Des internautes en colère contre Le Journal de Montréal

Le site satirique a décidé de fermer avant que la décision du juge soit rendue.
Photo: Facebook Le site satirique a décidé de fermer avant que la décision du juge soit rendue.

La fermeture forcée du site satirique Le Journal de Mourréal, à la suite d’une demande d’injonction du Journal de Montréal, a provoqué une levée de boucliers des internautes, entre autres sur le site du quotidien, que le site satirique parodiait.

Le site satirique Le Journal de Mourréal, qui existait depuis quatre ans, a en effet dû fermer ses portes après que Le Journal de Montréal, qu’il parodiait, eut déposé une demande d’injonction contre lui, indiquant que le nom et le logo du Journal de Mourréal engendraient de la confusion chez les lecteurs.

Ils ne se sont pas pressés. Normalement, on doit agir plus vite quand on est convaincu qu’il y a confusion.

 

Le site satirique a décidé de fermer avant que la décision du juge soit rendue, affirmant ne pouvoir assumer les frais d’avocats d’une telle poursuite, qui l’oppose au géant qu’est Québecor, propriétaire du Journal de Montréal. La réaction des internautes sur le site du Journal de Montréal ne s’est quant à elle pas fait attendre.

« La poursuite bâillon envers la satire est un terrible aveu de faiblesse. Pourquoi ne pas plutôt retrousser vos manches et tenter de hausser le niveau de votre *hum hum* "journalisme"? » écrit Magali Bebronne sur le site du Journal de Montréal. « Extrêmement déçu de vous voir attaquer la liberté d’expression en fermant Le Journal de Mourréal », ajoute Élie Gratton.

Cause perdante ?

Selon Me Normand Tamaro, spécialisé en droit d’auteur, il est loin d’être sûr que Le Journal de Montréal aurait gagné sa cause si Le Journal de Mourréal avait pu lui tenir tête devant les tribunaux.

Il rappelle que la satire est un droit inscrit dans la loi canadienne sur le droit d’auteur depuis 2012. « La satire est inscrite comme une exception au droit d’auteur pour s’assurer que l’on peut être caricaturé. »

Mais la caricature existait quant à elle avant même l’existence de nos journaux. « La satire, la critique, c’est vieux comme le monde », dit-il. D’entrée de jeu, il relève que le site satirique existait depuis quatre ans. « Ils ne se sont pas pressés. Normalement, on doit agir plus vite quand on est convaincu qu’il y a confusion », croit-il. Selon Me Tamaro, la confusion aurait été plus présente si les deux journaux avaient été vendus, en papier, côte à côte, dans un kiosque, par exemple. Mais le site du Journal de Mourréal était un site que les internautes consultaient délibérément.

Des cas similaires

L’avocat relève par ailleurs qu’il est arrivé que le tribunal blâme une partie pour l’utilisation satirique d’un logo, mais que c’était dans le cas de litiges opposant un syndicat et un employeur. Cela est arrivé dans une cause opposant notamment les rôtisseries Saint-Hubert un syndicat de leurs employés qui avait utilisé comme logo un coq avec un couteau et une méchante fourchette.

Il y a quelques années, la Cour d’appel avait également statué contre l’utilisation de références à l’émission La petite vie par un réalisateur de films pornographiques. La Cour avait cependant établi qu’il ne s’agissait pas de satire puisque le réalisateur s’était servi d’une référence au titre original, en utilisant le titre La petite vite, simplement pour vendre du contenu pornographique, explique Me Tamaro.

Quant au titre Le Journal de Mourréal, il fait référence à une façon qu’on avait de désigner Montréal il y a cinquante ans, poursuit Me Tamaro, mais qui n’est plus très utilisée aujourd’hui. « On est en 2016, on a une population qui est drôlement plus instruite et critique qu’auparavant. […] Le “consommateur pressé” [dont parle Le Journal de Montréal dans sa demande d’injonction] n’est pas celui d’il y a 50 ans, ni même d’il y a 20 ou 30 ans », ajoute Me Tamaro.

5 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 19 juillet 2016 06 h 26

    «Le Dewouère »

    Une nouvelle très plate merci.

    «Le Journal de Mourréal» était souvent plus intéressant que sa version originale, en plus d'éveiller l'esprit critique.

    Et cette injonction est à mon avis une preuve flagrante de la grande efficacité de la critique de cette micro-publication contre les bêtises publiées dans le journal original.

    Ils auraient du contester l'injonction, ils auraient gagné presqu'à coup sûr comme le mentionne l'article; puisque la satire est un droit reconnu depuis toujours.

    Espérons qu'ils poursuivront leur oeuvre sous un autre nom, comme par exemple «Le Dewouère».

    À moins, bien sûr, que ce dernier leur impose une une injonction lui-aussi..

    Christian Montmarquette

  • Michel Thériault - Inscrit 19 juillet 2016 06 h 57

    Population plus instruite et critique ???

    « On est en 2016, on a une population qui est drôlement plus instruite et critique qu’auparavant. […]. - Normand Tamaro

    Vraiment ? Je n'en suis pas si certain. Demander à un quidam de localiser le Québec sur une mappemonde ou de nommer le premier ministre, juste pour voir...

    De plus, une population instruite et critique n'aurait jamais réélue le "Liberal Party of Qwebec". L'affirmation de M. Tamaro est plus que risible.

  • Jacques Morissette - Abonné 19 juillet 2016 07 h 39

    Je lis rarement les commentaires de ce site, sinon au vol quand ils me passent sous les yeux sur Facebook. Je n'ai pas lu que ce site va fermer. J'ai lu cependant qu'il va changer de nom. Il va peut-être passer à un autre niveau, qui j'espère, sera plus intéressant.

  • Louise Nepveu - Abonnée 19 juillet 2016 09 h 40

    Un dangereux précédent

    S'il faut être riche pour faire valoir la liberté d'expression, alors notre justice est mal en point. Lentement, insidieusement, un droit fondamental est bafoué (ici, par Québecor). Les poursuites bâillon sont toujours inéquitables et menacent la démocratie. À quand une injonction des pétroliéres contre les citoyens opposés à l'exploration sur Anticosti ou au pipeline Énergie Est? Tout cela est extrêmement préoccupant.

  • François Dugal - Inscrit 19 juillet 2016 11 h 36

    La justice

    La justice appartient aux riches, ne le saviez-vous pas déjà?