Vers un démantèlement du réseau des musées?

L’ex-directeur de la Société des musées du Québec dénonce un contexte politique qui pourrait provoquer un « démantèlement » du réseau des musées québécois.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L’ex-directeur de la Société des musées du Québec dénonce un contexte politique qui pourrait provoquer un « démantèlement » du réseau des musées québécois.

Michel Perron, l’ex-directeur démissionnaire de la Société des musées du Québec (SMQ), dénonce un contexte politique qui pourrait provoquer un « démantèlement » du réseau des musées québécois. M. Perron a décidé de reprendre sa liberté de parole après avoir officiellement quitté son poste de directeur de la SMQ, jeudi. « Je trouve qu’actuellement le réseau muséal vit un démantèlement de sa propre structure », un glissement qu’il attribue à la nouvelle réglementation du ministère de la Culture et des Communications.

En vertu des nouvelles directives gouvernementales, l’aide au fonctionnement, la pierre d’assise des subventions québécoises aux musées, n’est plus admissible pour les musées saisonniers, ni pour les musées à vocation scientifique, ni pour les musées dont le rayonnement est considéré comme « local », plutôt que régional ou national, dit-il. Le tout touche environ 40 % du réseau muséal québécois, calcule M. Perron.

Dans ce contexte, des musées comme le Centre d’interprétation du patrimoine de Plaisance, en Outaouais, ou le Centre d’interprétation de l’ardoise, dans les Cantons-de-l’Est, perdent leurs subventions. D’autres établissements reconnus par le ministère perdent tout espoir d’obtenir cette aide au fonctionnement, comme Exploramer, en Gaspésie, Biophare, en Montérégie, et le Centre d’interprétation des mammifères marins, à Manicouagan.

Frôler la complaisance

Face à ces changements, Michel Perron admet qu’il aurait souhaité que la SMQ soit plus « combattante, vaillante et éclairée ». Il déplore donc l’attitude du conseil d’administration de la Société, qui, selon lui, « frôle la complaisance ». « Je vous parle à titre personnel, dit-il. Je ne suis plus à l’embauche de la Société des musées du Québec, alors je reprends ma liberté d’expression. » Il ne cache pas non plus que les représentants du nouveau conseil d’administration de la SMQ lui avaient demandé d’« être discret dans le cadre de représentations politiques », alors qu’auparavant la SMQ avait « deux porte-parole », dit-il, le directeur et le président du conseil d’administration.

La fragmentation du réseau muséal va à l’encontre des grands courants internationaux, selon M. Perron. Il cite en exemple l’alliance des musées américains. « C’est l’une des plus grandes associations muséales au monde, dit-il. Et son slogan est “ Museums from A to Z ”, A pour art et Z pour zoo. » En moyenne, l’aide au fonctionnement des musées provenant du gouvernement du Québec représente quelque 27 % des budgets de ceux qui la reçoivent.

Par ailleurs 15 centres d’exposition, dont plusieurs maisons de la culture, ont été transférés au Conseil des arts et lettres du Québec (CALQ). C’est le cas du centre Expression, de Saint-Hyacinthe, par exemple, ou du Centre d’exposition de Val d’Or. Plusieurs de ces centres ont, en plus d’un volet consacré à l’art contemporain, un deuxième mandat de représentation de l’histoire locale ou de thèmes scientifiques. « Le CALQ ne financera pas les volets historiques », dit-il.

De l’argent «recyclé»

Par ailleurs, M. Perron pose un regard critique sur l’annonce gouvernementale faite par Hélène David, en octobre dernier, selon laquelle elle investissait 13 millions de dollars dans le réseau muséal québécois. Selon lui, 11 de ces 13 millions sont en fait des sommes qui avaient déjà été engagées et qui avaient été reportées d’année en année. « C’est de l’argent recyclé », dit-il. Quant à la somme de deux millions de dollars annoncée lors du dernier budget québécois, les trois quarts en sont consacrés au Musée des beaux-arts de Montréal, « pour lequel j’ai tout le respect du monde, précise-t-il. Mais, pour l’ensemble du réseau, il reste une somme de 500 000 dollars, ce qui est une somme relativement dérisoire. »

Il déplore aussi le fait que la ministre David affirme qu’une dizaine de musées auront droit à une nouvelle subvention d’aide au fonctionnement, alors qu’une quarantaine d’autres en seront privés.

La Société des musées du Québec représente quelque 300 établissements muséaux.


L’aide québécoise en quelques points

L’aide est réservée aux établissements muséaux de portée régionale et nationale :

qui oeuvrent dans les champs de compétence du ministère en matière de muséologie ;

qui sont ouverts au public au moins 40 semaines par année ;

qui ont au minimum 3 employés réguliers à temps plein tout au long de l’année ;

qui présentent des états financiers équilibrés ;

qui génèrent des revenus de diverses sources publiques et privées.

