Chercher l’avant-garde, à long terme

Martin Faucher, directeur artistique du Festival TransAmériques
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Martin Faucher, directeur artistique du Festival TransAmériques

Il y eut le Festival international de nouvelle danse (FIND), de 1982 à 2003, cette formidable fenêtre sur la danse contemporaine internationale. Puis le Festival de théâtre des Amériques, fondé en 1985 par Marie-Hélène Falcon, racine de ce qui deviendra, en 2007, le Festival TransAmériques (FTA) tel qu’on le connaît et où s’affichent trois semaines par année, à la fin du printemps, théâtre, danse, performance, expériences artistiques. Quelles mouvances sur les scènes, depuis dix ans ? Discussion avec Martin Faucher, directeur artistique.

« C’est sûr que 10 ans à voir des spectacles, ça affûte le regard, explique celui qui a commencé comme conseiller artistique auprès de Marie-Hélène Falcon, avant de la remplacer. Lors des trois premières éditions, il nous fallait trouver la manière d’aborder la danse. On arrivait après le FIND, qui a été hyperpuissant pour Montréal. J’ai su qu’on avait réussi quand les gens ont commencé à nous demander de leur conseiller cinq shows, en ne précisant plus “ en théâtre ” ou “ en danse ”. Ces catégories ont fondu, en quelque sorte, les unes dans les autres. »

Les formes artistiques ont fondu également, constate-t-il. Les propositions flirtent davantage avec l’expérience, le performatif. « Les artistes arrivent nourris d’une tradition, que ce soit la danse ou le théâtre, mais ne sentent plus le besoin d’en témoigner sur scène ni de démontrer leur virtuosité. On va beaucoup vers l’autofiction, le documentaire, le témoignage en direct, ces expériences du concret et du réel. On n’est pas dans la performance pure, mais on n’est plus dans les grandes traditions narratives. »

Les dernières décennies ont certes été marquées par le déferlement des communications et du numérique. « Ç’a changé le rapport à l’image, qui est maintenant très fort, et le rapport au présent, à l’instant. On le voit par exemple cette année dans The Black Piece, d’Ann Van den Broek, où elle joue avec des images filmées en direct et d’autres enregistrées, sans qu’on sache toujours la différence. Ou avec Julie Duclos, qui intercale dans Nos serments séquences filmées et plateau, où des acteurs, dans un non-jeu, prennent le relais et enrichissent le récit. Mais j’ai la préoccupation qu’on soit toujours dans un propos. Il faut du sens. »

Dire oui, dire non

Qu’est-ce que lui fait dire « oui », et intégrer un spectacle à sa programmation ? « Une fulgurance. Intellectuelle. Physique. Immédiate ou latente. Quand, après, je ne me sens plus tout à fait comme avant, qu’il y a eu une transformation. Quand ça fait changer la perception des choses, que ça propose un point de vue différent. Quand ça permet de suivre le cheminement d’un artiste. Quand je vois des artistes d’ici qui ont du mal à trouver leur sillon dans les réseaux nationaux mais dont le travail mérite d’être vu par les diffuseurs d’ailleurs. Il y a donc différents “ oui ”. Des “ oui ” de provocation, de soutien, de désir de partage, des “ oui ” fulgurants… Ensuite, il faut que Montréal puisse recevoir ce spectacle, que ce soit possible (calendrier, moyens financiers, disponibilité des salles). Marie-Hélène Falcon m’a appris que diffuser, c’est aussi renoncer… »

Comment le FTA devrait-il vieillir ? « En devenant un plus grand labo de création, national et international. » Martin Faucher est préoccupé par les jeunes générations, celles qui le suivent, « qui n’ont pas eu les faveurs [financières et de structures] dont on a pu bénéficier. Les réalités économiques ont atrophié notre imaginaire. On me propose une tonne de spectacles pour 80 spectateurs, mais il faut donner aussi la chance aux jeunes de déployer leurs imaginations sur grand plateau. Il faut permettre à l’imaginaire québécois d’être à grand déploiement, à grande échelle. » L’homme aimerait rétablir l’échange en coproductions internationales qui s’est délité au fil du temps, de compressions en compressions, et permettre à nouveau à des artistes étrangers de venir travailler leurs créations ici.

Le succès des arts du cirque d’ici ces dernières années, maintient monsieur Faucher, a beaucoup été nourri de ce qui s’est travaillé en danse dans les années 1980 et 1990. « Qui seront les Marie Chouinard et Édouard Lock de demain ? Comment peut-on les aider ? C’est une question que toute la société doit se poser. Je suis très déçu de nos dirigeants, de leur non-vision, leur non-poésie. Le FTA est là pour déjouer les visions purement comptables, annoncer le déraisonnable et amorcer l’improbable, pour participer à cette aventure et y faire participer le public. »



Festival TransAmériques

Du 25 mai au 8 juin 2016. En divers lieux de Montréal.