L’AJIQ s’agite

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L’heure est au grand bouleversement pour l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ). Une réforme de ses statuts et règlements adoptée jeudi soir à Montréal modifie l’énoncé de mission de l’organisme et amende la définition de ce qu’est un journaliste indépendant.

La réunion de jeudi a rameuté une vingtaine de membres. L’Association en compte 120 et une soixantaine d’autres « en attente de renouvellement ». La mutation organisationnelle devrait prendre effet en janvier, avec l’approbation du conseil d’administration

« Notre objectif c’est de resituer la mission de l’AJIQ de manière plus positive », dit Simon Van Vliet, président de l’association depuis avril et membre du conseil d’administration depuis 2012. « Il nous fallait une vision plus globale dans un monde en mutation. Nous voulons toujours obtenir un cadre de négociation collective, mais on ne peut pas dire que notre principale mission, c’est de forcer le gouvernement à définir un statut juridique pour nos membres. On ne peut pas avoir comme mission première de faire faire quelque chose à quelqu’un d’autre. »

Voici les deux principales modifications adoptées :

Mission. L’AJIQ a été fondée en 1988 avec pour mission « d’obtenir un statut juridique pour les journalistes indépendants et améliorer, de façon générale, leurs conditions socio-économiques et leurs conditions de travail ». Dorénavant, elle a pour vocation « d’améliorer les conditions de pratique, de favoriser le développement professionnel et de valoriser la contribution des journalistes indépendants à la production d’une information de qualité et d’intérêt public ».

Définition. Avant, l’AJIQ reconnaissait comme journaliste indépendant « celui ou celle qui a pour occupation principale, régulière et rétribuée l’exercice d’une fonction de journaliste […] pour le compte d’entreprises de presse ». Le nouveau texte dit que le journaliste indépendant travaille « régulièrement » pour une entreprise de presse sans lien d’emploi permanent.

Le cas Desjardins

Le hasard fait que la réforme en préparation depuis des mois est adoptée alors que le cas de David Desjardins agite le milieu médiatique. Le collaborateur à la pige du Devoir, de Radio-Canada et de L’Actualité a fondé une compagnie de publicité il y a un peu moins d’un an et n’en a pas averti ses patrons de presse, qui ont appris la délicate situation dans un article de La Presse publié mardi.

Une des modifications acceptées jeudi précise que « la fonction de journaliste est incompatible avec les relations publiques et les relations de presse et la représentation publicitaire ». Par contre, le marketing de contenu a été retiré de la liste. Cette activité précise sera examinée plus à fond. Le lien est fait par le président avec le cas de David Desjardins, qui a fondé son entreprise parce que ses activités de journaliste ne lui rapportaient pas assez.

« Comme association, nous déplorons aussi les tarifs à la pige. Que quelqu’un comme David Desjardins ne réussisse pas à vivre de la pige en dit long sur les conditions des pigistes au Québec, a dit M. Van Vliet en entrevue avant l’assemblée générale. En même temps, nous ne sommes pas d’accord avec lui puisque nous sommes des centaines à vivre de la pige comme journalistes au Québec sans devoir faire des choses proscrites par la déontologie. »