Au coeur de l’humain et du numérique

Dans «Intensional Particle», Umeda travaille avec des projections vidéo incroyables et de la lumière.
Photo: Hires Dans «Intensional Particle», Umeda travaille avec des projections vidéo incroyables et de la lumière.

Depuis 10 ans, Temps d’images célèbre la fusion des arts vivants et des arts numériques. Au cours de sa 10e édition, laquelle concorde avec les 20 ans de l’Usine C, Temps d’images propose une programmation où l’on bouscule les structures narratives et intègre le spectateur au coeur de la création, allant jusqu’à en faire un acteur du spectacle.

« Temps d’images sert à questionner les formes scéniques et narratives, rappelle Danièle de Fontenay, codirectrice artistique de l’événement. Toute la question de Temps d’images, quand il a été créé en 2002 par Arte et José-Manuel Gonçalves, c’était ce que les nouvelles technologies ont comme impact sur l’écriture, sur la façon de raconter des histoires, sur le jeu de l’acteur. »

« À l’époque, les nouvelles technologies et les nouveaux médias étaient à peine existants dans la vie courante et encore moins sur scène, poursuit Sylvie Teste, codirectrice artistique de Temps d’images. On ne parlait pas du rapport des nouvelles technologies à la scène, mais du rapport à l’image et aux arts scéniques, comment l’image pouvait avoir un impact sur la façon de raconter quelque chose sur scène, mais aussi comment faire en sorte que des écritures scéniques, des créateurs scéniques puissent avoir une influence sur des gens de cinéma. En 14 ans, il y a eu une évolution à une vitesse incroyable. »

Si les technologies ont évolué de façon fulgurante, à Temps d’images, on n’hésite pas à présenter des spectacles flirtant les uns avec la hi-tech, les autres avec la low-tech, ou « basse technologie » quand ils ne livrent pas un savant mélange des deux : « Même si on utilise destechnologies doublées par d’autres, cela n’empêche pas le spectacle de continuer, surtout quand le propos est pertinent et juste. Lorsque les spectacles touchent plus à la low-tech, on ne se demande pas s’ils sont en arrière par rapport aux spectacles high-tech », explique Sylvie Teste.

Mélange des genres

Créations hybrides empruntant à la danse, au théâtre, à la musique, à la poésie, à la vidéo, les oeuvres choisies témoignent de notre époque, provoquent la réflexion et transportent le spectateur dans différents univers où l’on fait la part belle à l’émotion.

« L’être humain est au coeur de toutes ces oeuvres. Même dans Intensional Particle de Hiroaki Umeda [18 au 20 février], qui travaille avec des projections vidéos incroyables et de la lumière, la démarche est autour de l’humain. On veut essayer d’ouvrir à la réflexion et en même temps à l’émotion, car on a souvent tendance à associer nouvelles technologies et froideur, désincarnation, abstraction. Au contraire, c’est incarné, organique, bien intégré », affirme Danièle de Fontenay.

Parmi les spectacles les plus attendus de cette 10e édition se trouvent Relative Colider de Liz Santoro et Pierre Godard (11 au 13 février) et Serendipité de Pauline Simon (11 au 13 février), pour lesquels Danièle de Fontenay a eu le coup de foudre lors du dernier festival Actoral à Marseille, ainsi que le spectacle de nanodanse Cold Blood (18 au 21 février). Alors que Kiss Cry traitait du souvenir amoureux, cette nouvelle création de la chorégraphe Michèle-Anne De Mey et du cinéaste Jaco Van Dormael s’intéresse à la dernière image que l’on voit avant de mourir.

Pièce de résistance

« Cold Blood a été créé à Mons en décembre et depuis, les éloges fusent de partout, fait remarquer Danièle de Fontenay. Dès qu’on a su qu’ils préparaient un autre spectacle, on était décidé à les réinviter. D’abord parce que ce sont des artistes qu’on aime beaucoup humainement et artistiquement, et aussi parce que cela entre parfaitement dans Temps d’images. D’un côté, on retrouve Intensional Particle, qui est si high-tech que c’en est hallucinant, et de l’autre, quelque chose de bricolé avec de toutes petites maquettes amplifiées par la technique du cinéma. En un sens, ce sont de nouvelles formes scéniques qui sont exemplaires pour un événement comme Temps d’images. »

« Ce sera comique avec plein de tendresse, assure Danièle de Fontenay à propos de Cold Blood. Quand on a la chance d’avoir des artistes comme Van Dormael et De Mey, qui sont très conscients et très alertes des problématiques qu’on vit aujourd’hui, mais qui arrivent malgré tout à donner la possibilité de rêver éveillé, eh bien merci ! Ces spectacles interpellent l’intelligence, prêtent à la réflexion, et je pense que c’est un grand bonheur que de réfléchir ensemble. »

« Ces spectacles donnent la possibilité de se poser des questions. À Temps d’images, on propose autre chose que juste venir consommer un spectacle », conclut Sylvie Teste.

À l’Usine C du 11 au 21 février.