Une nouvelle politique de la culture en 2017

La ministre Hélène David a affirmé son intention d’accorder «une attention particulière pour éduquer les élèves aux bienfaits de la culture».
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La ministre Hélène David a affirmé son intention d’accorder «une attention particulière pour éduquer les élèves aux bienfaits de la culture».

Québec va se doter d’une nouvelle politique culturelle en 2017. Le chantier de renouvellement lancé officiellement lundi à Montréal par la ministre de la Culture et des Communications, Hélène David, s’appuiera sur une « vaste consultation » publique menée dans toutes les régions.

Le Parti québécois avait fait du renouvellement de la politique culturelle une promesse électorale pendant la dernière campagne. Le Parti libéral a repris cet engagement sitôt élu.

La politique nationale baptisée « Notre culture, notre avenir », toujours en vigueur, date de 1992. Depuis, comme l’a bien souligné la ministre, le Québec comme les autres sociétés ont été profondément transformés par la révolution numérique et la mondialisation.

« Étant en poste depuis 22 mois, j’ai eu l’occasion d’étudier de près les nouvelles problématiques et les phénomènes de la culture en mutation, a dit la ministre devant des dizaines de gens du milieu réunis dans l’agora souterraine de la Place des Arts. Nous observons tous au quotidien les effets de la mondialisation, du développement des technologies, des soubresauts de l’économie, des tendances démographiques et des changements environnementaux. »

Voici les principaux éléments dévoilés :

Gouvernement. Il s’agit d’une politique gouvernementale plutôt que ministérielle. La grande balise engage donc toutes les interventions de l’État. Elle « reflète les valeurs auxquelles adhère la collectivité » et elle se veut « porteuse d’une vision et énonce les orientations que se fixe le gouvernement ».

Conseil. Un comité-conseil de sept membres va accompagner le travail ministériel. Ian Gailer, directeur du Festival de cinéma de la ville de Québec, sera conseiller principal. Il est entouré de Sylvie Gamache, Gabriel Bran Lopez, Nadine St-Louis, Louise Sicuro, Hugues Sweeney et Liza Frulla, elle-même responsable de la politique de 1992.

Langue. La ministre parle du français comme du « socle » de la politique culturelle. « Mon gouvernement réitère le caractère toujours essentiel de la loi 101 », dit la ministre. […] Nous ne devons en aucun cas renoncer à la protection de la langue française. Nous devons par contre ajouter un élément trop absent et trop peu développé dans notre espace public c’est-à-dire la promotion de cette langue. »

Numérisation.« La nouvelle relation à la culture doit beaucoup au numérique, de même qu’à l’accès élargi aux technologies et aux instruments de création, de production et de diffusion, dit la ministre. […] Cela nous pose un défi de taille parce que nos artistes et nos entreprises culturelles sont trop peu présents dans l’univers numérique alors que les produits culturels y sont croissants. » La prochaine politique va se pencher sur cette question de la présence en ligne et sur celle des droits des créateurs. Le Conseil national du cinéma et de la production télévisuelle est mandaté pour « soumettre des pistes de solutions » pour l’audiovisuel.

Édition. Un plan d’action a été lancé en avril 2015 pour consolider l’industrie du livre et promouvoir la lecture. « La politique culturelle confirmera la place du livre comme moyen privilégié par lequel nos concitoyens enrichissent leur imaginaire et grâce auquel nos créateurs forgent notre identité », dit la ministre.

Éducation. L’État réaffirmera l’importance de maintenir des lieux de formation professionnelle des artistes et des travailleurs de la culture « sur tout le territoire », affirme Mme David. Elle ajoute son intention d’accorder « une attention particulière pour éduquer les élèves aux bienfaits de la culture, et ce, tant au niveau primaire et secondaire que collégial ».

Patrimoine. Le gouvernement promet de devenir « exemplaire » dans la protection du patrimoine en déployant une action « plus prévoyante et plus cohérente ». L’ancienne ministre libérale Michèle Courchesne et Claude Corbo, ex-recteur de l’UQAM, reçoivent le mandat de définir des pistes en ces matières.

Autochtones. La politique visera l’affirmation et la réappropriation des cultures des onze nations autochtones. Un « exercice de réflexion poussé sur cette question » débutera par une première journée de travail le 7 mars.

Consultation. Les premières audiences se tiendront le 8 avril à Québec, les dernières le 21 juin à Sherbrooke. Au total, la ministre dirigera personnellement 17 consultations régionales.

Fonds. C’est le « nerf de la guerre ». Les « formes complémentaires de financement » seront développées (comme le mécénat), mais « ne seront en aucun cas le prétexte au désengagement du financement de la culture par l’État ». En entrevue, la ministre n’a cependant pas voulu dire si les fonds consacrés à la culture seraient augmentés une fois la politique adoptée.

Généalogie d’une politique

La ministre de la Culture, Hélène David, héritière d’une famille patricienne du Québec, a rappelé lundi que son grand-père, Athanase David, a été le premier à énoncer les grandes lignes d’une vision culturelle pour l’État du Québec alors qu’il était titulaire du Secrétariat de la province, entre les deux guerres mondiales. De 1919 à 1936, son aïeul va jeter les bases de plusieurs institutions, dont la Commission des monuments historiques, le Service provincial des archives et le Musée de la province de Québec. Il est également à l’origine des décisions qui ont mené à la création des Prix du Québec. Athanase David était le fils de Laurent-Olivier O. et le père du Dr Paul David, fondateur de l’Institut de cardiologie de Montréal. Hélène David est la soeur de Françoise David, députée et cofondatrice de Québec solidaire, et de Charles-Philippe David, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM.
1 commentaire
  • Sylvain Picard - Abonné 16 février 2016 10 h 24

    Y'était temps!

    Il serait aussi souhaitable d'envisager une banque d'échantillons audio des musiques québécoises produites du début des années 1900 à aujourd'hui. En effet, alors qu'il est difficile de dénicher les premiers enregistrements de Robert Charlebois datant des années 60 en version numérique, c'est encore pire pour tout ce qui a précédé.

    De plus, iTunes, de par la classification de ses métadonnées, n'accorde pas de place au Québec, mais bien au Canada. Il en résulte une sous-représentation de la musique produite en français ici. D'où l'importance de créer une banque sonore de mémoire d'ici.