Place aux femmes à Angoulême

Depuis sa création en 1974, le Grand Prix de la bédé d’Angoulême n’a honoré qu’une seule femme pour l’ensemble de son œuvre. C’était Florence Cestac, en 2000.
Photo: Agence France-Presse Depuis sa création en 1974, le Grand Prix de la bédé d’Angoulême n’a honoré qu’une seule femme pour l’ensemble de son œuvre. C’était Florence Cestac, en 2000.

Après les cris, la contrition. Le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, en France, va finalement faire entrer des auteures de bande dessinée dans la course au Grand Prix de sa cuvée 2016. La décision a été prise mercredi dans la foulée d’une polémique induite par le désistement volontaire de plusieurs auteurs de bédé sélectionnés qui déploraient l’absence de femmes bédéistes dans la sélection.

« Sans enlever aucun autre nom, le Festival va introduire de nouveau des noms d’auteures dans la liste des sélectionnés au titre du Grand Prix 2016 », a indiqué au Devoir Julie Rhéaume, porte-parole de l’événement qui débute le 28 janvier prochain, tout en précisant que par le passé les noms de Marjane Satrapi, auteure de Persepolis, et de Posy Simmonds, mère de Tamara Drewe, s’y sont déjà retrouvés.

La sélection du vainqueur, par un vaste jury composé d’auteurs professionnels, qui avait été amorcée au début de la semaine, a été suspendue temporairement, le temps d’ajuster le tir. L’an dernier, ce Grand Prix d’Angoulême a été remis au bédéiste japonais Katsuhiro Otomo. Depuis 1974, une seule femme a eu droit à cet honneur. C’était en 2000. Son nom ? Florence Cestac, créatrice des Déblok, avec la complicité de Nathali Roques au scénario, et des Ados Laura et Ludo.

Appel à la parité

La décision des organisateurs du Festival fait suite à l’appel pour plus de parité lancé mardi par plusieurs auteurs présents dans la liste des 30 auteurs en lice pour ce Grand Prix. Le mouvement, lancé par l’auteur de L’arabe du futur (Éditions Allary), Riad Sattouf, a été appuyé par Joann Sfar, Etienne Davodeau, Christophe Blain, François Bourgeon, Pierre Christin, Daniel Clowes, Charles Burns, Chris Ware et Milo Manara, qui ont également demandé d’être exclus de la course.

Le Festival dit agir de la sorte pour répondre aux préoccupations des auteurs en colère et à la sensibilité très contemporaine du public pour les questions légitimes de parité, dit-il. Mais il repousse une nouvelle fois du revers de la main les accusations de sexisme portées contre lui en disant qu’il ne peut, seul, « refaire l’histoire de la bande dessinée ». Le Grand Prix couronnant des carrières, il est normal, selon les organisateurs, d’y voir les hommes surreprésentés en raison de la place historique qu’ils ont occupée à ce jour dans le 9e art. La parité se trouve ailleurs, selon les organisateurs, comme dans la sélection officielle des albums en lice pour plusieurs prix cette année, albums signés à 25 % par des femmes, qui représentent pourtant moins de 15 % des auteurs de bédé aujourd’hui, précise le Festival.

Angoulême a été et est toujours « un acteur volontariste de la cause des auteures, qu’il ne veut pas néanmoins desservir en les catégorisant ou en s’inscrivant dans une discrimination positive, qui n’aurait pas de sens en matière artistique », ont précisé les organisateurs par voie de communiqué. Une vision de la parité que semble partager l’auteure prolifique Pénélope Bagieu, qui, sur Twitter, a déploré que cette décision d’ajouter des femmes dans la liste ne vienne faire de « toutes ces auteures de talent que nous admirons des plans B », écrit-elle. « Des gens vont dire : Alison Bechdel [bédéiste américaine] ? Nommée parce que repêchée pour cause de bad buzz. »