Les murs trembleront encore

Montréal n’a pas échappé aux mouvements de protestation lors du printemps érable
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Montréal n’a pas échappé aux mouvements de protestation lors du printemps érable

Alors, comment se porte votre austérité ? Et votre système capitaliste, en forme ? Les 99 %, ça va ? Force est d’admettre que non, ça ne va pas trop. L’« ordre » mondial craque de partout, et les soulèvements populaires se multiplient. Pour témoigner de ces révoltes qui se font écho partout dans le monde, le Musée de la civilisation présente « 25 X la révolte », une expo se voulant le portrait d’une « nouvelle génération politique », conception du réalisateur Hugo Latulippe.

Le Québec a encore frais en mémoire un souvenir des mois d’affrontement qui ont marqué une certaine année 2012. C’était il y a quatre ans, quand le mouvement étudiant contre la hausse des droits de scolarité a fait germer un soulèvement plus important, issu d’une rage collective envers nos élites.

Le même type de phénomène est actuellement visible en France, où, outrés d’un projet de loi qui modifiera les conditions de travail, les citoyens ont investi les rues et les places, donnant naissance au mouvement Nuit debout.

Rappelons-nous aussi les parapluies de Hong Kong, les casseroles de Reykjavik, les images qui nous sont parvenues depuis la place Tahrir… Tous sont des exemples récents d’insurrections qui témoignent de notre capacité de dire « non ». Non à la hausse des droits de scolarité, non à une loi travail, non à l’impunité des policiers blancs qui abattent de jeunes innocents noirs, non à une dette publique exorbitante, non à la corruption du gouvernement brésilien… Tant de « non » criés au visage des puissants, qui profitent d’un système politique et économique basé sur l’oppression du plus grand nombre…

« Je pense qu’on est à la veille du basculement de l’époque, observe le réalisateur, scénariste, producteur et cerveau derrière 25 X la révolte, Hugo Latulippe (Bacon, le film, Ce qu’il reste de nous, Alphée des étoiles). Je le crois vraiment, ça. Puis, c’est un peu ce que vient dire l’expo. Il y a clairement un foisonnement politique en ce moment. On a voulu dire aux gens : voici ce qui est en train de se passer, voici ce qui se passe sur terre. Si vous n’êtes pas attentifs, vous n’avez peut-être pas encore remarqué… »

Autre chose ?

À travers 25 grands mouvements qui ont animé les 25 dernières années — depuis la chute du mur de Berlin, en fait —, 25 X la révolte cherche ainsi à montrer que les insurrections, qu’elles se passent à Seattle, à Téhéran, à Montréal ou à Jérusalem, ont un dénominateur commun : le ras-le-bol du système que l’on nous impose.

Photo: Esperamos Films Manifestation des Zapatistes au Mexique

« Le contenu véritable d’Occupy Wall Street n’était pas la revendication, collée a posteriori sur le mouvement comme un Post-it sur un hippopotame, de meilleurs salaires, de logements décents ou d’une sécurité sociale plus généreuse, mais le dégoût pour une vie qu’on nous fait vivre », lit-on dans À nos amis, petit essai révolutionnaire écrit par le Comité invisible et publié aux éditions La Fabrique. Ce dégoût, on le sent bien dans les 25 mouvements choisis par Hugo et son équipe.

« Le capitalisme néolibéral n’est pas la seule chose qu’il faut montrer du doigt, poursuit Latulippe. C’est plus complexe que cela, et souvent je trouve dommage qu’on réduise les grandes questions à des petites thèses. Mais c’est certain que notre culture occidentale mariée à un système économique qui est une vision idéologique orientée est la source de tous les maux. »

Des cycles

L’exposition est bâtie autour de 25 entrevues avec des témoins importants ou des participants de première ligne des mouvements mis en vedette. On part à la rencontre, par exemple, d’Aminata Traoré, de José Bové, de David Solnit, de Françoise David, de David Suzuki… Nombre d’entre eux présentent un discours optimiste, unificateur. Tous valorisent une organisation horizontale, déhiérarchisée.

Ensuite, la « ligne rouge », une exploration en mots et en sons, propose la vision du monde plus personnelle du concepteur. Puis, au centre, les visiteurs convergent vers une « agora » où l’on peut collaborer à une « constitution », qui se veut la « légende du monde futur ». Latulippe souhaite que les gens participent aux articles que lui et l’équipe de l’exposition auront écrits pour donner une vision collective d’un nouveau monde.

Le résultat témoigne d’un travail de recherche considérable, qui s’est échelonné sur trois ans et a nécessité la collaboration de nombreux experts des mouvements sociaux. Le contenu vidéo seul cumule une durée de près de deux heures.

L’installation, circulaire, rappelle l’idée d’un cycle et lie les choses entre elles. « Le mouvement est une chose lente parfois, mais l’important, c’est la destination. L’idée de l’étoile dans l’iconographie révolutionnaire, l’étoile qui est sur le béret du Che, c’est l’idée d’un horizon, l’étoile vers laquelle on marche », illustre le réalisateur.

25 X la révolte

Portrait d’une nouvelle génération politique signé par le cinéaste Hugo Latulippe. Au Musée de la civilisation de Québec. Du 1er juin au 17 mars 2017.