Sont notamment exclus :

les jardins zoologiques, les jardins botaniques, les aquariums, les insectariums, les observatoires et les planétariums ainsi que les maisons de la culture.
3 commentaires
  • Philippe Dubé - Abonné 13 mai 2016 07 h 33

    Jouer la belle-mère

    Je crois que M.Perron joue ici les belle-mères alors qu'il a été récemment exclu du sérail après vingt ans d'un pouvoir autocratique acquis par la complaisance de sa direction à la SMQ envers les grandes institutions au détriment justement des petites. De le voir aujourd'hui sortir de son 'droit de réserve' me fait bien sourire puisque, sans pudeur, il troque ses habits de valet des grands musées pour une casquette d'apôtre des petits. On comprend qu'on ne peut pas étancher sa soif de pouvoir comme ça, en un seul tour de main, mais de là à se réinventer aussi rapidement dans un nouveau rôle (de hérault à anti-héros) pour rester sur scène me semble pathétique. Les instances actuelles (de bonne ou de mauvaise foi, je ne sais pas) tentent de faire de l'ordre dans le fouilis qu'il a laissé lui-même n'ayant jamais eu le courage de l'entreprendre et le voici maintenant monté sur la première estrade venue pour haranguer la foule de tous ses voeux pour défendre la veuve et l'orphelin. Qui va croire à ce mauvais vaudeville? Allez Monsieur Perron, la pièce de théâtre est bel et bien terminée, il est temps de vous rhabiller et de rentrer à la maison.

    • Barbara Ulrich-Groulx - Inscrite 13 mai 2016 22 h 43

      Je n'aime ni le ton ni le contenu de votre lettre, monsieur Dubé. Elle semble être davantage motivé par un quelconque règlement de compte avec monsieur Perron que par une réelle préoccupation devant la décision désastreuse de la ministre qui met en péril l'existence continue des musées scientifiques et culturels au sens large du mot. Le travail d'un dirigeant d'un regroupement n'est jamais chose facile tant des tiraillements entre clans ou ambitieux ou envieux font déraper les questions essentielles: la survie des musées et la capacité des publics de les visiter, de s'enrichir au contact de leur contenu et de préserver le savoir artistique, culturel et scientifique. Je ne sais pas qui vous êtes, ni quel est votre mobile, mais lorsque le gouvernment du Québec prive 40% du réseau muséal d'un financement au fonctionnement et renvoie d'autres au CALQ qui n'a aucun mandat de soutenir thèmes scientifiques ou historiques, le moment est bien mal venu de prêter d'aussi mauvaises intentions à monsieur Perron. C'est plutôt au gouvernment et à la ministre David que vous devrez lancer vos projectiles verbaux.

  • Philippe Dubé - Abonné 14 mai 2016 13 h 10

    Gérant d'estrade

    Quand on joue au gérant d'estrade, c'est à ce genre d'interpellation qu'il faut s'attendre. Ce sont les règles de base d'une démocratie en direct, sinon c'est le baillon que je ne pratique pas. Je vous rappelle que dénoncer la forme (le ton) est une manière de détourner l'attention sur le fond de toute intervention. S'il y a une quelconque revendication dans ma missive, sachez qu'elle s'adresse à un type de direction qui, je m'en doute, n'est pas facile à assurer mais qui traduit parfaitement bien les contradictions d'une organisation (à l'origine une création du ministère concerné) qui représente les intérêts du milieu (à hue et à dia) dont les enjeux en présence sont souvent divergents. Tout d'abord, entre les petites institutions et les grandes qui n'ont pas le même statut, ni le même financement, et les professionnel(le)s (membres individuels) qui sont de provenances différentest et de domaines parfois antagonistes. C'est pour cette raison que je qualifie de "fouillis" la situation actuelle de la Société des musées du Québec que l'organisation a laissé perdurer par simple intérêt de sa propre existence et de son développement. Diriger dans ces circonstances est tenter, à tout le moins, de faire un peu d'ordre dans la maison qu'on occupe et de veiller à sa viabilité. Attaquer le ministère dans ce contexte c'est la chose la plus facile qui soit et c'est surtout faire comme si la Mairie était responsable du ménage dans chacune des maisons de son territoire. Vous reconnaitrez d'aise que c'est pousser un peu loin la responsabilité des instances décisionnelles et politiques. Essayons plutôt de garder le cap sur l'essentiel dans ce débat qui n'a jamais eu lieu parce que baillonné justement. Que les principaux acteurs de cette mauvaise pièce se le tiennent pour dit.