Des chiffres et des écrans

Tournage du film d’André Forcier «Embrasse-moi comme je t’aime»
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Tournage du film d’André Forcier «Embrasse-moi comme je t’aime»

Les tournages étrangers pour la télé ou le cinéma ont presque triplé l’an dernier au Québec par rapport à l’année précédente. Pas moins de 66 productions étrangères ont été enregistrées en 2014-2015 et 24 seulement en 2013-2014.

Il s’agit et de loin de la meilleure performance de ce point de vue depuis une décennie. Le nombre moyen des plateaux de producteurs venus d’ailleurs (essentiellement des États-Unis) oscillait autour de 28 par année. On serait donc devant une impressionnante culbute et demie, ou tout comme.

La hausse se traduit aussi en dépenses pour les productions d’ailleurs tournées ici. Les crédits d’impôt accordés totalisent 407 millions l’an passé, là encore un record inégalé en une décennie. Il y a tout juste dix ans, en 2005-2006, ce volet stagnait à 99 millions.

Des chiffres pour le Québec

Ces données se retrouvent dans le Profil de l’industrie audiovisuelle au Québec en 2015, diffusé mercredi par l’Observatoire de la culture et des communications lié à l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Le document de quelque 125 pages, bourré de tableaux sans analyses détaillées (elles viendront plus tard), couvre tous les aspects du secteur, dont l’emploi, l’exploitation en salle, la télédiffusion et la distribution.

« Nos membres émettent depuis plusieurs années le souhait d’obtenir des chiffres qui touchent particulièrement le Québec », explique Hélène Messier, p.-d. g de l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM, qui couvre la télé, le cinéma et la vidéo), qui a contribué à l’enquête. « Nous voulions plus de détails, plus d’emphases, plus d’information. On courrait toujours après les chiffres, et là, on les a. C’est une première édition, et nous en sommes très fiers. »

Les chiffres de l’Observatoire sur les productions étrangères sont partiellement corroborés par le Bureau du cinéma et de la télévision du Québec, qui s’occupe de vendre la province comme plateau de tournage. Les données pour 2015 révélées au Devoir établissent le total de ces productions à 313 millions, un sommet depuis dix ans. En 2014, elles s’arrêtaient à 188 millions.

Avec des productions américaines à gros budget comme X-Men. Apocalypse (cinéma) et Quantico (télé), Montréal bénéficie particulièrement de la manne. Cela s’explique par une multitude de facteurs, dont la fin de la récession, la « lourdeur » des nouvelles séries télé, la faiblesse relative du dollar canadien et l’offre de services professionnels améliorés, notamment pour les effets spéciaux.

« La faiblesse du dollar canadien a joué indéniablement en notre faveur », dit Hélène Mercier tout en mentionnant que son association ne représente pas les producteurs étrangers. « Mais les productions faites ici respectent les conventions collectives signées ici. »

D’autres constats

Total. La somme des coûts de production des films et des émissions admissibles au programme de crédit d’impôt frise maintenant 1,6 milliard, un record depuis six ans. En 2009-2010, le secteur générait un peu plus d’un milliard de dépenses. L’ouverture aux plateaux étrangers permet au secteur de gonfler le volume de production tout en compensant le recul de certains budgets nationaux. La production cinématographique d’ici a reculé de 239 millions il y a cinq ans à 174 millions l’an dernier. Par contre, pendant le même temps, la production télévisuelle a poussé d’une petite centaine de millions pour dépasser le palier des 600 millions, une première depuis le sommet de 739 millions du début de la décennie.

Longs métrages. Le nombre de productions oscille sans cesse : de 62 il y a six ans à 43 en 2012-2013, jusqu’à 58 l’an dernier. Dans ce dernier lot, 14 longs métrages avaient des budgets de 7,5 millions et 24 moins de 1,5 million. « C’est une tendance en dent de scie, commente Mme Messier. C’est cyclique. Avec la réduction des budgets de la Société de développement des entreprises culturelles [SODEC], il pourrait se tourner trois films de moins cette année. »

Animation. Le secteur de l’animation est fortement plombé. Il y a dix ans (2004-2005), la valeur des oeuvres produites ici atteignait 112 millions. Au tournant de la décennie (2009-2010), elle avait chuté à 18 millions. Le dernier coup de sonde place le seuil atteint à 21 millions. La production La guerre des tuques 3D, comptabilisée en 2015-2016, pourrait stimuler le créneau à la hausse.

Emplois. Les industries de l’audiovisuel du Québec (radio et télédiffusion, télé payante et industrie du film et de la vidéo) comptent 19 574 emplois au dernier recensement, soit 1650 de plus qu’il y a dix ans.

Revenus. La télé privée (généraliste, payante ou spécialisée) rapporte sans cesse davantage : 843 millions en 2005 et 1,1 milliard l’an dernier. Par contre, les bénéfices avant impôt reculent, de 188 millions il y a deux ans à 120 millions l’an passé. Les revenus des services de câblodistribution, eux, ont doublé en dix ans pour atteindre 1,5 milliard maintenant.

Un modèle autarcique

Les ventes aux télédiffuseurs et distributeurs de films étrangers des productions québécoises augmentent sans vraiment décoller. L’exportation rapportait 1,3 million en 2010-2011 et 4,4 millions l’an passé. Bref, les histoires québécoises dans lesquelles est injecté un milliard bon an mal an ne se vendent pas beaucoup. « Notre congrès en mai va porter en partie sur cet aspect,dit la p.-d.g. de l’AQPM. Nous sommes partenaires dans un pavillon au Marché international (MIP) à Cannes pour favoriser les ventes. C’est un sujet d’actualité. » Cela dit, elle refuse l’idée de tourner moins, mais avec plus d’argent, favorisant plutôt l’idée d’en faire plus avec plus.

407 millions pour les plateaux étrangers

174 millions pour les films nationaux

612 millions pour les émissions de télé des producteurs privés

401 millions pour la production interne des réseaux télé


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