y a des thèmes plus spécifiques à certaines régions, poursuit-il. Sur la Côte-Nord, nous avons naturellement plus parlé des autochtones. Mais la question du mariage entre l’école et l’éducation est une préoccupation partagée et très, très forte partout. Pour moi, c’est une très bonne nouvelle, puisqu’en devenant ministre de la Culture, j’ai dit que j’allais en faire une priorité. Les habitudes en matière de consommation culturelle se prennent en bas âge, notamment chez les 4 à 11 ans. Et lorsqu’on investit de ce côté, les retombées se font sentir dans l’ensemble du milieu culturel. Je pense donc que c’est un secteur d’intervention prioritaire qui rejoint l’ensemble des préoccupations. »

Dans sa présentation de vendredi matin, le groupe de pression Culture Montréal a aussi prêché en ce sens. « Agir auprès des jeunes nous apparaît comme une priorité, a dit Valérie Beaulieu, directrice générale de l’organisme. À terme, nous souhaitons que l’accès aux arts et à la culture soit perçu comme une nécessité autant que la pratique d’une activité physique. »

Et les femmes ?

Le ministre et son équipe ont entendu quelque 325 mémoires depuis les débuts des travaux en juillet. Plus de 3000 personnes ont transmis leurs commentaires. Sherbrooke sera le dix-huitième et dernier point de chute des audiences lundi. Le glas des premiers bilans se fait entendre.

Quelques lignes de force se confirment. Une d’entre elles concerne la discrimination systémique de l’État culturel. Les autochtones comme les minorités (dont les anglophones) se plaignent d’un manque d’équité dans le soutien. Vendredi, le groupe Réalisatrices équitables et la Coalition pour l’équité homme-femme en culture ont réclamé des gestes concrets pour que cesse la faveur masculine des programmes.

« On n’a pas besoin de nouvelles études, a dit la porte-parole Isabelle Hayeur. On a passé ce temps. On demande maintenant des statistiques annuelles pour suivre les changements. » Le groupe veut aussi que le critère de l’équilibre homme-femme soit inscrit dans les règles d’attributions du soutien et des postes de direction des organismes culturels.

Le ministre a alors demandé pourquoi cette discrimination persistait. Il a rappelé que les structures de son ministère sont sous le contrôle de femmes qui représentent 70 % du personnel et contrôlent les deux grandes sociétés culturelles, la SODEC et le CALQ. Mme Hayeur a répondu que c’est un problème partagé dans le monde et qu’il faut prendre exemple sur la Suède. Ce pays scandinave a donné récemment trois années aux organismes pour changer dans le sens égalitaire sous peine de sanction.

Et le numérique ?

Une autre ligne de force fondamentale concerne la mutation de l’univers culturel contemporain avec la grande numérisation en cours. Le fédéral a décidé d’en faire le point d’ancrage de sa propre réflexion globale en vue de l’adoption d’une première politique culturelle pancanadienne. Le ministre Fortin répétait vendredi matin dans son introduction que la Politique de la culture adoptée en 1992 par le Québec date d’un temps où le monde n’avait pas encore basculé dans un univers dématérialisé et mondialisé par le Web.

« C’est l’avènement du numérique qui vient justifier en grande partie l’exercice qu’on fait en ce moment, commente en entrevue le ministre Fortin. Évidemment, ça fait partie des questionnements. Ceci étant dit, des gens voient le numérique comme un défi important, par exemple dans le domaine de la musique. En même temps, d’autres le voient comme une opportunité, par exemple pour la diffusion dans les régions éloignées. On nous a beaucoup demandé de mieux soutenir les projets à caractère numérique en régions. »

L’équilibre entre l’offre et la demande sur le marché culturel signale un autre problème incontournable qui revient sans cesse dans les interventions. Les témoins semblent se diviser en deux clans. Certains ne veulent pas qu’un éventuel rééquilibrage se fasse au détriment du soutien à la création ; d’autres réclament un plus grand souci pour la diffusion.

« C’est un sujet qui revient abondamment, commente le ministre. Il faut développer et renouveler les publics. On a beaucoup misé sur la création en 1992. Il faut maintenant agir sur la demande. »

Il reste encore plusieurs étapes à franchir. Le ministère attend les documents de groupes sollicités, notamment sur la question de la langue et du patrimoine. Des experts universitaires fourniront des avis. L’automne permettra de poursuivre les synthèses.

Une fois le projet de politique déposé, il faudra repartir en consultation au sein de la commission parlementaire concernée. En 1992, cette étape avait généré quelque 250 mémoires. « L’objectif ambitieux est d’avoir une politique finale en 2017 », répète le ministre.