L'idole d'une génération s'éteint

Pierre Lalonde s’est produit au Casino de Montréal à l’automne 2000.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Pierre Lalonde s’est produit au Casino de Montréal à l’automne 2000.

L’ironie fera sourire et rendra triste à la fois. Au tout premier jour de l’été, saison qui ravivait sans faute à l’esprit des Québécois sa célèbre chanson C’est le temps des vacances, le chanteur et animateur de télé Pierre Lalonde est mort, à l’âge de 75 ans. Celui qui dans les années 1960 a été l’idole incontestée de toute une génération souffrait depuis 2010 de la maladie de Parkinson, et aussi de la démence à corps de Lewy. Selon son entourage, le chanteur est mort paisiblement, entouré des siens.

« Nous on est dans le vent », chantait en 1963 Pierre Lalonde de sa voix caractéristique, élégante et légèrement nonchalante. Le titre en dit beaucoup sur son parcours. Le chanteur l’était, dans le vent, grâce à des chansons fortes (Donne-moi ta bouche, Tu peux pleurer, Gina, Bonjour comment ça va, C’est le temps des vacances…). Lalonde a aussi été porté par l’animation de la populaire émission de télévision Jeunesse d’aujourd’hui (1962-1965) à Télé-Métropole — coanimée un temps avec Joël Denis — avant d’être à la barre de Jeunesse oblige (1965-1966), à Radio-Canada.

Et il y a le « nous » de la chanson, qui dit beaucoup. Pierre Lalonde portait la voix d’une génération. « Il était vraimentun pôle magnétique pour toute la jeunesse », raconte Sébastien Desrosiers, historien de l’art et passionné du patrimoine musical québécois.

« Quand on passait à Jeunesse d’aujourd’hui, on était sûr qu’on faisait un succès avec notre chanson », s’est souvenu Michel Louvain, en entrevue avec La Presse canadienne.

Jointe par Le Devoir, la grande dame de la chanson Shirley Théroux se souvient que l’émission catalysait « ce qui était nouveau ». « Il y avait vraiment un engouement, dit celle qui a rencontré Lalonde pour la première sur le plateau de Jeunesse d’aujourd’hui. C’était une émission de télé, mais les gens pouvaient donner libre cours à leur passion, en studio ils pouvaient danser, ils pouvaient faire comme aux États-Unis et crier pour leurs vedettes. Ç’a été une révolution de liberté. » Que Pierre Lalonde a en quelque sorte incarné.

Michel Louvain ainsi que l’agente de Lalonde, Ginette Achim, ont décrit l’homme comme étant un « gentleman ». Droit, souriant, « c’était un bon gars, rajoute Sébastien Desrosiers, aussi animateur de l’émission Mondo P.Q. sur les ondes de la radio communautaire montréalaise CIBL. Et, on va se le dire, c’était un beau jeune homme, charismatique, et surtout professionnel. Ses modèles étaient bien propres, il aimait les crooners du type de Frank Sinatra et les vedettes pop américaines qu’il tentait d’émuler ici. »

Artiste né

Né le 20 janvier 1941, Pierre Lalonde commence sa carrière dès l’âge de quatre ans, lorsqu’il chante sur les ondes de CKAC, à l’émission Café-Concert Kraft. Son père était l’animateur et comédien Jean Lalonde.

« Son père, Jean, était déjà une grande vedette québécoise, raconte Shirley Théroux. Pierre a pris sa relève, au fond. Le père n’a pas formé le fils, mais le fils est venu au monde avec le talent du père. Sans vraiment l’avouer, il lui a ouvert des portes. Même si c’était difficile d’être le fils d’une grande vedette comme lui. »

Après avoir étudié le théâtre aux États-Unis, Pierre Lalonde revient s’installer au Québec dans les années 1960. Sa carrière musicale commencera véritablement en 1962 avec deux 45 tours, réunis l’année suivante sur le disque En d’autres mots… Le chanteur sera nommé découverte de l’année au Gala des artistes la même année.

