L’Italie pleure Umberto Eco

L’Italie et des milliers de lecteurs pleuraient samedi la disparition d’Umberto Eco, un des grands intellectuels européens, admiré aussi du grand public pour ses romans, dont le best-seller Au nom de la rose.

Eco, qui souffrait d’un cancer, est mort vendredi à l’âge de 84 ans chez lui à Milan, a annoncé sa famille aux médias italiens.

Le chef du gouvernement italien Matteo Renzi a aussitôt rendu hommage à l’un des Italiens les plus connus dans le monde, romancier mais avant tout sémiologue, linguiste et philosophe.

« Il était un exemple extraordinaire d’intellectuel européen », a déclaré Matteo Renzi. « Il a su allier à la fois une singulière intelligence du passé et une inlassable capacité à anticiper l’avenir », a-t-il ajouté.

Ses amis se souviennent d’un bon vivant, qui aimant le whisky et les bons mots, et pour qui l’écriture était « un jeu d’enfant qu’il ne prenait pas au sérieux », comme il l’avait lui même expliqué quand on lui demandait pourquoi il avait tant tardé à publier son premier roman.


Grand écrivain 
 

Il a 48 ans quand sort, en 1980, Au nom de la rose, qui devient très rapidement un best-seller international, traduit en 43 langues et vendu à plus de dix milions d’exemplaires.

Lui qui a reçu quantité de prix universitaires ou littéraires, aimait à dire en les recevant : « à partir de maintenant, c’est le Nobel ou rien ».

Il ne lui sera jamais accordé. il laisse pourtant derrière lui un grand nombre de romans, dont le dernier, Numéro zéro, publié l’an dernier, parlait de l’Italie et de la presse.

Mais c’est l’enquête menée par un moine franciscain, ancien inquisiteur, dans une abbaye bénédictine au XIVe siècle dans le nord de l’Italie qui le rendra à jamais célèbre dans le monde.

La renommée du roman doit aussi beaucoup au film qui s’en est inspiré, réalisé par le Français Jean-Jacques Annaud, avec Sean Connery dans le rôle principal.

« On a beaucoup visité de monastères ensemble, il était d’une folle dynamique, me laissant toujours totalement libre, y compris pour le choix de Sean Connery qui l’avait catastrophé, sauf que quand il a vu le film, il a dit que c’était la chose la plus réussie », s’est souvenu le cinéaste.

« C’était un personnage tout à fait fascinant, parce que d’une érudition embarrassante, qui vous fait toujours sentir un petit peu crétin, et d’une gaieté de vie stupéfiante, un mélange détonnant », a-t-il confié.

Homme de gauche, Eco n’avait rien de l’écrivain enfermé dans sa tour d’ivoire et ce joueur de clarinette écrivait régulièrement pour l’hebdomadaire L’Espresso ou le quotidien La Repubblica.

« Le monde perd un des hommes les plus importants de sa culture contemporaine », écrivait le journal romain sur son site, ajoutant : « son regard sur le monde nous manquera ».


Hommage 
 

Les drapeaux ont été mis en berne à Alessandria, petite ville du Piémont non loin de la frontière française, où Umberto Eco est né en 1932. Polyglotte, marié à une Allemande, Eco a enseigné dans plusieurs universités, en particulier à Bologne (nord) où il a occupé la chaire de sémiotique jusqu’en octobre 2007, date à laquelle il a pris sa retraite.

Il a également été titulaire de la chaire européenne du Collège de France en 1992-1993.

Après le Nom de la rose, il a notamment offert à ses lecteurs Le Pendule de Foucault (1988), L’île du jour d’avant (1994) et La mystérieuse flamme de la reine Loana (2004).

Il est aussi l’auteur de dizaines d’essais sur des sujets aussi éclectiques que l’esthétique médiévale, la poétique de Joyce, la mémoire végétale, James Bond, l’art du faux, l’histoire de la beauté ou celle de la laideur.

« Le beau se situe à l’intérieur de certaines limites tandis que le laid est infini, donc plus complexe, plus varié, plus amusant », expliquait-il dans une interview en 2007, ajoutant qu’il avait « toujours eu de l’affection pour les monstres ».

Réputé difficile d’accès dans ses essais mais aussi dans certains de ses romans, Umberto Eco expliquait simplement : « les gens sont fatigués des choses simples, il veulent être mis au défi ».

Par ailleurs, disait-il, « je pense qu’un auteur devrait écrire sur ce que le lecteur n’attend pas ».

1 commentaire
  • Claude Coulombe - Abonné 21 février 2016 11 h 52

    Umberto Eco était une grande fierté pour l'Italie!

    Francophile, Umberto Eco était un écrivain génial un érudit et sûrement une grande fierté pour l'Italie. Je garde un souvenir impérissable de son roman « Le nom de la rose », une sorte de roman policier médiéval. « Le Pendule de Foucault » fut également une belle révélation où l'auteur tourne en ridicule l'ésotérisme et l'interprétation à outrance des détails historiques. Un régal pour l'esprit!

    Par contre, je dois avouer avoir renoncé à lire Baudolino dont le premier chapitre était rédigé dans un patois imaginaire illisible. J'ai fait une indigestion d'érudition...