Le nouvel ami japonais du Diamant

Robert Lepage lors d’une conférence de presse en juin 2012, dans les locaux qui abriteront le théâtre Le Diamant, à Québec.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Robert Lepage lors d’une conférence de presse en juin 2012, dans les locaux qui abriteront le théâtre Le Diamant, à Québec.

Du théâtre au cirque en passant par le sirop d’érable, le mécène japonais qui s’est associé lundi au Diamant cumule les liens avec le Québec. Et selon ses dires, ce n’est qu’un début.

Lundi matin, Takeya Kaburaki officialisait un don d’un million à la campagne de financement privé du théâtre Le Diamant à Québec. Au Québec, c’est l’une des contributions les plus importantes à ce jour en culture de la part d’un mécène étranger.

« Nous avons décidé de soutenir le projet Diamant qui, selon nous, est un projet magnifique », a-t-il déclaré lors de l’annonce à la Caserne Dalhousie lundi matin, en soulignant que Québec était une « ville inscrite au patrimoine mondial ».

Le Japon est très présent dans l’oeuvre d’Ex Machina (No, Les sept branches de la rivière Ota, etc.). « C’est quelqu’un qui quand même depuis longtemps suit notre travail », a réagi Robert Lepage. « Mais je ne pensais jamais que ça allait s’incarner de façon aussi généreuse. »

M. Kaburaki dirige l’entreprise Kabuchan, un gros producteur de kakis semi-séchés (« hoshigaki » en japonais), le fruit emblématique du pays. Or, l’entreprise se spécialise aussi dans l’importation de produits étrangers hauts de gamme au Japon et le sirop d’érable du Québec est sa plus grosse vente en matière de volume.

Lundi, l’homme d’affaires a raconté avoir eu vent du projet du Diamant par la déléguée générale du Québec au Japon, Claire Deronzier, lors d’une discussion à l’automne. « J’ai l’intime conviction que ce lieu va devenir l’un des nouveaux symboles de Québec », a-t-il dit.

« Je pense y introduire également la culture japonaise une fois le théâtre achevé, car nous sommes également les commanditaires de nombreuses activités artistiques au Japon. En quelques mots, nous désirons implanter davantage les aliments et la culture québécoise au Japon et nous souhaitons également introduire dans un avenir proche et avec votre soutien, nos produits au Québec. »

Féru de culture, M. Kaburaki est un grand admirateur du Cirque du Soleil, avec qui Robert Lepage avait collaboré pour les spectacles et Totem. « Il est très intéressé par les arts circassiens », a expliqué M. Lepage. « Le spectacle que j’ai fait avec le Cirque du Soleil, Totem, joue un an au Japon. Ils sont à Tokyo présentement et M. Kaburaki a acheté un chapiteau au complet il y a deux semaines. Il y avait 4000 de ses clients qui étaient là. Il sent que la culture québécoise est un bon point de rassemblement pour sa clientèle, il s’intéresse beaucoup aux produits québécois, il aime avoir pignon sur rue. Alors pour lui, de s’associer à nous, c’est très prestigieux. Je pense qu’il espère lui-même pouvoir utiliser le Diamant pour des évènements. »

Un peu du Japon dans le Diamant

L’homme d’affaires a aussi soutenu de nombreux artistes québécois au Japon, dont Marie Chouinard, Natalie Choquette et diverses compagnies de marionnettes. L’entreprise fondée par son père entretient des liens de longue date, de plus de 20 ans, avec le Québec. Lors de l’annonce, il a raconté que pendant les célébrations du 400e de Québec, il avait nolisé un immense avion à réaction pour permettre à 300 de ses clients de visiter Québec.

« Lorsque j’ai appris que le Diamant serait achevé en 2018, soit dix ans après notre séjour, j’ai senti qu’il y avait là un lien qui a renforcé notre envie de soutenir ce projet », a raconté l’homme d’affaires.

Comme l’a souligné Robert Lepage, M. Kaburaki ne se contentera pas de financer le projet, mais devient un véritable partenaire dans l’aventure. « Il est question de leur consacrer un espace qui serait peut-être d’inspiration japonaise et où on va pouvoir inviter toutes sortes d’éléments de la culture japonaise. […] Notre grand rêve, c’est de faire venir soit le Grand Kabuki soit le bunraku. Y a beaucoup de choses qu’on aimerait faire en partenariat avec le Carrefour. »

Son aide permet à la campagne de financement privée d’atteindre 4,5 millions sur l’objectif de 10 millions qui avait été fixé. Le coût total du projet est de 60 millions. En mêlée de presse, M. Lepage a fait valoir que c’était « tout à fait normal » que la collecte de fonds « prenne du temps ».

Le Diamant doit ouvrir ses portes en 2018 à la place D’Youville à Québec. En plus de diffuser les créations d’Ex Machina, la salle de 600 places présentera différentes créations d’ici et de l’étranger.