Une première stratégie numérique pour le Conseil des arts

Simon Brault, directeur du Conseil des arts du Canada
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir Simon Brault, directeur du Conseil des arts du Canada

On croirait un retour à une certaine vision de l’art, une vision qui s’est vue tronquée ces dernières années à force de réductions budgétaires. Le Conseil des arts du Canada (CAC) a dévoilé mardi son plan stratégique 2016-2021, nommant les grands axes qui dirigeront la transformation de ses programmes et de son financement.

On y retrouve cette notion de l’art comme moteur d’innovation et comme agent identitaire et de diplomatie culturelle. S’y ajoute une attention à la relève et aux nouvelles approches artistiques, à la transmission, aux diversités culturelles et à l’équité de l’accès aux subventions. Et, époque oblige, l’adoption, enfin, d’un plan numérique.

Photo: Tony Fouhse Simon Brault, directeur du Conseil des arts du Canada

Le Conseil entend « élaborer et déployer sa première stratégie numérique », comme l’indique le document d’une vingtaine de pages, afin que l’art se partage plus facilement grâce aux technologies et au Web. N’est-il pas déjà trop tard ?

« C’est urgent, répond le directeur général du CAC, Simon Brault. Effectivement, il n’y a pas eu d’investissements spécifiques dans le secteur des arts à ce niveau. Je vois un immense besoin de développer une conscience de ce que peut permettre de faire le numérique. »

Un sommet réunissant les différents secteurs et disciplines est d’ores et déjà annoncé pour 2017, afin de comprendre les besoins. Mais la technologie, pendant ce temps, continuera d’évoluer.

« L’enjeu n’est pas technologique, ni technique, précise l’ancien directeur général de l’École nationale de théâtre du Canada. Ce serait celui de l’adaptation au numérique, soit une façon de penser, d’interagir, de proposer l’expérience de manière différente. Comparativement à l’Angleterre et aux Pays-Bas, par exemple, on a vraiment un retard. »

 

Diversité culturelle

La vision nouvelle du Conseil mise beaucoup sur la diversité culturelle, afin que « tous les Canadiens se sentent représentés dans le paysage artistique du pays ».

Le Québec, depuis quelques décennies, est favorisé par rapport à son poids géographique, grâce au pétillement de sa créativité. Cette orientation sonne-t-elle le glas d’une disparité favorable ? « C’est loin d’être automatique, puisque le CAC réagit aux propositions qui lui sont soumises, et les évalue dans un contexte compétitif. Différents facteurs ont fait que le Québec a le poids qu’il a aujourd’hui — la Loi sur les langues officielles, le soutien provincial. Quand on parle d’équité et de diversité, c’est surtout pour refléter la composition et l’évolution de la démographie au Canada. Je ne pense pas qu’il y ait de relation de cause à effet à prévoir entre cette orientation et la part relative du Québec dans les financements du Conseil », analyse le directeur.

L’argent aux artistes

Le doublement du budget du Conseil pour les cinq prochaines années, annoncé par le budget Morneau, aidera la transition et permettra de « bonifier [le] soutien direct aux artistes, notamment aux jeunes artistes, grâce à un financement accru, plus souple », lit-on.

Une des premières mesures concrètes apparaît par ailleurs déjà dans ce plan, soit l’augmentation des paiements directs aux auteurs par le truchement du Programme de prêt public (DPP). « On annonce ici notre intention de réinvestir, et on parle d’un investissement substantiel, pas de peccadilles, éclaircit Monsieur Brault. La grande discussion actuellement, entre le CAC et le DPP, a lieu parce que le DPP a déjà annoncé qu’il considère les livres numériques. Ce qui est important de retenir, c’est que le Conseil est préoccupé en particulier par la question de la compensation et de la rémunération des créateurs dans le contexte numérique. »

L’argent frais permettra également d’investir davantage dans les organismes artistiques, de soutenir la création, l’équité et l’accès particulièrement pour les artistes autochtones, mais aussi envers ceux de la diversité culturelle ou les handicapés, et de soutenir l’émergence et le déploiement de nouveaux modèles d’affaires pour les arts.

L’importance de rétablir la présence et la visibilité des artistes canadiens à l’international, et particulièrement sur les marchés émergents (Asie, Afrique, Amérique du Sud, entre autres) fait partie des ambitions. Une meilleure coordination avec les ministères et les autres organismes qui oeuvrent dans le monde permettra un partage des ressources et des réseaux. L’accueil d’oeuvres, de créations et d’artistes étrangers, nécessaire réciprocité des échanges internationaux, est aussi au menu.

La qualité avant tout

Le Conseil dit vouloir miser sur la qualité plutôt que la quantité. Concrètement ? « On va privilégier un réinvestissement dans les organismes qui existent déjà. On n’est pas dans une logique de multiplier à l’infini le nombre d’organismes. C’est un message qu’on envoie à la communauté. Oui, ça vaut la peine de regarder s’il n’y a pas de meilleures manières de collaborer, s’il n’est pas temps de fusionner des organismes ou de consolider leurs actions, par opposition à la fragmentation qui a été très forte, et encouragée par les conseils des arts ces dernières années. On a préféré souvent donner 14 bourses de 8000 $ plutôt que d’investir en des bourses de 50 000 $, qui auraient eu un effet beaucoup plus substantiel sur les carrières des artistes et leur rayonnement. Le CAC ne doit pas continuer de pousser pour qu’une compagnie continue de produire sept opéras par année quand on sait qu’il n’y en aura pas sept de bons. »