N’en déplaise aux Winnipégois, où comme le chantait Lalonde « les nuits sont longues », il sera un prolifique chanteur, qui fera paraître au cours de sa carrière près de 20 albums, et plus d’une quarantaine de 45 tours. Porté par la vague yé-yé, le chanteur avait toutefois des racines musicales plus près du cabaret. « Et c’était mélangé avec l’impact indéniable des Beatles, analyse Sébastien Desrosiers. Son yé-yé est un yé-yé soft si on peut dire, c’est surtout concentré sur des adaptations, des reprises de hits internationaux pour le public québécois. »

Pierre Lalonde a fait trois disques en anglais, et a même animé une émission de télé aux États-Unis, le Peter Martin Show, avant de revenir au Québec. Dans les années 1970 et 1980, il continue sa carrière de chanteur, mais c’est au petit écran où il brille le plus. Il animera plusieurs émissions, dont Showbizz, Pierre, Jean jasent, Star d’un soir et le jeu-questionnaire Action réaction. Il a reçu la Médaille d’honneur de l’Assemblée nationale en 2011.

De ce passionné de golf, Shirley Théroux se souviendra « des conversations d’adultes, entre êtres humains et pas entre artistes ». Elle le décrit aussi comme un homme de famille. « Quand il a eu ses enfants avec Claire [Lewis], je me souviens que pour lui c’était très important. » Pour la star, c’était un « nous » tout aussi important, mais plus personnel.

2 commentaires
  • Bernard Dupuis - Abonné 23 juin 2016 14 h 35

    Une idole du niveau 0 de la culture.

    Dire que Pierre Lalonde fut l’idole incontestée de toute une génération m’apparaît fortement exagéré. Quel bel exemple de la généralisation et de réécriture de l’histoire. En effet, Pierre Lalonde fut l’idole d’une partie de la génération des années soixante, mais cette partie des jeunes peu éduqués et inconscients politiquement. Il est populaire auprès de ceux et celles qui aiment la facilité et l’étourdissement.

    Pierre Lalonde projette l’image de quelqu’un de peu instruit et de peu cultivé. Les «chansonniers» et leurs interprètes sont peu présents à son émission. À tel point qu’une distinction fondamentale s’établit à cette époque entre Télé-Métropole et la chanson soi-disant sérieuse. La langue française est respectée, mais uniquement comme traduction de chansons anglaises. Pierre Lalonde ne fera que très peu appel à nos compositeurs originaux.

    À une époque où les mots «contestation», «révolution», «participation», «solidarité ouvrière québécoise», «féminisme» prenaient toute leur ampleur, ce beau monsieur représentait tout ce qu’il y avait de plus conventionnel, de plus insignifiant et de plus conformiste dans sa génération.

    Qu’est-ce que Pierre Lalonde a apporté de neuf au Québec de cette époque? Rien d’autre que le statu quo. Peut-être que c'est pour cette raison que sa popularité perdura si longtemps. S’il est vrai qu’il fut l’idole de plusieurs, il est faux de dire qu’il se mérita l’admiration de toute une génération. Au contraire, son style suranné fut ridiculisé par une bonne partie de celle-ci.

    Bernard Dupuis, 23/06/2016

    • Christian Montmarquette - Abonné 24 juin 2016 15 h 04

      Même si c'est toujours délicat de critiquer un disparu, je reconnais que vous visez dans le mil M. Dupuis.

      Dans la vie il y a les artistes, ceux qui créent, inventent et s'expriment et les vedettes commerciales qui cherchent à deviner ce qu'un certain public veut entendre pour mieux pouvoir monayer leurs talents.

      Les uns font de l'art.. Les autres, du commerce.

      Et malheureusement je crois que Pierre Lalonde faisait partie de la seconde catégorie.

      Christian Montmarquette