Daudelin vandalisé dans le parc Claude-Jutra

L’oeuvre d’art a été marquée d’une inscription à la peinture rouge sans équivoque : <em>«Pépé Pédo».</em>
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne L’oeuvre d’art a été marquée d’une inscription à la peinture rouge sans équivoque : «Pépé Pédo».

Vandalisme justicier ou vigilantisme à la peinture ? L’hommage à Claude Jutra, sculpture du défunt artiste Charles Daudelin installée dans le petit parc Claude-Jutra, à l’angle des rues Clark et Prince-Arthur à Montréal, a été vandalisé dans la nuit de lundi à mardi, a constaté Le Devoir.

L’oeuvre d’art, dont le déménagement a été envisagé par la Ville dans la foulée des accusations de pédophilie portée contre le célèbre réalisateur et père du cinéma québécois dans les derniers jours, a été marqué d’une inscription à la peinture rouge sans équivoque : « Pépé Pédo ». Le geste n’a pas été revendiqué.

Installée en 1997 dans ce parc rappelant la mémoire de Claude Jutra, et ce, pour célébrer un siècle de cinéma, l’oeuvre de Daudelin symbolise un homme à la caméra, homme dont l’oeil convoque ces vieux appareils à trois lentilles. Téléfilm Canada a financé en partie son installation.

Le réalisateur québécois est tombé en disgrâce il y a quelques jours après la publication d’une biographie signée Yves Lever dans laquelle l’attirance de l’homme de cinéma pour les garçons d’âge mineur a été révélée. Deux témoignages, un de manière anonyme et un autre à visage découvert, dans les pages du quotidien La Presse, ont scellé l’anathème jeté sur le réalisateur dont le nom a été retiré de la cérémonie célébrant annuellement le cinéma québécois, tout comme de plusieurs rues et parcs à travers la province. Le parc Claude-Jutra de Montréal, où la sculpture de Daudelin vient d’être vandalisée, est du nombre.

8 commentaires
  • François Prévost - Abonné 23 février 2016 12 h 41

    Dans quel monde vivons-nous?!!!

  • Marie-Josée Blondin - Inscrite 23 février 2016 13 h 41

    La "chasse aux sorcières" est commencée...

    Nul besoin d'en venir à cet acte de destruction fanatique. Les passions se déchaînent au Québec depuis quelques jours dans les medias et ailleurs, comme en témoigne cet acte de vandalisme, à la suite de ces quelques pages de la biographie de Lever qui lèvent un voile bien ténu et non corroboré sur la commission d'actes pédophiles, encore non prouvés, ce qui a suscité toute la controverse et la polémique de ces derniers jours, suivie du retrait du nom du cinéaste des lieux publics partout où il figurait.

    Le cinéaste a été cloué au pilori immédiatement, sur la base de deux témoignages dont l'un anonyme et l'autre qui ne pourront jamais être confrontés au cinéaste, décédé il y a trente ans.

    Le cinéaste est "mort symboliquement", une deuxième fois, par le retrait de son nom de l'espace public. Les autorités municipales (maire coderre) et la ministre de la Culture, David, ont répondu rapidement à la vindicte populaire, une justice expéditive, sans appel, qui veut bafouer et bannir à jamais de la mémoire collective le nom du cinéaste. Les oeuvres de Claude Jutra n'en demeureront pas moins des oeuvres phares du cinéma québécois, malgré les actes vils auxquels Claude Jutra se serait présumément adonné.

    Il faut dissocier les oeuvres des actes personnels (présumés) du cinéaste.

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 23 février 2016 16 h 07

      "Il faut dissocier les oeuvres des actes personnels (présumés) du cinéaste".

      Donc, nous devrions continuer à honorer son nom? Concrètement, comme on ne peut rien démontrer, il aurait fallu que les victimes gardent le silence? Que l'on ne change rien? Qu'on prenne plusieurs mois pour faire les changements?

      Je pose sincèrement la question : plusieurs s'offusquent sans que leurs propositions ne soient formulées, d'où le questionnement. Est-ce que Marcel Aubut aurait dû rester en poste? Tout comme Gomeshi?

      Enfin, ces oeuvres cinématographiques ne seront pas mises à l'index. Son nom ne sera pas "(banni) à jamais de la mémoire collective", mais son statut d'icône culturel sera vraisemblablement revu.

