L’histoire dans les entrailles de la terre

Le Mois de l’archéologie permet de connaître cette discipline bien vivante. Ici, au musée du Fort Saint-Jean, à Saint-Jean-sur-Richelieu.
Photo: Réseau Archéo-Québec Le Mois de l’archéologie permet de connaître cette discipline bien vivante. Ici, au musée du Fort Saint-Jean, à Saint-Jean-sur-Richelieu.

De Montréal à Saguenay, en passant par les villages des Laurentides et d’ailleurs, l’archéologie profite encore une fois du mois d’août pour s’exposer sous toutes ses coutures aux quatre coins du Québec. Pleins feux sur une science vivante en pleine ébullition.

Au rythme parfois effréné du quotidien, il est facile d’oublier que se cachent sous nos pieds près de 12 000 ans d’histoire. Tout au long du mois d’août, les archéologues d’un peu partout au Québec proposent aux curieux — et aux nombreux vacanciers — un arrêt dans le temps, question de reprendre son souffle et de jeter un oeil à ces fragments d’histoire.

Porté par le Réseau Archéo-Québec depuis les tout débuts en 2005, le Mois de l’archéologie se veut une vitrine, ou plutôt une porte d’entrée, pour ceux qui souhaiteraient en apprendre davantage sur cette discipline bien vivante. « Les idées préconçues sont tenaces quand on parle d’archéologie, lance Marie-Jacinthe Roberge, directrice générale du Réseau Archéo-Québec. Les gens s’imaginent un Indiana Jones au teint hâlé qui découvre mille et un trésors au péril de sa vie. »

Moins spectaculaire, peut-être, l’archéologie du quotidien, tout en discrétion, n’en demeure pas moins bien vivante puisque c’est elle qui, bien souvent, nous fournit le maillon historique manquant.

« Nous sommes loin des pyramides d’Égypte ou des châteaux médiévaux de la France, concède Anne-Marie Belleau, responsable des services éducatifs et culturels à la maison Nivard-De Saint-Dizier. Nos découvertes n’en sont pas moins riches, mais c’est certain qu’elles ne sont pas nécessairement aussi spectaculaires. Elles donnent toutefois un sens à un passé commun, elles éclairent des pans de notre histoire bien souvent méconnus du public. »

Photo: Réseau Archéo-Québec Des fouilles archéologiques sont réalisées dans le parc du bourg de Pabos, en Gaspésie.

« Certaines découvertes remettent même en question des savoirs établis, renchérit la directrice. J’ai déjà vu des archéologues mettre la main sur des artéfacts qui révélaient une présence humaine dans des secteurs qu’on a longtemps cru inhabités. Parfois, ça peut complètement changer la donne. »

« Ce Mois, c’est une occasion pour le public de participer à des découvertes inédites, de se salir les mains », ajoute avec un enthousiasme palpable Marie-Jacinthe Roberge. Et, surtout, insiste-t-elle, c’est une chance en or d’aller à la rencontre des dizaines d’archéologues — « les véritables ambassadeurs du Mois » — qui s’attellent à longueur d’année à déterrer des traces de notre passé et, surtout, à les rendre accessibles au plus grand nombre.

Les mains dans la terre

Le Mois de l’archéologie est aussi l’occasion de faire un peu l’histoire, notamment en révélant à la lumière du jour les secrets parfois bien gardés de notre sous-sol. En plus des expositions et des conférences thématiques organisées tout au long du mois d’août, de nombreuses activités permettront à ceux qui le désirent de mettre les mains dans la terre.

C’est le cas à la maison Nivard-De Saint-Dizier qui, au coeur de Verdun, propose une immersion dans le monde de l’archéologie. Cette ancienne maison de ferme du début du XVIIIe siècle fait l’objet, depuis le début de la belle saison, d’un chantier ouvert au regard des curieux, une première depuis son ouverture au public en 2011. Une rare occasion, donc, de voir des archéologues à l’oeuvre, mais aussi d’observer en temps réel des pans d’histoire révélés au grand jour.

 
Photo: Réseau Archéo-Québec Le Mois de l’archéologie permet de connaître cette discipline bien vivante. Ici, au musée du Fort Saint-Jean, à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Tenu par les étudiants en archéologie de l’Université McGill, ce chantier est « une occasion unique pour le public », assure Anne-Marie Belleau, qui travaille à la maison depuis la création du musée. Jusqu’à la mi-août, il sera possible de suivre l’évolution des fouilles et surtout de participer aux travaux de recherche.

« Les gens peuvent aider les archéologues à avancer, que ce soit en tamisant de la terre ou en participant au nettoyage des artéfacts trouvés. » Même les tout-petits pourront mettre la main à la pâte — ou, du moins, auront l’impression de le faire — dans un chantier adapté à leurs petites menottes.

Florissantes régions

Bien que de plus en plus dispersée, la programmation du Mois demeure concentrée dans les régions urbaines comme Montréal et Québec. « Ce n’est pas une surprise, précise la directrice du Réseau Archéo-Québec. C’est dans ces secteurs que s’est longtemps centralisée l’activité humaine », tant à l’époque préhistorique, où seules les Premières Nations occupaient le territoire, qu’après l’arrivée des premiers colons européens.

Cela n’empêche pas les activités archéologiques de se multiplier jusque dans les territoires les plus éloignés. Ainsi, le long des rives du Saint-Laurent jusqu’à la péninsule gaspésienne, en passant par les terres sauvages de la Côte-Nord, c’est plus d’une cinquantaine de lieux, répartis dans 13 régions, qui ouvrent leurs portes jusqu’à l’aube de l’automne.

« L’archéologie est possible presque partout, assure Marie-Jacinthe Roberge. Ce ne sera peut-être pas votre prétexte pour vous rendre dans une région, mais, une fois sur place, pourquoi ne pas prendre le temps — c’est le cas de le dire — d’y jeter un oeil ? »

Le Mois de l'archéologie

Chantier de fouille à la Maison Nivard-De Saint-Dizier de Verdun, jusqu’au 19 août. Le Mois de l’archéologie, du 1er au 31 août. Activités, horaires et lieux variés.