    • Gilles Delisle - Abonné 23 février 2016 17 h 00

      Il fallait s'y attendre! Les politiciens, intellectuels, journalistes ont incité le peuple à rejeter son image, bien sûr, mais aussi ses réalisations! Le peuple a suivi dans la foulée de ces accusations maintenant justifiées, et on a rejeté son oeuvre, malgré les dires de tous! Les prochaines générations auront oublié ce cinéaste et son oeuvre d'ici quelques années.

    • Jean Richard - Abonné 24 février 2016 09 h 15

      Il y a une forme de vandalisme, puéril en apparence, mais en réalité bien alimenté par le petit côté malsain d'une certaine opinion publique.

      Québec a ses trop influentes radio-poubelles qui se sont donné comme mission de manipuler l'opinion publique. À Montréal, c'est plus subtil, ce qui ne veut pas dire moins corrosif. Par exemple, quand une certaine presse doublée d'une certaine radio s'en prenait à Bixi, il y avait davantage de vandalisme sur les vélos de cette société. Aujourd'hui, quand cette même presse doublée de la même radio se fait justicière sans procès et crie haro sur le baudet, on assiste à ce qu'on voit.

      Le vandalisme est une sorte de miroir qui reflète la lumière à partir de là où elle vient. Et si les vandales sont éclairés par les chantres moralisateurs et les chasseurs de sorcières, ils le réflèteront dans leur œuvre.

      Il y a pire : certaines gens du mouvement LBGT se sont un peu embourbés en accusant une chroniqueuse bien connue de faire des amalgames entre la pédophilie et l'homosexualité. Accusation gratuite de gens qui ont lu ce qu'ils voulaient bien lire et non ce qui était écrit. Or pourrait-on avec la même gratuité faire un amalgame entre pédophilie et art ? L'œuvre vandalisée ici n'est pas de Claude Jutra, et puisqu'on a tout débaptisé, elle ne devrait plus y être associée en aucune façon. La nuance a échappé aux vandales. Et pour en ajouter, a-t-on oublié ce que veut dire Pépé ? Pépé, ça veut dire grand-père, ça veut dire personne âgée de sexe masculin. Ferait-on un amalgame entre la pédophilie et la vieillesse masculine ?

      Bref, ces actes de vandalisme sur une œuvre d'art ne sont rien d'autre que les conséquences du triste dérapage à propos de l'affaire Jutra, dérapage politique irréfléchi et dérapage médiatique irresponsable (merci au Devoir de s'être démarqué).

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 23 février 2016 13 h 44

    … stupidos !

    « Vandalisme justicier ou vigilantisme à la peinture? » (Fabien Deglise, Le Devoir)

    De cette citation, il est comme tout simplement scandaleux de s’en prendre à une œuvre qui, provenant de Daudelin, ne saurait mériter un tel sort !

    Tout simplement ahurissant, abject et …

    … stupidos ! - 23 fév 2016 –

    Ps. : Si, de l’Enfance de Duplessis-Léger, certains membres se seraient permis de vandaliser églises, statues du « Le Noblet » et du Cardinal, le dossier n’aurait jamais abouti à des décrets.

  • François Beaulé - Abonné 23 février 2016 20 h 57

    Tant d'oeuvres d'art vandalisées

    Les employés de la Ville ont l'habitude d'effacer des graffitis. Ils le feront une fois de plus. Mais les vandales ont depuis longtemps arraché les chaises d'un sculpteur installées rue Roy et d'autres en bordure du parc Lafontaine.

    De nombreux objets de la taille d'un jouet ont été volés au pied d'une sculpture dans le parc Jarry vis-à-vis la rue Gounod. L'oeuvre subit aussi son lot de graffitis. Et c'est comme cela un peu partout. Je pense aussi au vitrail de Marcelle Ferron, à la station de métro Champ-de-Mars. Et quoi encore ?

    Dépêchons-nous d'admirer les nouvelles voitures de métro acquises à prix d'or. Elles seront vite endommagées par les vandales qui abiment les sièges et les murs à la pointe du couteau.

  • Gilbert Turp - Inscrit 24 février 2016 08 h 40

    Pauvre Daudelin

    Elle est belle cette œuvre. Et Daudelin n'en finit plus de payer.

    Il y a tellement de laideur à Montréal que la beauté de l'œuvre offensait peut-être le sens moral du ou des vandales qui ont fait ça.

    J'espère au moins que ça leur a fait du bien, parce que ça ne fait de bien à personne d'autre.